MORT DE COSTAR
que la trêve obtenue par Voiture deux ans auparavant, ne purent faire renaître la confiance et ressusciter une amitié bien morte , que Costar avait tuée par ses trahisons et ses perfidies.
A défaut d'autres preuves données ailleurs, il suffit délire ce qu'écrivait Chapelain en 1660, au lendemain de la mort do Costar. Alors, avec une violence d'autant plus grande que son indignation et sa colère avaient été refoulées plus lon-^temps , il donne libre coura à son ressentiment ; il accable le défunt des plus sanglants outrages et, en une fois, se paye de tout l'arriéré qui lui était dû , pour la contrainte subie depuis tant d'années, pour son silence forcé et tant de ménagements obligés à l'égard d*un homme qu'il n'avait cessé de détester. Le 23 octobre 1660, il écrit à Spanheim : « M. Costar est mort (1), et n'est pas mort en bénédiction. Son procédé avec M. de Girac, pour la suppression de la réplique à ses invectives, l'avoit fort noirci parmi les gens de lettres. Son testament l'a achevé de perdre auprès des personnes d'honneur , comme plein de dureté envers ses pauvres parons, et d'ingratitude envers son bienfacteur et son maître (2). »
Tallemant nous dit un mot de ce testament. Costar laissa tout son bien à son ancien secrétaire, sans rien faire pour sa famille; mais il ne semble pas avoir fait acte d'ingratitude envers l'évêque du Mans, Emmanuel de Lavardin , « son bienfacteur et son maître. »
(1) n mourut le 13 mai 1660.
(2) Lettre k Ezéchiel Spanheim, du 23 octobre 1660; II, 106.
Du moins, celui-ci ratifia sans résistance les dispositions testamentaires de Gostar; et Tallemant, qui manque rarement l'occasion de répandre quelque mauvais bruit, ne dit rien de défavorable à cet égard. « Il fit, raconte-t-il , tout le bien qu il pouvoit faire à Pauquet ; il lui laissa dix mille écus avec sa prébende du Mans. Pour le reste, aussi bien que pour cela, M. du Mans a suivi la volonté du défunt. »
Mais c'est dans une lettre du 16 juillet 1660 que se trouve Toraison funèbre de Costar. Du Maurier (l) avait envoyé deux épitaphes, dont la tournure satirique ne pouvait déplaire à Chapelain. « Tout ce que vous me mandez de feu M. Costart, répond celui-ci, est TEvangile; et les deux épitaphes que vous m'avez envoyés sont justes, galans et sensés (2). Jamais homme n'a vécu plus déshonoré , ni n'est mort chargé de plus d'infamie. Cela ne vous a-t-il point fait souvenir de Telle vie, telle fin ? La vanité, la folie, la friponnerie , l'ingratitude , la malignité , l'envie, l'injustice, la flatterie , la médisance, la sensualité, l'irréligion disputoient en lui à qui l'emporteroit. Son érudition étoit pédantesque, quoique son style ne le fût pas, et quelque éloigné qu'il fût de M. de Balzac, pour ce dernier-ci , c'étoit pourtant la seule chose en quoi l'on peut dire qu'il valoit. On a vu enfin que le pronostic que nous en avions fait étoit bien véritable, et ses propres partisans ont été contrains d'aban-
(1) Louis Aubery Du Maurier, né à Paris en 1609 , mourut en 1687, au château du Maurier, prés La Flèche.
(2) Bpitaphe était alors masculin ou féminin, à volonté.