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CHAPITRE XVIII

Chapelain et Ménage. ^ Election de G. Boileau. Gilles et Nicolas Boileau. Inimitié des deux frères. Epigprammes de Despréaux contre son frère. G. Boileau gagne les bonnes grâces do Chapelain. Celui-ci le fait nommer à TAcadémie française, 1659. Opposition soulevée par Ménage. Causes de la haine de Ménage envers G. Boileau. L'Avis à M. Ménage, 1656. Pellisson favorise la vengeance do Ménage. Récit de l'affaire par d'Olivet. Chapelain tient bon en faveur de G. Boileau. L'évéque de Laon et Tévéque de Rodez choisis pour arbitres du conflit. Opposition acharnée de Pellisson à la nomination de G. Boileau. Au second scrutin, Pellisson fait échouer G. Boileau. Colère de Chapelain contre Ménage. Chapelain va voir le chancelier à ce sujet. Transaction intervenue entre les deux partis, avril 1659.

Ce fut un Boileau qui causa ce grabuge , sema la division au sein de T Académie, et mit Chapelain aux prises avec d'excellents amis qu'il perdit à cette occasion : décidément, le nom devait être fatal au malheureux poète. Gilles Boileau, contrôleur de l'argenterie du roi, naquit à Paris en 1631 , cinq ans avant son illustre cadet. Né , lui aussi , « avec beaucoup d'esprit, » un esprit enclin à la raillerie et à la satire, il

so flattait d'être redoutable la plume à la main : modestie de poète qui a conscience de sa force. D'Olivet Ta remarqué en quelques termes excellents. « Les écrits des deux frères, dit-il, nous montrent que le même sang couloit dans leurs veines. »

Au dix-septième siècle, afin de distinguer les deux poètes , le nom de Boileau fut exclusivement réservé à Gilles, celui de Despréaux à Nicolas. Le nom lui vint, a-t-on dit, d*un pré que son père possédait à Crosne (1) , pays d'origine de la famille. Le petit champ était situé au bout du jardin de la maison. Tous les ans, le greffier de la Grand'Chambre venait au village, où il passait le temps dos vacances avec sa nombreuse famille. Nicolas était le quinzième enfant du greffier , et non le onzième, comme on le dit généralement (2).

Jalousie de métier, ou caractère d'égale mordacité, les deux frères n'eurent guère d'autre parenté étroite que leur parenté littéraire, leur goût commun pour la raillerie et la satire. « Ils ne s aimoient pas dans leur jeunesse, dit d'Olivet ; ils avoient à démêler entre eux des intérêts d'auteurs, et, qui plus est, de poètes (3). » Ils vécurent ensemble en fort mauvaise intelligence; et Linière donnait peut-être la véritable

(1) Village (le Soino-ct-Oise. — Despréaux semble bien être no à Paris, et non à Crosne, le 1" novembre 1636. Voy. A. Jal, Dictionn. critiqite, art. Boileau,

(2) Voy. le curieux article de M. A. Jal, Dictionn. critique j sur Hoileau, p. ?35. Paris, Pion, 1872.

(3) Notice sur G. Boileau, Hist. dp l'Acnd. franc., II, 108.

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