BALZAC. S
homme de très grand mérite, et de la plus belle plume de France. »
D'après d*Olivet, ce départ du poète mécontent aurait eulieu beaucoup plus tôt, dix ans auparavant, en 1622. Ceci nous paraît impossible. A cette époque , Balzac n'avait réellement que vingt-cinq ans, et n'avait encore rien publié. Richelieu était alors tenu à l'écart : il n'était ni cardinal (I), ni ministre, et ne rentra au conseil du roi que le 19 avril 1624. Dans ces conditions , nous ne voyons pas comment un écrivain à peine à ses débuts, jeune, peu connu, aurait pu abandonner Paris, désespérant de l'avenir, irrité contre un homme disgracié lui-môme, et qui ne pouvait rien pour les autres, puisqu'il n'était pas alors aux affaires.
Balzac s'était attaché de bonne heure au cardinal de La Valette, et fut à lui comme son père avait été au duc d'Epernon. Le jeune auteur partagea la mauvaise fortune de ses illustres patrons. Le duc d'Epernon , Jean-Louis de Nogaret de La Valette, qui fut gouverneur de l'Angoumois, de l'Aunis et de la Saintonge, mourut en 1642, privé de toutes ses charges et dignités (2). Soupçonné de complicité avec son fils, Bernard de Nogaret, il avait été relégué à Loches après le désastre de Fontarabie, eu 1638. Le 5 octobre de cette année, Richelieu indigné écrivait au prince de Condé, à l'armée de Catalogne : « Le roi envoie M. de
(1) Richelieu fut promu au cardinalat le 5 septembre 1622.
(2) Il était né à Toulouse, on mai 1554,
la Poterie (1) pour agir conjointement avec M. de Machault (2), en Taffaire de Fontarabie. On vous envoie la commission pour commander dans la Guyenne. Jamais TEtat n'a reçu une plus grande plaie que celle de Fontarabie, dont la prise nous donnoit la paix (3). »
Bernard de Nogaret , fils du vieux duc d'Epernon , fut Tauteur du désastre et devint désormais odieux à Richelieu (4). En vain essaya-t-il de rejeter' la faute sur le prince de Condé (5) , qui lui avait été donné pour lieutenant. Il fut mis en accusation , déclaré coupable de haute trahison et condamné à mort par contumace.
Le cardinal de La Valette , son frère , qui eut une meilleure fortune , eut à souffrir cependant de la disgrâce de sa famille. Il mourut tristement, jeune encore, loin des siens, à Rivoli près de Turin, le 28 septembre 1639 (6). Les débuts furent toutefois assez brillants. En 1613 , à Tâge de vingt ans, il était
(1) ConseUlor d'Etat.
(2) Louis de Machault, d'abord maître des requêtes, alors intendant de Languedoc; mort en 1667, président du grand conseil , à l'âge de soixante-quinze ans.
(3) Correspondance de Richelieu, recueil dQ M. Avenol, vol. VIII, p. 345.
(4) Bernard de Nogaret était le frère du cardinal de La Valette. Il était né en 1592, et mourut à Paris en 1661.
(5) Le père du grand Condé.
(6) Il était né à Angouléme, en 1593. — M. Lud. Lalannc, Dictionnaire historique, appelle Bernard de Nogaret, fils puîné du duc d'Epernon. Ce n'est guère possible, car il nous dit que le cardinal fut « le troisième et dernier fils du duc d'Epernon. »