C08TAR ET GIRAC
Balzac d*un bout à l'autre. » C'était Topinion de Oirac ; Tallemant la reproduit ici avec un peu trop de crédulité, t Ce livre, disait l'adversaire de Costar, qui n'est autre chose qu'une satire contre l'honneur do celui à qui il Tadresse, quoiqu'il fît profession de le chérir et de l'honorer , étoit imprimé et entre les mains de tout le monde, avant que le manuscrit en fût venu jusqu'à lui (I). »
Bayle appelle bien Girac « un fort savant homme , bon voisin et bon ami de Balzac; » mais il ne le croit pas , pour cela, exempt des passions et dos entraînements de la polémique; il soupçonne , avec raison , qu'un pareil témoignage a besoin d'être contrôlé. « Je ne crois pas, dit Bayle , exprimant ainsi une opinion tout opposée à celle de Tallemant , que la Défense de Voiture fût imprimée avant que l'auteur en eût envoyé une copie manuscrite à M. de Balzac. »
Nous l'avons dit plus haut, l'attitude de celui-ci fut singulière; et Bayle, Ménage, nous montrent en e£fet Balzac un peu piqué dans son amour-propre, et espérant tirer quelque profit d'une guerre dont Voiture ferait les frais. « Aprôs avoir obligé M. de Girac , lisons -nous dans le Menagiana , à écrire en latin contre les Lettres de Voiture, il engagea aussi M. Gostar à prendre la défense de Voiture et à écrire contre M. de Oirac : c'étoit pour s'attirer des louanges de l'un et de l'autre côté (2). »
(1) Girac , Préface de la Réponse à la Défense de Voiture ; cité par B^le, art. Thomas de Girac.
(2) Vol. I, p: 134.
Bayle ne vise pas , comme Ménage , à donner un tour satirique à ses récits; aussi ses informations sont-elles plus sûres et nous éclairent-elles davantage sur le caractère de la lutte engagée. « Un peu après l'impression des ouvrages de Voiture (1), il arriva que Balzac, qui, peut-être, ne voyoit pas sans chagrin le bon accueil qui leur étoit fait , pria Girac de lui en écrire son sentiment. Celui-ci ne manqua pas d'avoir cette complaisance : il fit une dissertation latine sur ce sujet , laquelle Balzac communiqua à Costar, pour en avoir son avis. Costar prit cela pour une occasion de se signaler; et comme il crut que Balzac n'étoit pas fâché qu'on eût trouvé des taches dans les lettres de Voiture, il résolut de faire une apologie dont le contre-coup portât sur Balzac. »
Costar se mit à l'œuvre, mais lentement; et, son travail terminé, il envoya le manuscrit à Balzac, « le conjurant, s'il y trouvoit quelques lignes qui lui pussent déplaire , de les rayer , de les mettre au feu , de les jeter dans l'eau ; qu'il les lui abandonnoit absolument. » A ce compte, nous serions loin de la trahison que Talleraant reproche à Costar, de Vinfamie qu'il aurait commise en se moquant de Balzac, et en faisant imprimer secrètement , à la hâte , son livre , qui était entre les mains de tout le monde « avant que le manuscrit, comme l'avance Girac , en fût seulement venu jusqu'à lui. »
Bayle en est convaincu : Balzac avait reçu le ma-
(1) Les Lettres de Voiture furent publiées] pour la première fois en 1650.