‹ Les ennemis de ChapelainChapitre 79 sur 122 · G. BOILEAU ET MÉNAGE · texte numérisé non relu

G. BOILEAU ET MÉNAGE

vi6ntri4m5à Ménage sur cette églogue. Boileau, jeune avocat de vingt-deux ans , fils du greffier de la Grand Chambre, porta un jour à Ménage une élégie latine qu'il avoit faite; car il veut faire des vers et en latin et en françois, quoiqu'il n'y soit nullement né. Halle (1), poète royal, étoit alors avec Ménage. Boileau dit qxi'yEgidius Menagius, Ginllelmi filim (2), le traita fort de petit garçon en présence de cet homme, et lui dit: « Nous lirons cela une autre fois; mais lisez mon » élégie latine à la reyne de Suède ; vous en appren- » drez plus là que chez tous les anciens. » Le jeune homme, qui naturellement est mordant, fut bien aise d'avoir trouvé un homme sur qui il y avoit à mordre (3). »

Ailleurs, avec Linière, Cotin, et plus tard Molière, le petit garçon irrité reprocha au savant ses nombreux plagiats et sa théorie un peu trop commode à l'endroit du bien d'autrui. « Quand les pensées d'autrui sont singulières, disait Ménage, jo ne fais point difficulté de m'en servir. J'ai eu, sur ce sujet, quelque dispute avec un frère de M. Despréaux (4), » En quelques vers. lestement tournés, et qui révèlent bien son satirique de race, « ce sang qui couloit dans ses vein^ , » Gilles parle d'un ton superbe de son « humeur critique, » et fait justice de la science de

(1) Pierre Halle, 1611-1689, de Bayeiix, d'abord professeur à Tuniversité de Caen, et le maître de Huet. V. Vissac, p. 303.

(2) Inscription placée au bas du portrait de Ménage, gravé par Nanteuil; Miscellanea, 1652.

(3) Tallemant, vol. IV, p. 213.

(4) Menagiana, I, 361.

Ménage, qu*il traite sans le moindre respect. Le passage est intéressant ; le portrait de l'ainé est comme Timage du cadet, et dans les goûts satiriques de Tun se retrouvent les marques de Tirrésistiblo vocation de Tautre. Boileau, « le rentier, » s'adresse à une inconnue, M"* ***; en homme qui a conscience de son génie, il lui dit modestement :

Quoi donc ! N*appréhendez-vous rien D'un esprit fait comme le mien ?

Moi, que mille auteurs d'importance Cherchent à belle révérence, Et dont le plus terrible émoi Est d'être mal avecque moi ?

Moi, d'ailleurs, dont l'humeur critique.

Aux plus huppés feroit la nique, Et qui, dès mes plus jeunes ans , Appris l'art de railler les gens ?

Qui, de mon premier coup de foudre, Réduisis ce colosse en poudre , Ménage, qui dans ses écrits, Censuroit les plus beaux esprits ; Et qui, du bruit de sa science, Avoit dupé toute la France (1)?

Gilles Boileau mourut fort jeune, en 1669 , à peine âgé de trente-huit ans, emporté par des infirmités précoces. Mais, ses soufifrances ne Tempêchaient pas de railler encore, d'exhaler sa bile contre Ménage, et de lui léguer un dernier témoignage do sa tendresse.

Avoir l'esprit chagrin et le visage blême , Enrager dans le coeur, pester contre soi-même,

(1) Recueil do Scrcy, vol. III, p. 157.

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