BALZAC ACADÉMICIEN MALGRÉ LUL
Balzac remercie en raillant, d'un ton singulièrement spirituel et moqueur. « Monsieur, dit-il à Conrart, j'ai reçu le committimus... Votre adresse à obliger fait couler votre civilité dans la barbarie des committimus. Vous cultivez les pierres de la chancellerie. Vous cueillez du fruit sur des arbres morts. Car, en effet, n'est-ce pas par votre moyen que je recouvre aujourd'hui mes qualités et mes titres ? Le temps les de voit avoir moisis. Ma paresse les avoit oubliés. Je croyois les avoir perdus dans un exil de douze ans (1). Je ne croyois plus être ni conseiller d'Etat, ni historiographe de France. Et, si j'ai obligation à la libéralité du feu roi (2) de ces magnifiques bagatelles (le mot de magnifiqi^s corrige celui de bagatelles), c'est vous, monsieur, qui confirmez les grâces du prince, qui remettez en honneur un pauvre banni, qui le réhabilitez en cire et en parchemin (3). »
Ce droit de commiuimus , Balzac en jouissait comme membre de l'Académie française. Et pourtant cette faveur, ambitionnée par tant d'autres, lui devint odieuse. Elle n'avait pas été un hommage rendu à son mérite; mais un acte d'obéissance et de soumission infligé à son orgueil. Balzac , lui aussi , aurait bien
en 1673 ; Hist. de VAcad. franc., édit. Ch. Uvet, 1, 30, et II. 476.
(1) Ce qui nous ramène à Tannée 1636, époque du dernier voyage de Balzac à Paris. Mais, depuis 1631, il vivait retiré en Angoumois.
(2) Louis XÎII.
(3) Lettre à Conrart, Œux\ compl. de Balzac, vol. I, p. 870, édit. de 1CG;>.
voulu faire sa petite opposition au terrible cardinal , et braver sa puissance en refusant ses dons. Richelieu avait rhabitude de briser des résistances plus sérieuses et des obstacles autrement solides. Il dut sourire de ce timide essai d'indépendance , et , pour châtier le rebelle, le fit académicien malgré lui. Dans rhistoire de l'Académie, ce doit être Tunique exemple de ce genre : d'ordinaire, on fait moins de façons pour entrer.
Le 13 mai-s 1634 , Balzac fut désigné pour remplir l'un des premiers fauteuils , avec ordre de faire partie de la compagnie que le cardinal-ministre venait de fonder. « Le môme jour, 13 de ce mois , 1634 , auquel on proposa M. Servien , raconte Pellisson , M. de Boisrobert fit voir une lettre qu'il écrivoit de son chef à M. de Balzac. Il l'avertissoit du dessein de M. le cardinal pour l'établissement de l'Académie, ajoutant « que s'il désiroit d'y être admis, il pouvoit )> le témoigner à la compagnie par ses lettres, et qu'il » ne doutoit point qu'elle ne le lui accordât volontiers, » en considération de son mérite. » On en usa ainsi , pour exécuter une résolution qu'on venoitde faire, de ne recevoir personne qui ne l'eût fait demander : ce qu'on observe encore aujourd'hui. Je ne vois pas dans le registre ce qui suivit ; mais infailliblement M. de Balzac, sur sa réponse, fut reçu peu de temps après dans l'Académie ; et je trouve qu'en l'année 1636, il y lut quelque partie de son Prince , qu'il nommoit alors le Ministre d'Etat (1). » Le Prince avait paru en
(1) mat. de VAcad. franc,, édit. Ch. Livet, I, 149.