VIE DE MAMURRA
d*écrire la vie du « Grec; » et, au lieu d'une apologie , il publia contre lui une violente satire qui fit beaucoup de bruit : Vita Gargilii Mamurrx , parasita pxdagogiy scriptore Marco Licinio^ Paris. 4643, in-d^, L'épître dédicatoire est bien antérieure. Elle est datée d'Angers le 20 octobre 1636, et adressée, non à Balzac, comme le dit M, Tamizey de Larroque (t),*',mais à Charles Feramus, l'un de ceux qui n'épargnèrent pas les coups au pauvre parasite. I-'épître, en effet, porte le titre suivant : /Egidius Menagius Carolo Feramusio , Advocalo Parisiensiy S. D. (2).
La Bibliothèque nationale possède un exemplaire de la Vie de Mamurra, curieuse édition, accompagnée d'amusantes caricatures contre Montmaur, mais où manque l'épître dédicatoire de 1636 (3). Adrien de Valois avait formé ce Recueil ; et, peut-être, est-ce son exemplaire même qui se trouve à la Bibliothèque nationale. Le célèbre érudit parle des pièces qu'il avait réunies contre « le plus grand parasite de son temps. > — « J'ajoutai ensuite, dit Valois, sa vie composée par
Lot, mort en 1648. — Voy. Bayle, Dictionnaire critique , art. Montmaur, — Le Dictionnaire de Dczobry le fait naître en 1576, et mourir en 1660,
(1) Lettres de Balzac ; Mélanges historiques. Impr. nation. , 1873, p. 421.
(2) Miscellaneay p. 1. Paris, 1652. — Charles Feramus, né à Boulogne-9ur-Mer, mort vers 1653 ou 1654. Voyez la note de M. Tamizey de Larroque, Lettres de Balzac j Mélanges historiques de 1813, p. 449.
(3) « Vita M. Gargilii Afamurrœ, Parasito pœdagogi, scriptore Marco Licinio. Luteciee, 1643. » Bibl. nation., Z, 1363; Réserve.
M. Ménage, et tous les vers latins et françois que je pus ramasser des uns et des autres ; auxquels je joignis quelques épigrammes latines que j 'a vois faites sur lui(l). »
Sur la feuille de garde se trouve le piquant passage du Vatesiana^ publié seulement on 1694. La note que nous allons rapporter a-t-elle précédé ou suivi Timprimé? A notre avis, elle Ta précédé. L'écriture, Torthographe, les abréviations, nous semblent d'une époque antérieure à 1694. L'auteur, on le sent, bien qu'il ne se nomme pas lui-même, comme dans le Valesiana^ est l'un de ceux qui prirent part à la fête et criblèrent le parasite de leurs traits. L'explication du pseudonyme adopté par Adrien de Valois ne manque pas d'un certain charme. En vérité, nous n'aurions pas soupçonné qu'un nom pût signifier tant de choses à la fois; autant vaudrait déchiffrer une énigme. « Le professeur Monraor, est-il dit, aimoit à faire bonne chère aux dépens d'autrui. Il s'étoit donné entrée chez tous les grands qui tenoient table ouverte , par quelques mots grecs et latins qu'il leur dôbitoit pour son écot. Après avoir bien bu et bien mangé, il se mettoit à médire de tous les savans , tant vivans que morts, et il n'y en avoit pas un qui n'eût un coup de dent. La plupart des savans se crurent obligés de le célébrer comme il le méritoit, et de lui rendre justice. Ce fut M. Ménage qui sonna, pour ainsi dire, le tocsin contre lui. Il composa sa vie en latin , et, à la fin de cette pièce, il exhorta par une petite épigramme
(1) Vaîesiana, p. 37, 1694. Iii-12. Paris.
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de cinq vers tous les sâvans à prendre les armes coq*' tre cet ennemi commun. M. Had. de Valois ne you« lut pas être des derniers à prendre parti dans une quei*elle si plaisante. II ât imprimer deux pièces latines de ce professeur, avec des notes ; et comme chacun prenoit des noms de guerre, il prit celui de Quintus Januarius Fronto, qui lui convenoit , en ce qu'il étoit le cinquième de ses frères; qu'il étoit né dans le mois de janvier, et qu'il avoit le front large et élevé. Ce livre est devenu rare (1). »
Charles Feramus, à qui Ménage dédiait la vie de Mamurra, avait composé une vive satire contre le parasite. Gomme ses autres compagnons d'armes, l'avocat au Parlement avait pris, lui aussi, un nom de guerre bien savant, et s'appelait Papy^ rius Censor Carpitamis, En tête de la pièce se trouve une gravure fort plaisante, fort gaie, dont quelques jolis vers latins donnent l'explication. Montmaur est en retard; il est plus de midi à l'horloge voisine : monté sur une mule rétive et exténuée, le corps penché en avant, à grand coups de bâton, à coups d'épeperon, il pousse la malheureuse bête, afin de ne pas manquer son dîner.
In furias agitar, virgàque et calcibus urget Impatiens, lassum, nil miseratOB, equum.
(1) La satire d'Adrien de Valois a pour titre : Pétri Morir mauriy grœcarum litterarum professoris regiit opérât etc. ... iterum édita, et notis nunc primum illustrataà Q. Januario Frontone. Lutecise, 1643. Dans le même Recueil, Bibl. nat., Z. 1363 ; Réserve.
Scilicet impransus duodenam suspicit horam;
Parceret an tardo, tune, Parasitas, equo (l)î
Ménage dédia à Balzac un autre ouvrage, la Métamorphose de Montmaur en perroquet : Gargilii Macronis ParcLsito-sophistx Metamorphosis. Ad lo. Lud. Balsadum (2). La satire est en vers, et bien différente de la Vie de Mamurra, dédiée à Feramus par Ménage. D'ailleurs, en 1636, celui-ci ne pouvait guère songer à offrir un livre à Balzac, avec qui il entra en relations seulement vers 1639.
L'ermite de la Charente fut charmé de la Vie de Mamurra , et félicita l'auteur en termes enthousiastes, « Au reste. Monsieur, lui écrit-il le 4 novembre 1643, je ne me lasse point de lire la vie de Mamurra : je Tai trouvée et plus belle et plus nouvelle la dixième fois que la première. Qu'elle eût fait rire de bon cœur le cardinal Du Perron ! Qu'elle plaira au cardinal Bentivoglio ! Que le P. Strada en estimera le sel et les sausses, lui qui rit quelquefois à la romaine, et qui se mêle de la belle raillerie aussi bien que vous (3) ! >
Pour dernier coup. Ménage composa en deux mots répitaphe de l'infortuné pédant. Sous apparence d'hommage, et sans s'écarter de la formule consacrée, c'était
(1) La pièce de Feramus est insérée dans le même recueil ; mais sans lieu , ni date d'impression. Elle a pour titre : Macrini Parasito-grammatici 'HiUpa, ad Celsum, Papyrio Cbn-
80RE GaRPITÀNO AUTORE.
(2) ^gid. Menagii Miscellanea, p. 3.
(3) Œuvres complètes de Batzac, édit. in-f*, 1665, p. 524. — Jacques Du Perron, 1556-1618. — Le cardinal Gui Bentivoglio, 1579-1644. — Famiani Strada, jésuite , 1572-1649.