‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 51 sur 122 · C08TAR ET MÉNAGE · texte numérisé non relu

C08TAR ET MÉNAGE

Entre Ménage et Gostar, les brouilles, quand il y en eut y furent passagères; et, malgré leur mauvais caractère, ils finirent par mourir bons amis. En 1655, ils étaient d'accord. A cette époque, nous voyons Ménage aider Gostar dans la rédaction de son Mémoire des gens de lettres destiné à Mazarin. £t, en 1658, deux ans avant la mort du Triumvir y il s'occupait de publier sa fade correspondance avec les beaux esprits du temps et les personnes de la plus haute société. « G'est moi/dit-il expressément dans le Menagiana^ qui ai pris soin des lettres de M. Gostar, et qui lui conseillai de les faire paroître en deux volumes (1). »

Quant à Voiture, si Gostar se fit « son courtisan en titre, » ce ne fut nullement par sympathie, mais par intérêt , par ostentation , afin de tirer vanité de cette amitié , comme de celle de Balzac , de M»« de Rambouillet ou de M»* de Sablé. En 1634 , la campagne contre Oodeau et Ghapelain avait mal tourné, et avait indisposé contre le jeune pédant tous les amis « des deux grandes puissances littéraires » du jour. Pensant que les éloges réussiraient mieux que les railleries, il change de tactique et met, à flatter Voiture, l'entrain qu'il avait mis à étriller Ghapelain. Gostar avait connu jadis Voiture à Angers. Là , ils se lièrent ensemble; dès lors, ils eurent entre eux un commerce fréquent de lettres. De cette correspondance sortirent plus tard, en 1654 , les Entretiens de M, de Voititre et de M. Costar, « où il y a, dit Tallemant, furieusement du latin et bien des bévues. » '

(1) Vol. II, p. 204.

L'anuée 1653 lui fournit enfin Toccasion de se signaler, occasion si longtemps cherchée et si impatiemment attendue. Nous voulons parler de la longue querelle qu'il eut, i propos de Voiture, avec Girac, conseiller au^présidial d*Angoulôme.

Ce curieux débat , dans lequel Balzac joue un rôle si étrange , d'un côté excitant Girac à attaquer Voiture, de Tautre poussant Costar à le défondre , fut pour celui-ci la cause de sa renommée et de sa fortune. La Défense de M. de Voilure lui valut la faveur de Mazarin , et le rendit tout à coup « le spectacle du monde savant et poli. » La pièce est fort agréable, au jugement de Tallcmant, et « sans comparaison, c'est la meilleure chose qu'il ait faite et qu'il fera. » A cette occasion, le malicieux chroniqueur se débarrasse un instant de sa manie do se moquer de tout; il s'oublie presque au point de faire Féloge du mérite de Costar. « Avant la Défense de Voiture, dit-il, il n'avoitque des lettres qu'il n'a pas publiées (1). C'est un esprit encastellé; mais on ne peut pas dire qu'il n'écrive pas bien, à tout prendre. »

Cette querelle fit grand bruit jadis dans le monde des lettres. Nous n'avons pas à donner ici des rensei* gnements qui se trouvent ailleurs. Cependant nous voudrions éclaircir, si c'est possible, certain point demeure assez obscur; savoir si réellement, comme le croit Tallomant , Balzac joua en cette aflaire un rôle de dupe et se laissa bafouer ^ sans s'en apercevoir, t La pièce , disait-il , est fort agréable, en ce qu'elle berne

(1) Elles parurent plus tard, en 1658.

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