‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 77 sur 122 · GILLES ET NICOLAS BOILEAU · texte numérisé non relu

GILLES ET NICOLAS BOILEAU

cause de cette inimitié, quand il disait dans une épigramme :

Vous domandez pour quelle affaire

Boileau le rentier (1), aujourd'hui,

En veut à Dospréaux son frère ?

C'est qu'il fait des vers mieux que lui (2).

Et en effet , dit-on , Gilles Boileau était passablement jaloux de son cadet. Afin de gagner les bonnes grâces de Chapelain , il trahit sans beaucoup de scrupule son jeune frère,* et le desservit de son mieux auprès de la puissance littéraire du jour.

Le frère en un besoin va renier son frère ,

dira Boileau dès 1660 , faisant allusion, dans sa première Satire, à ce mauvais tour de son aîné (3). Dans la suite, le trait contre le méchant frère disparut ; mais il est resté dans les premières éditions. Nous avons sous les yeux Tédition de 1669; le passage, qui est d'une singulière vivacité, s'y trouve tout au long (4). Dans les Œuvres complètes de Boileau , on lit aujourd'hui une épigramme , avec l'adresse suivante : Contre Saint-Sorlin (5). Il est assez piquant de le remarquer : la pièce avait eu d'abord une tout au-

(1) Ainsi appelé parce qu'avant d'être contrôleur de l'argenterie du roi, il avait été payeur des rentes de l'Hôtel de ville.

(2) Cité par la Biographie générale, art. Boileau,

(3) Voy. plus loin notre chapitre sur Boileau.

(4) Satires du Sieur D***, Satire I, p. 11. Paris ; Billaine , 1669. ^ Boileau supprima sa tirade contre Chapelain dans son édition de 1674.

(5) P. 272, édit. Didot, in-4*.

tre destination. Mais plus tard, quand les deux frères firent la paix, le dard fut retiré et décoché aussitôt contre un autre. Cest ainsi que le pauvre Desmarets de Saint-Sorlin garde maintenant un trait qui n'était pas pour lui. Voici avec quelle révérence , avant sa réconciliation , Nicolas parlait de son frère aîné et de ses succès :

Hier, un certain personnage Au Palais me voulut nier Qu'autrefois Boileau , le rentier , Sur Costar eût fait un ouvrage (1).

— H en a fait, j'en sais le temps.

Dit un des plus fameux libraires :

Attendez... C'est depuis vingt ans ; On en tira cent exemplaires.

— C'est beaucoup, dis-je en m'approchant ; La pièce n'est pas si publique.

— Il faut compter, dit le marchand.

Tout est encor dans ma boutique (2).

Comment la paix eût-elle donc été possible entre ces deux frères ennemis , d'humeur peu endurante, si bien armés l'un et l'autre pour l'attaque et la défense, et toujours prêts à se jeter quelque mot désagréable à la figure? Gilles peut avoir eu plus d'un tort; mais

(1) Réponse à M, Costar^ 1659; « Catalogue des œuvres laissées par les Académiciens. » Hist. de VAcad. franc», II, 517.

(2) Voy. Hisl. de VAcad, franc,, édit. Ch. Livet. II, 108. — D'après Berriat Saint-Prix, édit. de Boileau, vol. III, p. 480, a il est tout à fait incroyable » que cette épigramme ait été faite contre G. Boileau. Nous ne sommes pas de l'avis de l'éditeur, qui n'appuie son opinion d'aucune preuve.

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