‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 45 sur 122 · VANITÉ DE MAROLLES. IW · texte numérisé non relu

VANITÉ DE MAROLLES. IW

» Cette pensée fat assez proportionnée à nos inclinations. Mon aîné étoit prudent et courageux ; mon ca-^ det impatient, distrait, enti*eprenant et hardi, el bien que je fusse d'un naturel enjoué, j'étois pourtant asse» posé, et autant amateur de livres et de peinture , que mes frères Tétoient d'armes, d'épées, de chevaux, de chiens et d'équipages de chasse (1). »

Henri IV accorda à un enfant de dix ans, en considération des services du père, capitaine des centsuisses, Tabbaye do Beaugerais. Elle était de Tordre de Cîteaux, près de Loches, à quatre lieues de Marelles , dans le diocèse de Tours. « J'étois donc bien jeune, quand je fus honoré de la qualité de clerc d'une église illustre, et abbé d'un monastère où il y avoit six religieux prêtres, avec le prieur claustral, homme d'esprit et civil, appelé Dom Nicolas Briesonnet^ dont j'ai toujours fait beaucoup d'état. »

En 1626 , notre abbé de Beaugerais obtint de Louis XIII !ine autre faveur : Tabbaye de Villeloin , dont il prit désormais le nom , et qui était de cinq ou six mille livres de rente. « Le roi , raconte Tabbé de Marelles, se souvint de ses promesses, et nous accorda l'abbaye de Villeloin, du consentement de M. le cardinal de Richelieu, l'ayant refusée au frère du défunt (2), et à M. le cardinal de La Valette, qui, par bonheur pour nous, n'étoit pas bien alors dans l'esprit du premier ministre (3). »

(1) Marolles, Mémoires ^ p. 6.

(2) M. de Cornac.

(3) Mémoires, p. 141.

Le nouveau bénéfice , plus considérable que le précédent, avait de plus l'avantage d'être tout près du premier, à trois petites lieues de Loches, c Cette abbaye do Tordre de Saint-Benoît, nous dit le narrateur, au diocèse de Tours , est d'une fondation de plus de huit cens ans, où je trouvai quatorze religieux, onze desquels étoient prêtres , et les trois autres n'étoient que novices. Gela fut un sujet de grande joie à toute la famille^ qui s'en promettoit quelque sorte de secours, et de fait , après avoir payé les frais des Bulles, et fait les avances pour la nourriture des religieux, j'employai une partie considérable du revenu à payer, par les menus , quelques dettes domestiques (1). n

L'abbé de Villeloin , eu égard surtout à son mérite, n'était donc pas trop mal partagé. Ce qui ne l'empêche pas, dans l'espèce de postscriptum de son Epftre, d'exprimer ses doléances à ses parents et à ses amis. Sauf deux ou trois privilégiés, parmi lesquels sa jalousie pourrait bien viser Chapelain , il voit les gens de lettres dans le plus injuste délaissement. Aussi avertit-il ses amis de profiter de son exemple, de travailler pour la gloire, et de n'attendre d'autre profit de leurs études et de leurs travaux. « Je me suis oublié de vous dire, ajoute l'abbé mécontent, que je ne conseille à pas un de mes proches, ni de mes amis, de s'appliquer, comme j'ai fait à l'élude, et particulièrement à composer des livres, s'ils pensent que cela serve à leur gloire ou à leur avancement. Je suis persuadé que , de toutes les personnes de l'Etat , il n'y

(1) Mémoires, p. 142.

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