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CHAPITRE XI

Ménage. — Ce qu*il devient à sa sortie de Tarchevéché, 1652. Revenus de Ménage. Doyenné de Saint-Pierre d'Angers. Le père de Ménage titulaire de ce doyenné , 1647. Le fils obtient ce bénéfice, 1648. Prieuré de Montdidier, 1648. Ménage refuse d'entrer chez le prince de Gonti. Relations de Ménage avec les lettrés du temps. Les frères Du Puy. Réputation de Ménage. Il présente l'Académie française à la reine Christine, 1656. Pourquoi Ménage n'est pas membre de l'Académie. Son échec en 1684. Visite de la reine Christine à l'Académie française, 1658. Les MercurUle$ de Ménage, Date de ces réunions, 1652.

Vers 1652, quand il sortit de Tarchevéché, Ménage ne pouvait « faire rouler le carrosse (1), » comme c*eût été son ambition ; mais il n'était pas à plaindre : il avait d'amples revenus qui lui assuraient de tranquilles loisirs, lui permettaient de s'appliquer entièrement à Tétude, et, pour parler cx)mme le Meruigiana, <c de faire habitude particulière avec tous ceux qui étoient regardés alors comme les arbitres de la répu-

(1) Tallemant, IV, 200.

talion des gens de lettres et comme les dispensateurs de la gloire (1). >

De bonne heure, il avait été pourvu de quelques bénéfices , « entre autres du doyenné de Saint-Pierre d*Angers, que son père avoit possédé. » A quelle époque Ménage eut-il ce bénéfice? et comment Guillaume Ménage, avocat du roi et père de plusieurs enfants, pouvait-il bien posséder un doyenné? S'agit-il ici de revenus assignés à Guillaume Ménage sur le doyenné de Saint-Pierre d'Angers, comme Chapelain avait une pension sur Tabbaye de Corbie? ou d*un de ces trafics de biens d'église, si fréquents à cette époque, qui nous déconcertent nous, modernes, et auxquels nous ne pouvons rien comprendre; bénéfices tranquillement possédés par des gensdu monde, et transférés ensuite à celui-ci ou à celui-là, selon le caprice, l'intérêt ou la faveur? Les Mémoires de la vie de M, Ménage se contentent d'exprimer le fait, sans fixer aucune date ni fournir aucune explication.

Dans l'intervalle, l'avocat du roi à Angers avait résigné ses fonctions; il s'était fait d'église, comme son fils allait faire peu de temps après à Paris. Pour le coup , le nouveau bénéficier n'était pas très jeune; ^, bien plus vieux encore que Huet ou Godeau, il entrait dans la carrière : il était presque septuagénaire. En 1641 , lisons-nous dans l'excellent Diotionnaire historique de Maine-et-Loire , par M. G. Port, Guillaume Ménage (2) « reçut le sous-diaconat dO son

(1) MenugianA, II, p. vin.

(2) Il éUit né à Sablé, le 25 Juillet 1572,

ancien condisciple, Claude deRueiI,qui, par lettre du 6 août 1647, lui conféra le doyenné de Saint- Pierre d'Angers (1). •

Voilà encore un de ces faits bien propres à nous surprendre, et qui n'étaient pas rares dans Tancienne société française. Comment pouvait-on ainsi , et sans infériorité, passer comme de plain-pied du monde dans l'Eglise? Rappelons-nous les graves habitudes d'autrefois, la vie sévère et religieuse qu'on menait jadis, et on verra que ces changements étaient en réalité moins brusques qu'il ne semble d'abord. Rappelons-nous que tout le monde alors avait une connaissance approfondie de la religion ; que de hauts et fiers personnages, Saint-Simon, Pomponne, Lamoignon, d'Aguesseau, le grand Condé lui-même, soutenaient au besoin des discussions fort vives sur des points de théologie, lisaient plusieurs fois la Bible dans le cours de leur vie, ou , comme Lamoignon , avaient l'habitude de réciter Tofflce canonial (2). Huet ne devait entrer dans les ordres qu'en 1676, ce qui ne l'empêchait pas, tout profane qu'il était alors, de publier, en 1668, à l'âge de trente-huit ans, de vastes commentaires sur l'Ecriture sainte (3), comme eût fait un théologien de profession, le P. Petau ou le P. Sirmond.

Le père de Ménage eut donc fort légitimement le

(1) Art. Minage,

(2) Voyez ce que nous avons dit à ce sujet dans notre ouvrage : Fléchier orateur^ p. 365 et suiv. Paris, Perrin, 1886.

(3) Origenis in sacras Scripturas Commentariaf 2 vol. in-f*. Ilouen, 1668.

doyenné de Saint-Pierre ; et on ne peut , à ce sujet , se plaindre ici de ce mélange du sacré et du profane , de ces biens d*église entre les mains de gens du monde, comme Benserade, Ronsard, Voiture ou Sarasin.

