CHAPITRE XXI
Chapelain et Ménage. — Lettre de Chapelain à Ménage, 1660. Chapelain se défend de tout sentiment de rancune. Se^ illusions à cet égard. Ouvrage de Huet sur la Traduction, 1661. Chapelain offre d'en distribuer les exemplaires. Il est devancé par Ménage. Nouvel essai de réconciliation, 1661. La tentative est faite par Huet. Cause du crédit de Huet auprès de Chapelain. Dédicace récente de Vlter Suecicum^ 1661. Les négociations échouent encore. Reprise des hostilités. Elégie de Ménage à Mazarin, 1660. Ménage accusé d*outrages envers le Parlement. Il est cité à la Gr&nd'- Chambre. Opinion de Gui Patin sur l'affaire, 1660. Chapelain se range du côté des ennemis de Ménage, 1660. Il souhaite à l'accusé une bonne condamnation.
Toutefois, tel était l'esprit de politesse du temps, tel le ton alors en usage dans la bonne compagnie, que deux adversaires savaient encore s'aborder ou s'écrire avec courtoisie, sans rien sacrifier pour cela de leurs droits ou de leur dignité. Voilà un trait des mœurs de l'époque, trait bien frappant, bien particulier à ce siècle, que nous chercherions en vain dans les âges suivants, surtout aujourd'hui. Non, il n'y a pas un seul de nos contemporains , fût-il le plus dé-
bonnaire des hommes , qui , dans une situation semblable, songerait à écrire ainsi. Tous plus ou moins, nous avons les mœurs de notre temps , comme nous en avons le langage. Or , avec nos habitudes présentes de polémique , notre manière de sentir et de penser , une pareille réponse serait presque impossible. Nous aurions de Tesprit, à coup sûr; un ton de fine ironie, relevé par certains airs d*adorable impertinence ; mais nous ne saurions atteindre à cette urbanité, qui demeure comme le cachet distinctif du siècle de Louis XIV. Cette attitude ferme et digne , sans éclats de voix , sans mouvements violents ; cette manière de parler et d'agir, en un mot, se prend dans la société que Ton fréquente , dans le milieu où Ton vit , et , pour ainsi dire , dans Pair que Ton respire. Au dix-septième siècle, on se respecte soi-même, et , malgré tous les torts qu'ils peuvent avoir, on respecte les auti*es. La politesse était générale alors, à la cour et à la ville, chez les bourgeois bien élevés comme chez les personnes du grand monde.
La lettre suivante marque fort bien le caractère de ce temps, ces nuances délicates, difficiles à saisir, et que nous cherchons à ûxer. Ménage eut toujours d'excellentes relations avec Bigot, dont il resta Tami jusqu'à sa mort. Dans son extrême vieillesse , le docte angevin gardait encoi*e un doux souvenir de cette heureuse amitié, et en parlait avec attendrissement. € Si j'étois à rage de quarante ans, écrivait Ménage, je pleurerois amèrement la mort de M. Bigot (1);
(1) Il mourut à Rouen, le 18 décembre 1689.
mais je suis tellement accablé de mes maux, que je ne suis plus capable d'être sensible aux maux étrangers. Je suis aussi malheureux que Priam, qui sui^ véquit à tous les siens. 11 y a trente-cinq ans que M. Bigot logeoit chez moi, toutes les fois qu'il venoit de Rouen à Paris , sans que nous ayons eu le moinàve différend Tun avec l'autre (1). »
En 1660, le savant helléniste est à Florence, d'où il écrit à Ménage. Le paquet venu d'Italie renferme, selon l'usage de l'époque, bon nombre d'autres lettres à distribuer aux amis ; et , en particulier , il y en a une pour Chapelain. C'était au moment le plus aigu de la querelle ; quand tout' rapport était brisé entre eux , et que l'un n'était pas plus disposé à rendre un service que l'autre à le recevoir. Malgré tout, Ménage fait parvenir la lettre au destinataire. Celui-ci, qui ne voulait être en rien redevable à son ingrat , dut faire la grimace. Mais la politesse était faite : il fallut remercier, c'était de rigueur, pour ne point paraître obéira un sentiment de rancune.
