‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 41 sur 122 · DEMEURE DE MAR0LLE8 A PARIS · texte numérisé non relu

DEMEURE DE MAR0LLE8 A PARIS

davantage pour vous faire voir quel homme c'est en matière de savoir; car, pour le reste , il a de la naissance et auroit les mœurs commodes , si Tamour excessif de la louange ne le perdoit et ne Tétrangloit (1). »

Et comme si le portrait manquait encore de relief, Chapelain, écrivant à un autre Normand, ajouta en 1662 quelques coups de crayon à sa première esquisse. Ils sont tracés de main de maître , avec une fermeté , une sûreté de touche , une certaine fougue d'inspiration et de colère, qui complètent cette physionomie et la mettent là , sous nos yeux, dans la pleine lumière du jour. Sauf Boileau , jamais personne n'a traité Chapelain aussi durement qu'il traite lui-même Tabbé de Marelles , d'un ton à la fois plus spirituel , plus ironique et plus méprisant. Le poète tant décrié met ici les rieurs de son coté ; il se montre supérieur à son rival , et repousse avec vigueur les attaques d'un adversaire trop faible pour se mesurer avec lui.

Après diverses pérégrinations dans Paris , Marolles était revenu habiter le faubourg Saint-Germain. En 1635, nous le trouvons établi rue du Vieux-Colombier , à coté de Des Yveteaux : il le dit lui-même , dans un passage de ses Mémoires. A cette époque , il avait rencontré à Paris , dans la maison de Valençai, le célèbre généalogiste de l'époque, « M. d'Hozier, de la ville, de Marseille, en Provence; » il l'avait emmené avec lui à son abbaye de Beaugerais , et de là à Loches et à Tours. « Tous ces petits voyages, ajoute

(1) Lettre à M. de Brieux, du 24 janvier 1660 ; II, 77.

Tabbé de MaroUes , ne furent que de quinze jours ou trois semaines. Notre ami s'en retourna de Valençai (1) à Paris, où, l'ayant suivi un mois après, je me logeai au faubourg Saint-Germain , en la rue du Colombier , dans une maison que je meublai , derrière celle do M. Des Yveteaui (2). »

En 1636, Tabbé change de quartier et de voisin, et vient demeurer auprès de la vieille fille d'alliance de Montaigne, M"® de Qournay, qui était alors septuagénaire. « Sur le commencement de l'année 1636, continue-t-il, je retournai à Paris où, ayant quitté mon logis du faubourg Saint-Germain, j'en pris un autre où demeuroit la vertueuse fille d'alliance de Michel de Montagne (3), dans la rue Saint-Honoré, vis-à-vis l'église des Pères de l'Oratoire. Elle faisoit alors imprimer la pi'emière édition de ses ouvrages (4); et ce me fut une grande Joie de me voir si proche d'elle ,

(1) Le château de Valençay, dans l'Indre, commencé par Philibert Delorme, et qui devint plus tard la propriété du prince de Talleyrand.

(2) Mémoires, vol. I, p. 194. — Nicolas Vauquelin Des Yveteaux, né en 1567 au château de La Freanaye, Calvados, mort en 1649.

(3) Marie Le Jars de Gournay, née à Paris vers 1566, morte en 1645. Le Dictionnaire de Dézobry la fait naitre en 1556.

(4) Elle avait déjà publié une édition complète des Essaie en 1595 ; mais celle qu'elle donna en 1635, 1 vol. in-f*, Parift, est la meilleure, -r- M. Jal a trouvé son acte de décès dans les registres de baint-Eustache, à la date du vendredi 14 juillet 1645 : Mademoiselle Marie Jars de Gournay, vivante fille de Monsieur Jars, demeurant rue Saint-Honoré , à l'opposite de rOratoiro, inhumée en nostre église. » Dictionn, critique.

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