D'ailleurs, Tabus était général, fortifié par la coutume et d'antiques usages. Tant de gens profitaient de Tétat de choses alors établi , qu'ils ne songeaient pas à réclamer. D'autres en gémissaient tout bas ; quelques-uns seulement, d'un esprit plus libre ou plus hardi, un I^a Bruyère, un Bayle, un Saint-Evremond, protestaient, et encore bien timidement, avec toutes sortes de réticences et de précautions, dans la crainte de passer pour des novateurs ou des ennemis de l'ordre public. Bayle s'étonnait comme nous, et ne comprenait pas davantage. Il s'étonnait de cette multitude de bénéficiers laïques, militaires, grands seigneurs, lettrés, enfants, pères de famille, qu'il voyait partout eu France et qu'il ne rencontrait pas dans les pays étrangers , ni en Espagne , ni en Italie , ni en Allemagne. « Si l'on se jette dans l'Eglise, disait-il, et si Ton y jouit d'un bénéfice à charge d'âmes ou simplement du caractère sacerdotal, on ne doit point s'amuser à faire le dameret ni à coups de langue, ni à coups de plume. Je crois même qu'il seroit à souhaiter que les récompenses que méritent, à juste titre, les Voitures et les Sarrazins, et les autres beaux esprits ne fussent point assignées sur les biens d'Eglise, comme elles le sont très souvent. Ce ne fut jamais l'intention de ceux qui ont enrichi l'Eglise, que les biens qu'ils lui conféroient servissent de récompense

aux poésies galantes, aux romans, aux comédies (1). » Quant au doyenné de Saint-Pierre d'Angers , et à l'époque où Ménage l'obtint , époque que Fauteur des Mémoires, selon son habitude, n'a garde d'indiquer, ce fut, nous dit M. C. Port, en 1648, à la mort de son père. Guillaume Ménage laissait à son âls une assez belle fortune, et, entre autres, son doyenné du chapitre Saint-Pierre d'Angers. « Dès le 2 février 1648, moins de quinze jours après la vacance ouverte (2) , Ménage en fut investi. Il prêta serment le 12, et le 6 mai obtenait dispense de résidence pour deux ans , ayant notamment à défendre en justice cette riche prébende qui lui était contestée (3). »

La môme année , et sans être encore dans les ordres sacrés , il obtint un autre bénéfice considérable , qui lui apporta quatre mille livres de rente. Nous ne nous chargerons pas d'expliquer comment un conseiller pouvait disposer à son gré de semblables privilèges ; moins encore comment un laïque renonçait à quatre mille livres de rente qu'un induit lui permettait de garder. Le poste était peut-être à sa nomination : comme Montausier et tant d'autres personnages nommaient aux cures et prieurés qui étaient sur leurs terres ; comme les abbesses et les abbés nommaient aux bénéfices qui dépendaient de leurs abbayes. C'est ainsi que Chavaroche, l'intendant de M"« de Ram-

(1) Dictionnaire ctitiquCf art. fhomaà de Girac. Voy. encore les art. Benseradè et Ronsard.

(2) Son père était mort le 18 janvier 1648.

(3) Dictionnaire historique de Maine-et-Loire , art. Ménage^

MÉNAO^. 271

bouiUet , celui qui jadis avait tiré Tépée contre Voiture et s'était battu avec lui dans la cour même de rhôtel , receyaif^ de ses maîtres un bénéfice dans le Maine. Le 27 octobre 1640, Chapelain écrit à Montausier, et lui fait part de la nouvelle. « Le bon M. de Xîhavaroche, dit-il , est devenu chapelain, et possède désormais une chapelle au Maine de quatre-vingts ou cent écus de rente , qui ne l'oblige à être prêtre ni marié. C'est un présent de M. le marquis de Rambouillet qui en est patron. Vous en serez sans doute bien aise , quoique le présent soit petit (1). »

ISl Jacques-Auguste de Thou , fils du célèbre historien , fut à la fois homme d'église et de palais. II fut président au Parlement, et devint en 1657 ambassadeur de France à La Haye. Ce n'était pas assez d'étro diplomate et magistrat : on Ta appelé aussi Tabbé de Thou, parce qu'il possédait l'abbaye de Bonneval (2). Cet abbé commendataire ne devait pas avoir dQs obligations fort étroites , car il se maria deux fois , et laissa un fils et deux filles. Il mourut à Paris en 1677.

Nous sommes dans l'impossibilité d'expliquer ces choses étranges autrement que par l'usage et la force de la coutume. Bornons-nous k rapporter les faits. Ménage perdit sou père le 18 janvier 1648. « Peu de tomps après, nous dit-on, il obtint, par arrêt du Orand-Conseil , le prieuré de Mondidier, qu'il avoit requis en vertu d'un induit qu'un conseiller de ses

(1) Lettre à Montausier, 1, 711.