La réponse est le modèle du genre ; le modèle de cette civilité froide , cérémonieuse , que 1' « honnête homme, » au dix-septième siècle, garde en toute circonstance, même quand il se fâche et qu'il a envie de vous accabler de sottises. Tout ce que l'on peut dire de désagréable à quelqu'un, et cela en termes d'une courtoisie parfaite, se trouve dans le curieux remerciement à Ménage. Pas une ligne, pas un mot qui puisse offenser la susceptibilité la plus délicate; mais
(1) Menagiana, I, 92.
au fond , dans son ensemble , la lettre n'en a pas moins un caractère tout particulier de force , de hardiesse et de dédain. Cet habile mélange est bien intéressant à noter : nous avons ici comme un échantillon des manières et du langage usités jadis dans la bonne compagnie, entre gens qui se détestent.
Le 16 mars 1660 , Chapelain adresse son remerciement à Ménage. On nous permettra de le citer en entier : il garde à merveille le pli de Fancienne politesse , et marque on ne peut mieux la différence des temps. « Comme je ne puis avoir reçu par votre ordre les lettres que M. Bigot m'envoyoit, écrit-il à Ménage, sans en avoir du ressentiment, en quelque état que nous soyons ensemble, je ne me suis pu empêcher de vous le témoigner : ne faisant point de différence entre ceux qui m*aiment et ceux qui ne m* aiment pas , pour la reconnoissance , lorsqu'ils font des actions honnêtes et dont j'ai sujet de me louer. Je sais bien , Monsieur , qu'en celle-ci , vous n'avez eu autre visée que le service de notre ami (1); mais, comme j'en profite , je n'en saurois être ingrat; et, puisque la guerre la plus animée laisse encore place à la civilité entre les ennemis généreux , je ne vous en ai pas voulu manquer en cette rencontre , dans laquelle je n'aurois pas été content de moi-môme, si je ne vous avoispas fait connoitro que je n'ai pas reçu cet ofKce brutalement. C'est aussi pour cela que je vous écris, et pour apprendre si je vous puis envoyer ma réponse , afin qu'elle aille dans votre premier paquet.
(1) E. Bigot.
» Car, encore que nous n'ayons plus Tun pour Tautre Tamitié que nous avions autrefois, je ne laisse pas d'avoir la môme confiance en votre probité, qu'en cas pareil je suis assuré que vous auriez on la mienne; et je ne tiendrois pas plus sûr entre mes mains qu'entre les vôtres un bien tout autrement précieux que celui-là. Mais, parce que cette liberté un peu philosophique vous pourroit donner quelque peine , et que cependant M. Bigot et le Sgr Goltellini (1) attendent la réponse que je leur dois, je vous demande au moins l'adresse dont vous vous servez pour lui faire tenir vos dépêches , c'est-à-dire la suscription précise sur laquelle vous les abandonnez aux courriers. C'est une chose sans conséquence, et qui ne vous engage en rien, non plus que moi. Je puis vous en requérir, et vous, me l'accorder, notre mésintelligence sauve, et, comme dit un poète de votre connoissance : inlegri conservar gli sdegni nostri (2). »
Chapelain ne voulait point paraître agir par passion contre Ménage; il se flattait de savoir, à l'occasion , rendre justice au rebelle. En 1661 , il écrit à M. de Brieux, à Caen, et lui annonce que Spanheim va partir bientôt pour l'Italie. « 11 doit faire quelque séjour k Rome , écrit Chapelain , où il prétend bien avancer les intérêts do son Lucain par la conférence des manuscrits qu'il y trouvera dans le Vatican, quelquesuns desquels faisoient autrefois partie de la fameuse
(1) Augustin Goltellini, l'un des amis de Ménage, mort à Florence en 1693.
(2) Lettre du 16 mars 1660, « à M. Ménage, à Paris, o II, 83.
