PORTRAIT DE MÉNAGE. W
core plus Thomme d'importance. Il a quelque fierté, mais il a bien donné dans la badinerie ; et jamais personne n'a plus fait claquer son fouet : il est de ceux qui perdroient plutôt un ami qu'un bon mot (1). » Notre Angevin, en efiFet, était vaniteux à l'excès, et, par sa jactance^ sa hâblerie, il gâta plus d'une fois ses meilleures actions. Il froissait ainsi ses obligés, et, pour prix de ses peines et de ses services, il attrapa souvent un coup de grifife, au lieu d'une caresse qu'il aurait dû recevoir. Après bien des instances, Ménage avait obtenu d'Abel Servien(2), surintendant des finances avec Fouquet, un présent de quinze cents livres pour Gombauld. Il mit si peu de mesure à chanter cet exploit, que le poète impatienté à la fin et mécontent de tout ce bruit, lui exprima sa reconnaissance dans un joli quatrain :
8i Charles (3) , par son crédit , M'a fait un plaisir extrême, J'en suis quitte ; il l'a tant dit , Qu'il s'en est payé lui-même (4).
« Le bonhomme Gombauld »> n'avouait pas l'épigramme. Il le nie comme beau meurtre, disait Tallemant des Réaux. Mais, affirme notre grand bavard,, elle étoit certainement de lui ; et, sur ces questions
(1) Tallemant, IV, 196.
(2) Né à Grenoble en 1593 ; de l'Académie française en 1634.
(3) Il n'a pas osé mettre Gilles, Note de Tallemant, IV, 211.
(4) Jean Ogier de Gombauld, né en 1570, à Saint- Juste> de- Lussac en Saintonge, mort en 1666. De l'Académie française, dés sa fondation, en 1634.
do fait, son témoignage ne peut être récusé. Il a de sûres informations, quand il le veut; ses renseignements sont puisés à bonne source, et il a vu de près les hommes et les choses dont il parle.
Ménage fut d*abord avocat. Après de brillantes et rapides études à Angers , il vint de bonne heure à Paris, en 1632, à l'âge de dix-neuf ans. A en croire Fauteur anonyme des Mémoires sur sa vie , à Ten croire lui-même, dès cette époque, et avant même de quitter sa ville natale, il aurait déjà plaidé une affaire. Mais est-ce bien certain? Tallemant qui, dans le doute, incline toujours vers Topinion la plus favorable , déclare net qu'il ne plaida ni à Angers , ni même à Paris. « Ménage, dit-il, est fils d'un avocat du roi d'Angers; il fut quelque temps ici au barreau, mais sans plaider (1). »
Il se fit recevoir avocat au Parlement de Paris, dit La Monnoye, sans indiquer Tannée. A notre avis, ce fut en 1632. Il y plaida « plusieurs causes, » une, entre autres, pour son ancien maître de droit. De tels débuts ne manqueraient pas d'un certain éclat ; mais Tallemant se charge de réduire et le nombre de ces procès et les succès oratoires du jeune avocat. « Il n'a jamais plaidé qu'une cause, à ce qu'on dit , encore ne fut-ce à Paris, et ne put-il achever, car il demeura court. Ce fut pour cela, dit-on , qu'il quitta le palais ; c'étoit aux Grands-Jours de Poitiers. »
Enfin, nous avons ici une date précise. Les Grands- Jours furent tenus à Poitiers en 1634, pendant qua-
(1) Tallemant, IV, 187.