(2) Village d'Eure-et>Loir , à trois lieues de Ghàteaudon. L^abbaye était de Tordre de Saint-Benoît.

amis lui avoit donné ; et dès qu'il fut en possession paisible de ce bénéfice, il le résigna à M. Fabbé de la Vieuville, depuis évêque de Renues (1) , qui fit créer en sa faveur une pension de quatre mille livres sur deux abbayes : sur celle de Saint-Lomer de Blois, quinze cens livres ; et sur celle de Savigny, deux mille cinq cens livres, dont il obtint Tagrément du roi (2). » Ajoutez h cela Théritage que son père lui laissa en mourant , et vous aurez un tableau assez satisfaisant de la fortune de Ménage. La situation de notre bel esprit était loin d'être précaire, et ses plaintes à ce sujet ne paraissent guère justifiées. « Etant Taîné , lisons-nous dans les Mémoires de sa vie , il eut de sa succession une belle terre qu'il vendit soixante mille livres à M. Servien , alors siu*intendant des finances , et son ami particulier, qui, au lieu de lui en payer le prix , lui en passa un contrat do trois mille livres de rente (3). > Tout cela, si nous comptons bien, lui assurait un revenu de huit ou dix mille livres , revenu considérable pour le temps , et qu'il faut tripler pour en avoir l'évaluation exacte aujourd'hui. Dans ces conditions, et quoi qu'il en dise, il n*était vraiment pas à plaindre : il pouvait vivre heureux , indépendant, tout entier à ses goûts pour les livres et Tétude; et, comme il était riche, publier à

(1) Cbarles-François dd La Vieuville, évéque de Hennés de 1664 au 20 janvier 1676. Migne» Dictionn&ire de statistique religieuse.

(2) Menagiartàf II, p. x*

(3) Ibid.y II» p. IX*

grands frais de nombreuses et belles éditions de ses œuvres.

Ménage ne s'en plaint pas moins, pour cela, du triste état de ses affaiœs, et de la gêne à laquelle il est réduit. Malgré rhostilité de Chapelain, il se trouva porté sur la liste des gratifications royales pendant les années 1664, 1665 et 1666 (1). En 1665, il y figure même avec cette mention flatteuse : « Au sieur abbé Ménaqb, pour luy donner des marques de Testime que Sa Majesté fait de son mérite, 2,0004. » Dans la suite, il dut déplaire à Colbert : son nom ne paraît plus une seule fois dans le tableau des libéralités accordées aux lettrés jusqu'en 1683.

Afin d'éloigner les parasites ou les emprunteui*s , peut-être aussi pour faire honte auGoadjuteur, qui ne l'avait pas enrichi à son gré , il avait imaginé de placer sur sa maison une inscription plaisante et qui annonçait le sort précaire du maître du logis. Retz, semble-t-il, fut piqué; il prit la leçon pour lui. Il avait autrement de Tesprit que Ménage , qui n'en est pas dépourvu. U tombe à Timpi^oviste chez le pauvre homme , et demande à loger dans la chétive demeure. Etait-ce raillerie? ou allusion à ses propres embarras ? La réplique de Ménage, d'ailleurs si prompt à la riposte, aurait pu nous l'apprendre; mais ici, il a oublié de nous dire ce qu'il répondit. Quant aux embarras financiers de Retz , ils ne devaient pas être bien grands avant la Fronde; et ses revenus étaient assez considérables pour no pas songer alors à retenir une

(1) Mémoires de Colbert, édit. P. Clément, vol. V, p. 466.

chambre à Y Hôtel de VImpécuniosité, A ce moment, Ménage n'est pas encore brouillé avec son maître : la petite scène est donc antérieure à 1652 et à la ruine de la fortune du cardinal. « J'étois un jour, raconte Ménage, avec M. Salmonet (1), qui a écrit l'histoire d'Ecosse , et nous plaisantions sur l'inscription que j'avois donnée à ma maison, en l'appelant Y Hôtel de VImpécuniosité. Dans ce temps-là, M. le cardinal de Retz entra. 11 n'étoit alors que Goadjuteur. € Je viens • d'apprendre, me dit-il, le nom que vous avez donné » à votre maison. Je vous prie de m'y retenir un ap- » partoment (2). »

En 1652 , quand il quitta le cardinal de Retz , Ménage eut la sagesse , malgré bien des sollicitations, de ne pas prendre ailleurs du service. Tallemant, qui mêle toujours à ses récits quelque pointe de malice, raconte comment il rejeta les offres que Conti lui fit faire par Sarasin, son secrétaire des commandements. Celui-ci était son ami, et, dès qu'il sut l'aventure, lui fit écrire aussitôt par le prince de Conti (3). « La lettre étoit fort civile, continue Tallemant ; le prince lui demandoit son amitié et Sarrasin lui offroit toutes choses de sa part; mais il n'accepta pas, parce ^ disoit-il , qu'il ne voulait plus de maître. Ce lui fut une grande consolation que cette lettre , car il la porta

(1) Autre familier du cardinal de Retz. Voy. Tallemant, IV,

(2) Men&gi&nsL, II, 222.