bibliothèque d'Heidelberg, c'est-à-dire que cette édition n'est pas , comme on dit , viande prête , et que nous en pourrons encore longtemps jeûner. »
Il parle ensuite de certain recueil où doivent figurer des vers de M. de Brieuz , de Halle et de Ménage, c J'ai impatience de le voir , ajoute-t-il, puisque les vôtres et ceux de M. Halley on font partie , et sans doute la meilleure... Ceux que j'y trouverai de M. Ménage ne m'y choqueront pas. Je conserve mon équité au milieu de mes déplaisirs , et il n'y a point d'injustice qu'on me fasse qui m'empêche jamais d'être juste. Il est homme de savoir dans les humanités. II a grande habitude avec les poètes anciens et modernes > et leur fréquentation et son travail l'ont rendu poète lui-même, et en plus d'une langue. Ceux qui entretiendront commerce avec lui en ce genre-là y trouveront leur compte , et il payera toujours en mounoie de bon aloi. Je ne parle point du reste, parce que j'ai le cœur trop haut placé pour me rabattre à des plaintes et que mon humeur me rend muet, quand je n'ai pas matière de louer (1). »
Est-ce sérieusement, ou avec ironie que Chapelain parle à de Brieux de l'érudition de Ménage et de sa € grande habitude avec les poètes anciens et modernes? » Faut-il prendre pour un éloge ou pour une critique ce que dit Chapelain du profit de ces lectures : « Et leur fréquentation et son travail l'ont rendu poète lui-même, et en plus d'une langue? » Ce passage, d'une raillerie si spirituelle et si fine, semble en rap-
(1) Lettre à M. de Brieux, du 12 juin 1661 ; II, 137.
peler un autre, que Chapelain connaissait certainement, qu'il avait lu jadis et peut-être retenu.
Gilles Boileau , dans son Avis à M. Ménage , où il frappe également sur deux amis de Chapelain, Ménage et Costar, s'était déjà moqué de cette prétention d'écrire dans toutes les langues , et de mêler ensemble , dans ses œuvres, grec, latin et français. « C'est à mon avis, disait fort agréablement 6. Boileau, ce qui a donné occasion à votre bon ami , M. Costar , de vous dire : QuHl sembloit que vous eussiez été de tou^ {«5 siècles et de tous les règnes (1). Car il est certain qu'on voit dans vos ouvrages dos pensées et des styles de tous les temps. De sorte que, comme vous seriez bien fâché d'avoir rien fait sans autorité , vous avez pris des autres jusques à l'art de dérober les autres. » A entendre le railleur , Juste-Lipse avait trouvé cette belle invention avant Ménage : dans son livre des Politiques , « il n'y a que les points et les virgules qui lui appartiennent. » Et G. Boileau ajoutait : « On peut dire néanmoins, à votre avantage , que vous avez été beaucoup plus loin que lui ; car vous avez adopté des livres entiers (2) : qui est quelque chose de plus excellent et de plus rare. »
Ce genre d'emprunt est fort commode ; il est peutêtre moins méritoire; aussi, les malins, G. Boileau entre autres, ne manquaient pas d'en rire. « Mais, comme il est impossible d'arrêter la langue des poètes, disait le digne frère de Despréaux , votre livre inti-
(1) Entreliens de Voiture et de Costar^ p. 29.
(2) Mgidii Menagii liber adoptivus; inséré dans les Miscellanea de Ménage, 1 vol. in-4*, 1652.
BROUILLE DE CHAPELAIN ET DE MÉNAGE. 489 tulé Miscellanea, dans lequel votre Livre adoptif est inséré, n*a pas été à Tépreuve de leur médisance. Il a couru depuis peu une épigramme qui, peut-être, n'est pas venue jusques à vous, et que je m'en vais vous écrire, pendant que je m'en souviens :
Ménage, ayant dessein d'être des gros auteurs, Courut vite au Parnasse invoquer les neuf Sœurs,
Afin d'apprendre la manière De faire un gros volume avec peu de matière.
Aussitôt qu'on l'eut entendu »
Cet oracle lui fut rendu :
Adopte un livre, Ami Ménage,
Et mets ton nom a chaque page (1). »
Chapelain ne va pas aussi loin ; mais son équité à l'égard de Ménage était chose fort passagère. L'ancien protecteur se trompe de bonne foi sur ses propres sentiments et, volontairement ou non, se fait illusion à lui-même. En 1661; dans sa lettre à de Brieuz, il rendait justice à son adversaire, et l'appelait « un homme de savoir dans les humanités. » Moins d'un an après , le jugement est tout autre. L'appréciation cependant aurait dû être d'autant plus mesurée qu'elle devait avoir une portée plus haule et s'adressait à un ministre. Dans la Liste de quelques gens de lettres vivans en 1662, « l'homme savant » est traité avec un souverain mépris. « Il n'a jamais rien fait de lui-même, est-il dit dans le Mémoire destiné à Colbert, qui ne fût ou imité ou dérobé d'autrui ; comme
(i) Avis à M, Ménage, p. 12; Paris, Guillaume de Luynes, 1656. Bibl. nat.
