MÉNAGE QUITTE LE BARREAU
critique des textes, bibliographie, de signaler, dis-je, quelques lacunes inévitables dans un si vaste sujet. C'est rinfirmitô humaine, dont parle Horace, et dont la science la plus ferme n'est pas affranchie. En 1659, le 8 janvier, Chapelain écrit à Ménage une lettre que nous avons déjà citée (1). Et M. Tamizey de Larroque met en note à cet endroit : « Gilles Ménage, dont il a été si souvent question, dans le tome I** des Lettres de Chapelain^ était alors âgé de cinquante-six ans. Il avait publié, depuis huit ans, ses Origines de la lan" gue française^ Paris, 1650, in-4^, qui établirent sa réputation de savant (2). » Non ; en 1659, Ménage avait seulement quarante-six ans. Il était né en 1 613 : comme d'ailleurs, M. Tamizey de Larroque Tavait fort bien indiqué dans son recueil des lettres inédites de Balzac (3); comme le disent avec raison Bayle, Moréri, la Biographie générale^ et le Dictionnaire même de Dézobry.
Pouréviterle désagrément d'être vieilli, désagrément qu'il avait eu de son vivant. Ménage a eu la précaution de nous donner la date exacte de sa naissance : nous ne saurions invoquer de plus sûr témoignage. « J'ai été obligé, dit-il, de publier le temps de ma naissance à l'âge de soixante et dix-huit ans, pour faire savoir que j'étois plus jeune que l'on ne disoit. Mon neveu, qui depuis peu est venu d'Angers, m'a apporté l'extrait d'un journal où mon père l'a voit écrit
(1) Page 89.
(2) Lettres de Chstpelairif II, 13.
(3) Mélanges historiques de 1873, p. 408. Imprim. nation.
de sa propre main. Je suis né le 14 du mois d'août 1613. J*ai plaidé à Angers en 1632. Je vins à Paris la môme année, et me fts recevoir avocat au parlement (1). » Sur ce passage, La Monnoye ajoute une note qui a besoin d'une petite rectification, c M. Ménage disoit cela à Foccasion des vers latins intitulés : Divx Mnemosynx^ gratiarum aclio , qu'il fit imprimer en 1699. » C'est une faute d'impression évidemment; et il faut lire 4690 : car Ménage mourut à Paris le 23 juillet 1692.
Dégoûté de sa profession d'avocat, dit-on , Ménage quitta le barreau en 1634. Il vint alors à Angers, et passa quelque temps auprès de son père. Celui-ci se démit en faveur de son fils de ses fonctions d'avocat du roi (2). Le jeune homme n'osa pas refuser; mais rentré à Paris, il s'empressa de renvoyer les provisions de sa charge. Il l'avait exercée pendant six mois. Ce refus les mit mal ensemble ; et, dans la suite. Ménage expliquait la brouille survenue, par un bon mot qui a le don de déplaire à Tallemant : c 11 disoit , pensant dire une belle chose, qu'il ne s*étonnoit pas de n'être pas bien avec son père, qu'il lui avoit rendu un mauvais office (3). »
Cette retraite du barreau fut définitive seulement après J640. A son retour des Grands-Jours de Poitiers, en 1634, Ménage refusa une charge qui l'aurait
(1) MenagiansL, I, 146.
(2) L'avocat du roi, appelé plus tard procureur du roi, remplissait les fonctions de ministère public. — Voy. Ghéruel, au mot Gens du roi,
(3) TaUemant, IV, 188.