(3) Frère du grand Condé, né à Paris le 11 octobre 1629, et mort à Pézenas le 21 février 1666. Le prince de Conti allait épouser, en 1654, Anne Martinozzi, nièce de Mazarin.

trois mois dans sa poche, et la lisoit à tout le monde (I). »

Dès lors, devenu plus libre, il put entretenir des relations suivies avec tous les lettrés de Paris, les visiter régulièrement ou les recevoir chez lui, à jour fixe , dans sa maison du cloître Notre-Dame où il demeu» rait, et où il mourut en 1692. Tout jeune encore, à peine arrivé à Paris, il avait recherché les doctes compagnies, les hommes célèbi*es par leur esprit ou leur savoir : Chapelain, Costar, les frères Du Puy , l'hôtel de Rambouillet, les Samedis de M"* de Scndôry, surtout les brillantes réunions tenues au petit Archevêché , et qui lui valurent cette connaissance « des grands seigneurs et des grandes dames, » que lui enviait Tallemant,

Ménage connut de bonne heure les frères Du Puy. Il fut introduit dans le célèbre Cabinet par un de ses parents, appelé le prieur de Cassan (2), frère de Bouchard , personnage singulier, dont on rapporte des choses bien étranges. « Ce fut M. Hulon, mon parent, nous dit Ménage, qui, à mon arrivée à Paris, me mena chez messieurs Du Puy , et chez plusieurs autres personnes de lettres (3). » En 1638, Chapelain parle à la fois et de Bouchard et du fameux prieur, et, en quelques mots, les juge Tun et l'autre. « Le François Ro-

(1) Tallemant, IV, Î09. — Jean^Prançois Sarasin, Tauteur de de la Pompe funèbre de Voiture. Sarasin était né près de Caen en 1604 ; il mourut à Pézenas en 1654.

(2) Le prieuré do Cassan était situé près de Béziers.

(3) Menagiana, I, 130.

main, écrit-il à Balzac, qui vous a paru sous le nom deJ. JacobusBucardus, s'appelle Fontenai- Bouchard, et est frère de mère de M. Hulon , savantazze (1) ou pédant que vous avez vu chez M. Du Puy. Il est de ma connoissance depuis douze ans, et a Tesprit plaisant, sait à la perfection les langues et les auteura de Tantiquité et , poilr Titalienne , il vaut mieux que beaucoup de Florentins même. Il a traduit la Conjura de Fieschi (2), qu'il doit dédier à M. le cardinal. J'ai peUr pour son françois dépaysé. Il est très galant homme, et peut être aimé (3). » Chapelain ne parlera pas toujoursaussi favorablement du «galant homme, • avec lequel il fut en relation de^bonne heure, dès 1626, et raillera surtout sa manie de changer de nom à tout propos. Sa traduction paruten 1639, et fut publiée sous le nom de Fontenay Sainte-Geneviève (4).

En 1640, nous trouvons Ménage rue des Poitevins, à l'hôtel de Thou, dans « le docte réduit » des frères Puléans (5), en compagnie de Lhuillier, de Guyet et des autres habitués de la maison. A cette date , Chapelain apprend à Balzac que ses vers latins ont été admirés chez les frères Du Puy, et lui transmet les sentiments de tout le cercle, l'assurant de la sincérité des

(1) M. Littré donne les deux formes : sav&nt&s et savanîaêêe.

(2) Congiura del conte Giov. Luigi di Fieschi, Venise, 1627, in-4*. L'auteur en était Mascardi.

(3) Lettre à Balzac, du 25 janvier 1636 ; 1, 194«

(4) 1 vol. in-8*, Paris, Camusat, 1639.

(5) Forme latinisée du nom des frères Du Puy ; de puteus^ « puits. »

éloges. « Je vous lésai mandés de boii|iefoi> lui dit-il, et sur le rapport des amis L'Huillier et Ménage (1). »

En 1657 , nous le trouvons encore à côté des frères Du Puy et. de Naudé, le savant bibliothécaire de Mazarin. Le 16 août. Gui Patin écrit à Nicolaç Heinsius, alors à Florence , et envoie au célèbre érudit hollandais des nouvelles des amis de Paris : c Onjnes amici tui litterati hic bene habent^ Puteani, Menagius, Golletetus, Naudaeus et.alii (2). >

Ménage , par son savoir , ses écrits , sa réputation d'homme d'esprit , ses nombreuses et brillantes relations , devint bientôt célèbre , et fut un véritable personnage dans le monde des lettres. Tout jeune encore, en 1656, quand la reine Christine vint en France, c'est lui qui présenta l'Académie française à la fille de Gustave- Adolphe. A quel titre? Est-ce à cause du rang qu'il tenait déjà dans Paris, parmi les beaux esprits? ou de ses relations personnelles avec la reine de Suède? Ce sont les deux motifs réunis ensemble. Depuis plusieurs années.» en effet , Ménage jouissait de la confiance de la souveraine. Jadis, elle avait même essayé de l'attirer dans ses Etats ; elle lui avait fait présent « d'une chaîne d'or, » au détriment de Balzac , et l'avait choisi enfin pour son correspondant à Paris.