Tont convaincu ceux à qui il a eu affaire , et quMl a provoqués par son procédé méprisant et mordant (1). »
En 1660, Chapelain écrit à Huet. C*est Tune des rares lettres où, à propos de Ménage, il demeure réellement « muet, » et ne dit rien de trop désobligeant pour le révolté. Le jeune Normand vient d*envoyer à Tauteur de la Pucelle son ode sur la paix des Pyrénées, avec une épître dédiée précisément à Thomme dont on ne veut plus entendre prononcer le nom. Mais, dans son remerciement, Chapelain a le bon goût de dissimuler sa colère : il parle seulement de la pièce et en fait réloge en termes charmants. En vérité, quand on lit cette correspondance, et qu'on voit avec quelle bonne grâce Chapelain sait louer, nous ne sommes plus surpris qu^il se soit fait beaucoup d'amis, et des amis ardents, dévoués, qui lui demeurèrent fidèles au milieu de ses plus grands revers. Huet fut de ce nombre. Ce sont ces premiers éloges^ peut-être, qui firent naître entre les deux poètes, entre l'élégant disciple d'Horace et le pauvre émule de Virgile, une amitié si étroite ; éloges qui, plus taM, portèrent le futur évoque d'Avranches à défendre, avec son opiniâtreté naturelle , le déplorable poème de Chapelain.
Le 5 mars 1660, celui-ci remercie Huet de ses « deux riches présens. » — « Je ne sais, lui dit-il, quelle justice on vous fait là-dessus au lieu de votre naissance; mais je sais bien que Paris vous considère comme vous le méritez, et que vous avez à vous louer de son équité dans le jugement qu'elle fait de ce qui
(1) Allusion presque évidente à VAvis à M. Ménage.
sort de votre plume. Cette Ode est du style sublime , et n'y laisse rien à désirer. C'est dommage que notre cour ne soit aussi une dans la bonne latinité que celle d'Auguste. Vous y tiendriez la place d'Horace, non seulement pour le génie lyrique, mais encore pour répislolaire. Tout de bon , il ne se peut rien de plus pur, de plus sensé, de plus juste que cette lettre à M. Ménage, sur le défaut commun à tous les hommes de se faire censeur d'office des habitudes et des occupations d'autrui. C'est ainsi que la philosophie devient agréable , et que l'on peut profiter au public on le délectant. »
L'ôpftre à Ménage, nous l'avons dit plus haut (1) , rappelle le sujet que La Fontaine traitera plus tard dans sa belle fable du Meunier^ son fils et Vâne, « Cette épitre, disait Chapelain, a le caractère quem moratum indigilant, et le seul propre aux compositions de cette • nature ; et Tapologue par lequel vous la finissez, ne pouvoitôtre ni mieux imaginé, ni mieux exprimé, ni mieux placé pour l'efifet que vous en prétendiez. Tout ce qui précède va excellemment à la môme fin. Vous y avez pris occasion d'y nommer vos vertueux amis de la plus adroite manière du monde. Enfin, vous êtes un grand artisan; et, en nous donnant cet essai, vous vous êtes engagé à n'en demeurer pas là et à poursuivre cotte carrière. Si nous avions un volume de ces sermons marqués à votre coin, je ne feindrois point(2) à les mettre immédiatement après ceux du poète de
(1) Page 12.
(2) Je n'hésiterais pas à...
