‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 59 sur 122 · MÉNAGE AVOCAT · texte numérisé non relu

MÉNAGE AVOCAT

tre mois, sous la présidence du chancelier Séguier (1). Détail assez intéressant pour nous , le greffier en fut le père de notre satirique ^ Gilles Boileau. C'est lui qui a rédigé les procès verbaux des séances , conservés aujourd'hui aux Archives nationales (2). Séguier, qui aimait à s'entourer do gens de lettres, et avec lequel Ménage fut en relation dans la suite, Tommena, peut-être avec lui, et rengagea à suivre le Parlement. Coslar ne manque pas une si belle occasion de médire, et il raille l'orateur allant ainsi colporter sa faconde jusque dans les juridictions éloignées.

Toutefois, les malices deTallemant ne peuvent faire autorité. Bayle, au contraire, plus véridique, sinon mieux informé que l'auteur des Historiettes^ prend au sérieux les premiers travaux de Ménage : il l'appelle « un avocat plaidant, » et regrette même qu'on n'ait pas imprimé ses plaidoyers.

Bsins ses Oi'igi7ies de la langue française, « la plus utile chose qu'il ait faite, » au dire même de Tallemant, l'auteur nous parle de lui, de ses débuts à Angers et à Paris, comme dans le Ménagiana. Il en fixe l'époque à Tannée 1632, se montre assidu au barreau , chargé de bonne heure d'affaires importantes, et nullement réduit, comme le prétend Tallemant des Réaux, à un discours unique,

(1) Pierre Séguier, né à Paris le 28 mai 1588, mort à Saint- Germain le 8 janvier 1672. — Voy. le beau travail de M. Kerviler : Le chancelier Pierre Séguier^ 1 vol. in-12. Paris, Didier, 1875.

(2) Voy. M. Chéruel, Notice sur les Grands-JourSf dans les Mémoires de Fléchier, p. 326. Edit. in-12, Paris, Hachette.

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dans lequel encore il serait demeuré court. « En 1632, nous dit Ménage, je fus reçu avocat à Angers, qui est le lieu de ma naissance ; et j*y plaidai ma première cause centime M. Ayrault, mon cousin germain, qui fut depuis conseiller au parlement de Bretagne et conunissaire de la chambre de justice. Je vins à Paris en la même année, où je fus aussi reçu avocat, et où j*ai plaidé pendant plusieurs années. En 1634, le parlement de Paris alla tenir les Grands- Jours à Poitiers, où je plaidai aussi. Et c'est ce qui a fait dire à M. Gostar que , comme il y avoit des sergens exploitans par tout le royaume, j'étois un avocat plaidant par tout le royaume (1). »

Ménage avait donc une vingtaine d'années à peine, quand il vint dans le Poitou défendre les criminels devant la justice du roi. M. Ludovic Lalanne (2) et M. Tamizey de Larroque Tont fait naître to 1603, et Font gratifié libéralement de dix ans de plus qu'il n'avait en réalité. Le savant et consciencieux éditeur des Lettres de Chapelain , à qui nous devons tant de rectifications, nous permettra de relever cette erreur. De pareilles fautes sont rares chez ce maître de l'érudition contemporaine, et ce n'est vraiment rien ôter à sa gloire que de signaler çà et là, dans cet immense travail, dans cette volumineuse correspondance, où sont accumulés tant de renseignements, tant de notes de toutes sortes, biographie, histoire, philologie, dates,

(1) Ménage, Dictionnaire étymologique de la langue /Vançoisey au mot Rachat. 2 vol. in-^, Paris, Briasson, 1750.

(2) Dictionnaire historique de la France^ 1877; Art. Ménage.

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