Tout cela dut imposer le choix de Ménage pour la cérémonie de la présentation; car, mille autres rai-

(1) Lettre à Balzac, du 11 novembre 1640 ; I, 718.

(2) P. Burmann, Sylloge epistolarum a viris illustribus scriptarum, vol. V, p. 580. Bibl. nat.

sons, sans compter sa jeunesse, auraient dû le faire écartei'. Toutefois, si |)ersonne ne protesta, plus d'un académicien dut murmurer de l'honneur fait à un homme, non seulement étranger, mais hostile à leur compagnie, et qui, dans sa Requête des dictionnaires , venait de se moquer de la plupart d'entre eux. « C'est ce qu'il a fait de meilleur, dit à ce sujet Tallemant, quoique la versification n'en soit nullement naturelle, et qu'il y ait par endroits bien de la traînasserie (I). » La plaisante satire avait été composée longtemps avant 1656: vers l'année 1635, « quand Ménage, nous dit Tallemant , fut de retour de la province. » Mais il venait de renouveler impudemment son délit, et de publier sa pièce en 1652, dans ses Miscellanea (2). Nous dii*ons à ce propos que la bibliothèque nationale possède l'exemplaire même de Huet, offert certainement par l'auteur au célèbre Normand (3). Sur la feuille de gai*de se trouve une petite note biographique qui a son intérêt; elle est écrite de la main de Huet. « Gilles Ménage naifuit le 24 Aoust, en Tannée, comme je crois, 1613. Voy. la lettre qu'il m'a écrite le 24 Aoust, 1661. Il mourut •au mois de juillet 1692.

» Dans une autre qu'il m'a écrite, datée du 20 Aoust 1691, il me marque qu'il entra le 16 du mois d'Aoust 1691 dans la soixante et dix-neuf» an-

Ci) Tallemant, IV, 189.

(2) ^gidii Menagii Miscellanea. Paris, Courbé, 1652, 1 vol. in-4».

(3) Bibl. nat. Y, 2466.

née de son âge. Et partant, il naquit en 161^. Il se trompe de huit jours , dans Tune de ses deux lettres (1). »

. Ménage voyant défiler devant lui coux qu'il venait de railler , les présentant gravement à une reine célèbre et les lui nommant au passage, la chose était piquante et devait offrir un tableau assez amusant, qui n'était pas pour déplaire au malicieux angevin. f Lorsque je présentai TAcadémie françoise à la reine de Suède, dans la bibliothèque du roi, nous racontet-il, elle me dit qu'il étoit surprenant qu'ayant fait la Requête des dictionnaires, je fusse l'introducteur de ces messieurs. Je les lui nommois tous à mesure qu'ils l'abordoient (2). »

L'incorrigible railleur devait cependant expier ce péché de jeunesse. Malgré tout son esprit, malgré ses remarquables travaux sur la langue française, il n'entra jamais à l'Académie. Sans cotte fredaine, sans ce penchant à morguer tout le monde , il en eût été certainement de bonne heure, et vers les premières années de la fondation. Il n'en fut pas même en 1684 : à la mort de Géraud de Cordemoy , il eut le dépit de se voir préférer un inconnu. Habert de Montmort disait fort plaisamment qu'on 'avait tort de repousser Ménage, parce qu'il s'était moqué de l'Académie. « Il faut au contraire, ajoutait le spirituel magistrat , le condamner à en être , comme on con-

(1) Sur la date de la naissance de Ménage, voy. plus haut, p. 250.

(2) Menagi&na, II , 285.

damne ceux qui ont honni des filles à les épouser (1). » A quoi rindigne prétendant répondait en se moquant, et sans s'émouvoir de l'affront qu'on lui faisait : « Si Ton m'y avoit reçu dans ces derniers temps, ce n'auroit été qu'un mariage in extremis ; et cela ne fait guère d'honneur (2). »

Le mariage in extremis faillit pourtant avoir lieu , vers la fin de 1684. Ménage s'y résignait; et, « par quantité d'ouvrages savants et utiles, dit l'abbé d'Olivet , il avoit réparé le tort que sa Requête des dictionnaires, pur badinage de sa jeunesse, avoit pu lui faire dans l'esprit de quelques académiciens (3). » Une ligue puissante , dans laquelle entra Racine, se forma contre cette tardive candidature. A une écrasante majorité, on nomma Bergeret (4), ancien avocat général au parlement de Metz , premier commis du frèro de Colbert, le marquis de Croissy, alors ministre d'Etat. Toute la maison Colbert , raconte Ménage , < fit une affaire de conséquence de cette affaire ; messieurs de Seignelay, de Croissy, le coadjuteur de Rouen, le duc de Saint-Aignan, sollicitèrent en personne pour Bergeret , avec plusieurs dames de la cour (5), » C'est ainsi, raconte d'Olivet, que ce dernier « força les bar-

(1) Tallomant, IV, 190. — Henri-Louis Habert do Montmort, maître des requêtes , de rAcadémie française à Tépoque de la fondation, en 1634, et mort à Paris en 1679.

