‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 40 sur 122 · DEMEURE DE MAR0LLE8 A PARIS · texte numérisé non relu

DEMEURE DE MAR0LLE8 A PARIS

suite, d'immoler Marolles en compagnie de La Mesnardière , de Costar et des autres révoltés. Dans son rapport de 1662 à Golbert, il réduit à peu do chose le mérite de notre homme : écrire vite et composer des tableaux généalogiques. « C'est un écrivain rapide, dit-il au ministre, dont le style est ce qull a de moins mauvais. Il n'est pas sans savoir , mais il est sans aucun jugement. Il traduit, et mal ; ce qu'il fait le mieux sont les généalogies. » En 1667 et en 1668, cependant, le mauvais traducteur reçut une somme de 1200 livres. Il fut porté alors sur la liste de gratification , mais pour n'y plus reparaître dans la suite. Et encore, en ces deux circonstances , ses titres littéraires ne furent-ils pour rien dans la faveur reçue. Grand amateur de gravures, il avait formé, dit M. Ludovic Lalanne, K deux magnifiques collections, dont la première fut acquise par le roi en 1667 et est aujourd'hui au cabinet des estampes; la seconde fut dispersée après sa mort(l). » C'est à ce titre, sans doute, qu'il fut gratifié. A ce moment, l'abbé de Villeloin semble bien occupé à ranger la collection que Colbert venait d'acquérir au nom de Louis XIV : • Au sieur abbé de Marolles , en considération du travail qu'il fait dans la bibliothèque du roi : 1200 1. (2). »

En 1660 , Chapelain écrit à l'un des bons amis de

(1) Dictionnaire hiêtorique de la France, Paris, Hachette, 1877, art. BIarolles.

(2) a Gratifications faites par Louis XIV aux savants et hommes de lettres français et étrangers, de l'année 1664 à Tannée 1683; » Mémoires de Colbert, édit. P. Clément, vol. V, p. 473 et 475.

Caen, Jacques Moisant de Brieux. D*abord conseiller au Parlement de Metz, il se retira plus tard dans sa ville natale, où il fonda, en 1651 , une académie devenue célèbre (1). Chapelain lui fait un portrait moqueur du traducteur obstiné ; il rend avec usure à son adversaire les coups qu'il a reçus, et parle avec le dernier dédain de son ignorance , de sa présomption et de sa fatuité. « Pour le vers de Lucrèce, écrit-il, je n*ai pas le loisir d'examiner les explications que lui donnent Ërasme, Turnèbe et Lambin , et ainsi je n'en puis parler définitivement , ni les condamner à votre avantage. Mais pour celle de l'abbé de MaroUes, sans examen on la peut rejeter, tant ce traducteur est antipode du bon sens , et tant il s'éloigne partout de rintelligence des auteurs qui ont le malheur de passer par ses mains. Gardez-vous bien , Monsieur, de vous commettre avec cet homme, en cette qualité. Vous vous feriez tort en lui faisant honneur : il n'a jamais pensé qu'il y eût diflfliculté à rien. Il croit entendre ce qui arrête les plus habiles. Il se contente de tout ce qui se présente à son imagination, quelque absurde qu'il puisse être , et se complaît dans les chimères qu'il s'est formées comme dans les sentimens les plus réguliers. Enfin , si vous ne contestiez sur ce vers qu'avec lui, ce seroit ne le contester avec personne. Il sufflroit de dire que ce seroit son avis , pour dire que ce seroit le mauvais , et ceci sans hyperbole. C'est une moquerie et une puérilité de dire que Satyra est une femme satyrique. Il n'en faut pas

(1) De Brieux était né à Caen en 1614, et mourut en 1674.

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