SONNET A PEIRESC
tage , et je l'ai plutôt fait pour montrer le chemin à nos poètes, que pour m*imaginer que ma petite rime pût beaucoup contribuer à la gloire de celui qui a été loué et de ceux qui Tout honoré de leurs louanges (1). »
Il n*en priait pas moins Bouchard de communiquer « la petite rime » à tous les lettrés d'Italie. « Telle qu'elle soit néanmoins, lui disait-il, je vous demande en grâce que vous en donniez copie à MM. Bracciolini , PoUini et Mascardi , afin que toute Rome, que je renferme en leurs personnes, voye que si nous ne sommes pas habiles, au moins ne sommesnous pas méconnoissans (2). » Balzac, lui aussi, avait reçu la pauvre pièce où Peiresc , plus de deux ans après sa mort , était enfin surnommé Apollon et Ame dxt Parnasse. Comblé des flatteries de Chapelain, il n'ose avouer la triste vérité. « Votre sonnet me semble beau en perfection , » dit-il à son ami. « Pourtant, remarque M. Tamizey de Larroque, il a la pudeur de ne pas insister ; il semble qu'il ait hâte
(1) Lettre du 26 juillet 1639, à M. Bouchard, à Rome, vol. I, p. 464. — Jean-Jacques Bouchard , né à Paris, on ne sait en quelle année; mort à Rome en 1642. Voy. la notice de M. Tamizey de Larroque; Jean-Jacques Bouchard ^ Paris, Picard,
(2) François Bracciolini, 1566-1646, auteur de plusieurs poèmes, un surtout intitulé : Lo Scherno degli Deiy 1618 et 1626. — Alessandro PoUini ; nos recueils biographiques n'en disent rien. — Augustin Mascardi, 1591-1G90; auteur de la Conjuration de Fiesque, in-4', 1627, Venise. La Congiura fut traduite ÇB français par Bouchard , confrère de Mascardi à l'Académie des Umorisli ; in-8», Paris, Camusat, 1639.
de quitter ce sujet embarrassant , comme on s'éloigne d'un terrain qui binllo les pieds. » Mais lo poète ne doute pas de la sincérité de Balzac ; il se résigne à recevoir son encens, et répond avec une feinte modestie : « Il faut que le sonnet soit passable , puisque vous lui donnez une si authentique approbation ; et je vous avoue que j'en ai quelque complaisance, voyant par ce que vous m'écrivez , que je le puis sans offenser la pudeur, et, comme Ton dit, en conscience (1). » En 1633, quand il composa son ode pour Richelieu, il eut soin de l'envoyer à ses patrons et à ses amis, le P. Joseph, Bois-Robert, Balzac, Vaugelas, leur demandant à tous des avis, et surtout des éloges. « M. de Boisrobert, qui vous rendra cette lettre, écrit-il à l'Eminence grise, vous présentera aussi un exemplaire de l'ode que Mi^ le Cardinal a trouvé bon que je fisse en son honneur. J'espère que vous l'aurez agréable à cause du sujet, et que vous y aimerez le zèle qui m'a fait entreprendre d'en parler, bien que ce n'ait pas été assez dignement. Que si vous l'approuviez, j'en voudrois avoir bonne opinion, et me tiendrois plus que satisfait du travail et du temps que j'y ai employé (2). »
(!) Lettre à Balzacr, du 31 juillet 1639; I, 468. — Nicolas- Claude Fabri do Peiresc, abbé do Guitrcs, diocèso do Bordeaux, et conseiller au parloment d'Aix. Né en 1580, il était mort à Aix le 24 juin 1637. Voy. Les correspondants de Peiresc , par M. Tamizey de Larroque , et un excellent article de M. Rathery, dans la Biographie générale.
(2) Lettre au P. Joseph du 18 juin 1633; I, 40. — François Le Clerc du Tremblay, appelé lo P. Joseph ^ était né à Paris lo 4 novembre 1577; il mourut à Ruoil le 18 décembre 1638,