(2) Menagiana, I, 208.

(3) Hi8t. de VAc&d. franc., édit. Ch. Livet; II, 295.

(4) Jean-Louis Bergeret, reçu le 2 janvier 1685; il mourut en 1694. Voy. la notice, ibid., II, 294.

(5) Anti-Baillet, chap. Lxxxn, p. 165.

riëres de rAcadémie ; » et, grâce à la redoutable coalition , triompha sans peine de son vieux rival. Ménage se consola tant bien que mal de cet échec. Il ne vit, dans cette préférence, ni une humiliation, ni un outrage. Il n'eût pas été fâché cependant d*être vaincu par un adversaire moins obscur, t J*ai remercié, dit-il , messieurs de FAcadémie de la bonne volonté qu'ils m'ont témoignée à me recevoir dans leur corps. Ils ont reçu un autre sujet que je ne connois pas. Encore, s'ils avoient choisi M. Cousin, qui a tant de mérite et de belles qualités, je leur en aurois su bon gré(l). » Le vœu de Ménage se réalisa , mais longtemps après ; le président Cousin fut reçu de l'Académie française en 1697, quand il était déjà bien vieux (2).

Il ne faudrait pas confondre la présentation faite par Ménage en 1656, « dans la bibliothèque du roi, » avec la visite officielle que la reine Christine fit à l'Académie le 1 1 mars 1658. Celle-ci eut lieu au Louvre, dans l'appartement du chancelier Séguier, où se tenaient alors les séances. Tout se passa en cérémonie à cette réception à laquelle Ménage n'assista pas. La reine arriva vers les cinq heures du soir. Le chancdier, suivi de la compagnie, descendit dans la cour, « l'alla recevoir au carrosse, » et Tintroduisit dans la salle. « D'abord qu'elle fut entrée dans le lieu où on la devoit recevoir, raconte Patru à d'Ablancourt, elle 8*appF0cha du feu , et parla à Ms^ le chancelier assez

(1) Afenapiana, I, 194.

(2) n éUit né à Paris en 1627, et mourut en 1707.

bas; puis elle demanda pourquoi M. Ménage n'étoit pas là ; et, sur ce qu'on lui dit qu'il n*étoit pas de la compagnie , ^Ue demanda pourquoi il n'en étoit pas. M, de Bois-Robert lui répondit, ce me semble , qu'il méritoit fort d'en être, mais qu'il s'en étoit rendu indigne (1). » D'Olivet a parlé aussi de cette dernière visite , qu'il a eu soin de distinguer de la première. « Deux ans auparavant , écrit-il , la reine de Suède étoit déjà venue en France et avoit été haranguée par M. Patru, au nom de l'Académie (2), » Voilà un petit détail que nous ignorions : Ménage n'avait parlé que do lui dans la réception de 1656, et ne nous avait rien dit de cette harangue.

A l'exemple de M"* de Rambouillet , de M*^ de Scudéry, il tint bureau d'esprit, comme on dira au dix-huitième siècle. Sa maison du cloître Notre- Dame devint une espèce d'Académie où, tous les mercredis, se rencontraient gens de lettres et gens du monde : poètes , orateurs , érudits , savants de tout genre et de tout rang : Cha|)elain, Furetière, Sarasin, Linière, Gostar, Pellisson, Perrault, Galland, les frères de Valois, et bien d'autres encore qui y venaient régulièrement ou y assistaient de loin en loin. Tallement s'est moqué, à son ordinaire, de ces assemblées dont il fit partie : maître et visiteure , il n'épargne personne, et ne voit dans cette société choisie qu'une collection de pédants et de fats. « Ménage, de tout temps, avoit aimé à voir bien du monde chez lui;

(1) Cité par M. Ch. Livet, Hist. de l'Acad. fr&nç., II, 455.

