BALZAC ACADEMICIEN MALGRÉ LUI
1631. Balzac lut à rAcadémie française, en 1636, la suite du Prince^ qu*il appelait alors le Ministre d'Etat. L'ouvrage fut publié après sa mort, sous le titre d'Aristippe, en 1658(1).
C'est la seule fois qu'il ait paru à l'Académie : ce qui ne témoigne ni d'un grand zèle, ni d'une grande joie éprouvée à propos de son élection. Balzac nie l'exactitude du récit de Pellisson (2). Vingt ans après son admission, il proteste contre les violences, intimidations , menaces dont il aurait été l'objet à cette occasion , et déclare avoir été résolu à subir les dernières extrémités, à s'exiler au besoin, plutôt que de fléchir son orgueil et de plier sous la volonté de Richelieu. Le 28 septembre 1653, il écrit à Conrart, et refait à son tour Fhistoire de sa « réception en l'Académie. » 11 lui parle de Pellisson et de son récit. « Voici ce qui en est, lui dit-il, et dont il n'a pas été bien informé. M. de Boisrobert m'écrivit deux ou trois fois touchant cette nouvelle institution, et me représenta par mille belles raisons , et dans le style du monde le plus sérieux , qu'il falloit que je fusse un des confi'ères.
» Je répondis à ces lettres , et tournai toujours la chose eu raillerie , étant alors dans les premières ferveurs de la solitude , et lui témoignai que mon dessein étoit d'être tout seul de mon ordre, et que, ce dessein étant un vœu, il n'y a voit point de société
(1) 1 vol. in-4% Paris, 1658.
(2) Son Histoire de VAcadémie avait été publiéo en 1652, t vol. in-8*, Paris.
dans laquelle je pusse, ni voulusse entrer, fût-elle plus illustre que celle des Argonautes, qui étoit composée de princes et de demi-dieux. M. de Boisrobert ne goûta pas ce langage , et fut fâché que son sérieux m*eût donné sujet de rire ; il m'écrivit une dernière lettre qui me menaçoit de la part de M. le cardinal, et me signifloit en termes exprès que je déplairois à Son Eminence , si je méprisois sa fondation , et si je ne faisois à TAcadémie un compliment par écrit. Je ne répondis point à ces paroles menaçantes , et me résolus plutôt à encourir l'indignation de Son Eminence, (j*étois sur le point de sortir du royaume pour d'autres raisons) qu'à écrire une lettre qu'on vouloit me faire écrire par force.
» En suite de mon silence, il se passa quelque temps, sans que je reçusse des nouvelles de Paris. Mais cinq ou six mois après, m'imaginant que le Cardinal étoit occupé ailleurs ; que M. de Boisrobert diverti (1), que l'Académie triomphante et dans les plus beaux jours de sa gloire , avoient oublié un villageois, qui ne connoissoit pas sa bonne fortune; un ami, nouvellement arrivé de la cour, me vint dire à Balzac que j'étoisde l'Académie, et qu'il avoit vu mon nom dans le soleil du petit bon homme , M. de la Peyre. » Le bon homme avait eu une singulière idée. En 1635, raconte Pellisson, il avait publié un livre, c orné du portrait du Cardinal en taille douce avec une couronne de rayons tout autour, chacun des-
(1) Pensant à autre chose.