‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 57 sur 122 · PORTRAIT DE MÉNAGE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MÉNAGE

causes, d'être bon juge de soi-même! La Monnoye, à qui nous devons de nombreuses additions au Mena-^ giana, confirme cette assertion. « JTai toujours ou! dire, écrit-il, à ceux qui ont pratiqué M. Ménage, qu'il n'avoit point de fiel , et que jamais homme ne pardonna plus aisément les injures (1). »

Dans VAveriissement placé en tête de son édition, La Monnoye avait déjà relové ces qualités chez Ménage , « le plus aCFable, le plus honnête et le plus communicatif de tous les hommes (2). » Le portrait est peutêtre bienveillant. Le peintre aura flatté son modèle , c'est possible ; tous les traits n'y sont pas, mais ceux qui s'y trouvent paraissent assez ressemblants. « On verra ici, nous dit l'éditeur en parlant de Ménage, de nouvelles marquesdesaprofondeérudition, de l'étendue de ses connoissances, de la gaieté de son esprit, de son zèle pour ses amis, de sa modération envers ses envieux et ses ennemis, de son honnêteté, de ses rencontres heureuses dans les bons mots, de ses pensées judicieuses et de bon sens, de son cœur ouvert sans dissimulation, et de plusieurs autres perfections qui le rendront recommandable à la postérité (3). »

(1) Menagianay III, 54. — Bernard de La Monnoye, né à Dijon en 1641, mort en 1728; de l'Académie française en 1713. Son édition du Menagiana est de 1715. — Voy. , sur Ménage et La Monnoye, des détails fort intéressants dans un ouvrage nouveau : La vie littéraire dans une ville de province sous Louis XIV, par M. Jacquet, p. 100 et suiv. 1 vol. in-8*. Paris, Garnier, 1886.

(2) Avertissement f p. xin.

(3) Ï6id., p. XIX.

Tallemant, qui le malmène rudement, Ta peint sous de plus vilaines couleurs : « vain à outrance, » médisant du tiers et du qùart^ glorieux et impertinent avec les cavaliers et les dames. Cependant, à tout prendre, et malgré sa mordacité^ ce n'était pas un méchant homme. Il était si libre dans ses propos, si agressif, d'humeur si railleuse, qu'il avait trouvé le moyen de scandaliser jusqu'à ses compatriotes. « A Angers, nous dit Tallemant, quoique tout Angevin, pour l'ordinaire, soit goguenard et médisant, il étoit fort décrié pour la médisance (1). »

Toutefois, de l'aveu de Tallemant, si digne lui-même d'être Angevin, les traits de Ménage n'étaient pas envenimés : il les lançait par vanité, pour faire rire, pour se faire remarquer, et sansaucuneintentiondenuire. «Je neveux pas dire, ajoute notre chroniqueur, qu'il ait de la malice, mais au moins n'a-t-il guère de charité, ni guère de jugement. » La réflexion est juste, mais assez plaisante, sous cette plume naturellement satirique, et de la part d'un tel maître en médisance. A travers toutes ses critiques , l'intrépide démolisseur de tant de renommées, laisse échapper cependant certains éloges bons à recueillir : ils confirment les paroles de La Monnoye et le témoignage que Ménage se rendait à lui-même. « A la vérité, écrit Tallemant, on ne peut nier qu'il ne serve ses amis, quand il peut ; mais on ne sauroit aussi nier qu'il no s'en vante furieusement. Il n'est point intéressé; mais, comme nous le verrons par la suite, il fait aussi terriblement le libéral, et en- Ci) Tallemant, IV, 188.

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