(2) Hist. de l'Acad, franc., édit. Ch, Livet, II, 10.

quand il fut sorti de chez le cardinal de Retz, il se mit à faire une espèce d*Académie, où M. Chapelain a encore moins manqué qu*au samedi; il y a bien du fretin. Je ne sais quel président mena une fois son fils à Ménage : c'étoit au mois de septembre, et le pria de trouver bon que ce jeune gai^çon allât à ses petiies académies. Furetière, qui étoit présent, dit malicieusement à ce président : Mais , monsieur , vous ne songez pas quHl n'est pas encore la Saint-Remy (1). C'est cette ridicule académie qui a fait faire tant d'épigrammes et de bfigatellcs contre M. Chapelain et les autres, car ce fut là que les petits Linières, les petits Boileaux, etc.. Aident connoissance avec Chapelain ; et Liniere ayant offei*t à M. Chapelain de le mener chez une dame avec laquelle il vouloit faire connoissance, Chapelain s'y fit présenter par un autre, ne voulant pas peut-ôtre être présenté de sa main (2). » C'est là une peinture satirique, ce n*est pas un tableau. La description est plaisante, sans être fort exacte. Ménage était un érudit , doublé d'un homme d'esprit : il le prouva en maintes occasions; de caractère enjoué, libre plutôt que pédant, et qui, au milieu de ses amis, n*avait certainement pas l'air ridicule que lui prête Tauteur des Hisiorieiies. Bayle loue ses qualités aimables, qui le firent rechercher des meilleures compagnies et de bon nombre de femmes illustres , comme M"* de La Fayette et M"' de Sévigné , qu'on ne saurait accuser de pédanterie. « Les liaisons

(1) 1*' octobre, époque de la rentrée des classes.

(2) Hi$toriette$, IV, 212.

de M. Ménage avec des dames de beaucoup d*esprit , dit-il , lui ont fait honneur dans le monde , et lui en feront à ravenir ; car, il est si rare que tant de grec et tant de grammaire n'étouffe pas les talens qu'il faut avoir pour être d'une conversation polie et galante auprès des femmes de qualité , que c'est une espèce de prodige (1). ■

Ces réunions hebdomadaires avaient lieu tous les mercredis. On leur donna le nom de mercuriales ^ comme les assemblées tenues les mardis chez l'abbé de Dangeau (2) s'appelaient les martiales^et celles que tenait la reine Christine avaient pris le nom de joviales, c Non seulement, lisons«nous dans V Avertissement placé en tête du Menagiana^ il a été le plus affable, le plus honnête et le plus communicatif de tous les hommes ; mais on sait encore depuis combien d'années il tenoit son assemblée des mercredis, qu'il nommoit sa Mercuriale ; jusqu'à ce que sa chute l'ayant mis dans un état à ne pouvoir plus sortir, il tint sa maison ouverte tous les jours, depuis le matin jusqu'au soir ; car, quoiqu'il n'y eût assemblée chez lui que depuis les quatre ou cinq heures du jsoir, néanmoins on y étoit bien venu à toutes les heures du jour (3). »

Mais quelle date fixer à ces assemblées si bien raillées par Tallemant? D'après les Mémoires sur la vie

(1) Bayle, art. Ménage.

(2) Louis de Courcillon, abbé de Dangeau, né en 1643, mort en 1723 ; de l'Académie française en 1682, à la place de l'abbé Gotin.

(3) Menagi&n&f I, p. xvui.

BfERCURIALES DE MÉNAGE. 285

de Ménage, elles auraient commencé fort tard , après la mort du cardinal de Retz, arrivée le 24 août 1679» et quand l'ancien favori touchait déjà à la vieillesse. Singulière erreur! et d'autant plus étrange, que Tauteur des Mémoires dit le contraire un instant auparavant. Elles étaient fort anciennes, nous dit-il, quand Ménage se cassa la jambe, en 1680. Et il ajoute : c On sait depuis combien d'années il tenoit son assemblée du mercredi , qu*il nommoit sa Mercu-' riale. i» Il semble donc bien établi que « la petite académie » n'était pas de date réconte et remontait assez haut. Voici cependant ce que nous disent les Mémoires : « Après la mort de M. le cardinal de Retz (l),il tint règlement chez lui, tous les mercredis de chaque semaine, une assemblée qu'il appeloit sa Mercuriale y où il eut la satisfaction de voir toujours des gens de lettres, tant françois qu'étrangers. Les autres jours , il alloit assidûment au cabinet de M. du Puy, et, depuis leur mort, à celui de M. de Thou (2). »

L'auteur inconnu de ces Mémoires ^ avec son dédain absolu pour les dates , a le secret de tout embrouiller. Les frères Du Puy, Pierre et Jacques, moururent, l'un en 1651, l'autre en 1656 : Ménage ne pouvait donc, en 1679, api*ès ses Mercuriales ^ se rendre « au cabinet » des deux frères , morts depuis plus de vingt ans. Il resterait à dire qu'il y a là une confusion manifeste , et que l'auteur des Otigines de la langue fran^-

(1) Mort en 1679.

(2) Mémoires sur la vie de Ménage, Menagi&ntL, tl, xxtli

çoise commença à recevoir chez lui , rue du Cloître- Notre-Dame , à sa sortie de chez le cardinal de Retz , c'est-à-dire en 1652.

C'est ce que Tallemant vient de dire un peu plus haut (1); ce que disait aussi Boileau dans sa quatrième satire » où il se moque de Chapelain et de ses vers « chez Ménage siffles. » Boileau a mis en note à cet endroit : « On tenoit, chez Ménage, toutes les semaines, une assemblée où alloient beaucoup de petits esprits. » C'est encore ce que Ménage confirme pleinement, à son tour, dans un passage qui nous intéresse à plus d'un titre. D'abord, les Mercuriales étaient antérieures à l'abdication de la reine Christine, qui eut lieu en 1654. De plus, nous trouvons ici de nouveaux détails sur la réception faite au Louvre en 1656, et la raison qui fit choisir Ménage pour présenter f messieurs de l'Académie. »

« La reine Christine de Suède, nous dit-il, m'avoit fait son correspondant à Paris, dans le temps qu'elle étoitàStockolm. En cette qualité, je recevois souvent de ses nouvelles, et toutes les lettres qu'elle mefaisoit l'honneur de m'écrire étoient d'une pureté qui passoit la capacité ordinaire des étrangers. Elle avoit établi une académie dans sa ville capitiile qui s'assenibloit les jeudis. Pour lors, on s'assenibloit chez moi les mercredis. Gela lui donna occasion , en m'apprenant ce nouvel établissement, de m'écrire en ces termes : Ma Joviale est très humble servante de votre Mercuriale, J'ai toujours cru que ce trait n'étoit pas d^elle. Il est trop françois

(1) Page m.

pour partir d'une étrangère. Quelques années après, elle vint à Paris (1) où j'eus Thonneur do la saluer. J'étois alors assez bien auprès d'elle, et c'étoit moi qui lui présentois les personnes considérables qui venoient la saluer. Je ne manquois jamais de lui nommer les noms, et de lui dire quelque chose du mérite des personnes que je connoissois. C'est y lui disois-je, M. le président un tel, M. le conseiller tin tel, etc., gens de mérite. Je ne sais si elle crut que je ne lui disois pas vrai, ou si elle s'aperçut qu'il ne se pouvoit pas faire que je ne mentisse souvent en lui disant tant de bien de tous ces messieurs; mais je lui entendis dire d'un air chagrin : Ce monsieur Ménage-là connoît bien des gens de mérite (2). »

Plus tard, en 1680, il se démit la cuisse. Dès lors, il lui fut difficile de sortir. Le spirituel vieillard , qui conserva jusqu'à la fin de sa vie lo goilt des choses de l'esprit, ne ferma pas pour cela sa maison ; il rendit quotidiennes ses réunions hebdomadaires, et tint « tous les jours une espèce do petite académie (3). »

Des amis nouveaux remplacèrent, sans doute, ceux des premiers jours. Chapelain, Conrart, Sarasin étaient morts; quelques rares survivants des anciennes réunions demeuraient encore : Perrault, Pellisson, Furetière ; mais, fort avancés en âge, accablés par les infirmités et la vieillesse, ils ne faisaient plus que de rares apparitions rue du Cloître- Notre-Dame.

(1) En 1656*

(2) MenagUna, II, 240.

(3) Ibtd», II, p. XXIX.

Les mercuriales y comme les célèbres assemblées de rhôtel de Rambouillet, subissaient la loi commune. Après des jours de gloire, elles finissaient tristement. Peu à peu, la mort avait éclairci les rangs, et laissé des vides que de nouv^eaux hôtes ne venaient pas remplir. Ménage, alors septuagénaire, entouré de quel-, ques amis encore plus vieux que lui, avait beau tenir maison ouverte, les jeunes, je Timagine, ne venaient guère à Tancien hâiel de l'Impécuniosité^ et, presque seuls, les vétérans continuaient de rendre visite au maître du logis. Los nouveaux autours ressemblent aux jeunes courtisans : ils n'aiment pas une vieille cour. Les goûts surannés, les anciens usages, les modes d'autrefois, tout cela leur déplaît; et comme les uns supportent avec ennui les jours tristes d'un règne finissant, les autres recherchent de préférence les salons où Ton cause de tout , où s'agitent les idées nouvelles , où se discutent les livres récents , la dernière brochure ou le dernier roman , la pièce dç théâti^ qu'on sort de siffler ou d'applaudir. Ménage se consolait, par un bon mot, de sa solitude et de l'abandon où on le laissait.

« Ovide a dit :

Donec eris feliXy multos numer&bis amicos : Tempora si fuerint nubila, solus eris.

» Et moi , je puis dire :

Tempora $i fuerint lucida^ solus eris, • On vient me voir , quand il fait vilain ; mais ,

quand il fait beau , chacun va à la promenade , sans se soucier de ma cuisse démise , qui ne me permet pas d*en faire autant (1). »

(1) MenagUna, I, 288.

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