Venouse(l), et devant ceux du chancelier de THospital qui, jusqu'ici, se sont maintenus en possession du second lieu. Je vous exhorte sérieusement à marcher dans cette belle route , et je vous répons du succès (2). •
Bientôt y à cet éloge se joignirent d*autres encouragements. Huet, on le sent, est traité en ami dans la Lùte de quelques gens de lettres. Le dispensateur des grâces recommande chaudement le jeune érudit à Colbert; il en parle avec bienveillance, en homme qui tient à le faire gratifier. « Il écrit galamment , dit-il ; bien en prose latine et en vers latins : et ce qu'on a vu de lui en l'un et en l'autre lui a acquis une grande réputation. Il publie VOrigèneie sa traduction et promet beaucoup. >
Vers la fin de 1661 , Huet fit paraître un ouvrage sur la traduction : De optimo génère interpretandi. Chapelain, pour se rendre agréable, avait offert ses bons, offices ; il devait distribuer des exemplaires aux amis de Paris, et jusqu'en Hollande, jusqu'en Allemagne et en Italie (3). Mais erreur du libraire, ou mauvais tour du malicieux Angevin, les volumes furent prestement enlevés; et quand, au nom de Huet, Chapelain vint les réclamerchezCramoisy, ils n'étaient déjà plus dans la boutique. « J'attends toujours les dix
(1) Horace, originaire de cette ville. — Il y a dans le texte : « Poète de Venise. » Mais ce doit être l'un de ces lapsus si fréquents dans la correspondance de Chapelain.
(2) Lettre à Huet, du 2 mars 1660 ; II, 77.
(3) Voy. plus haut, p. 32.
exemplaires que vous avez commandé qu'on m'apportât, » écrit-il à Pauteur. Il est vexé d'avoir été devancé par Ménage. Aussi, ne manque-t-il pas de s'en plaindre; mais à sa manière, doucement, finement, avec un ton d'exquise politesse. U donne à entendre qu'on aurait pu ménager davantage son amour-propre , ne pas le mettre en concurrence avec un ennemi , et lui éviter le désagrément de démarches inutiles. « Voyant que je n'avois point de ces volumes-là, j'envoyai chez M. Gramoisy^ pour lui épargner la peine de me les envoyer ; sur quoi, nonobstant ce qu'il vit dans votre lettre^ il répondit à mon valet qu'il en avoit consigné vingt-cinq à M. Ménage, pouren faire ce que vous voudriez,laissantcomprendre qu'il n'en avoit point davantage à vous livrer. Gela étant. Monsieur, vous voyez bien que tout moyen m'est ôté de vous rendre cet office , l'état où M. Ménage et moi sommes ensemble ne permettant pas que je lui aille faire d'éclaircissement là-dessus. »
Chapelain, quoi qu'il en dise, est fort contrarié de l'affaire, et il a bien de la peine à contenir sa mauvaise humeur. « Il est vrai, ajoute-t-il avec certain air d'indifférence, qu'à votre égard cela reviendra tout à un, qu'il fasse cette distribution ou que je la fasse. » Mais, à l'égard de Chapelain , ce n'est sûrement pas la même chose ; et la preuve, c'est l'espèce de coquetterie qu'il met, au contraire, à faire regretter ses services , à montrer qu'il eût été un meilleur intermédiaire que Ménage. Par ses amis d'Allemagne, de Hollande, de Suède et autres lieux, il avait bien des facilités pour distribuer les exemplaires de Huet;
4d4 LES ENNEMIS DE CHAPELAIN.
ei, si les voliinies attendas fussent arrivés à temps, tout était prêt pour les envoyer à destination. Mais , ajoule-t-il d*un Ion piqué , ce qu'il n*a pas fait , un autreleferaaussibienque lui. « Gomme je dis, s*ilne m'en vient point , la personne qui est chargée des vingt-cinq exemplaires s'en acquittera selon vos désirs (1). »
A cette môme époque, Huet, fort jeune encore, et déjà ami de Ménage et de Chapelain, essaya de les réconcilier l'un et l'autre. Le moment ne pouvait être plus propice, et le négociateur plus agréable. Celui-ci venait de louer publiquement les deux adversaires, et de leur dédier en même temps deux de ses plus belles épitres : à Ménage, sa pièce sur notre disposition à tout critiquer ; à Chapelain , le récit de son voyage de Suède.
Mais cette dernière dédicace n'avait pas été fort spontanée. Elle avait été arrachée violemment, en quelque sorte, et exigée en compensation de l'honneur fait à un autre. Gomme voilà bien ici le caractère impérieux de Chapelain à l'égard de ses amis! Il les sert, les recommande, les protège ; mais à la condition qu'ils le serviront à leur tour et ne marchanderont pas leur dévoûment. C'est un passage même des Mémoires de Huet qui va nous révéler ce petit trait de tyrannie. L'évéque d'Avranches demeura toujours fidèle à l'auteur delà PueeUe\ et cependant, jusque dans sa vieillesse, il conserva le pénible soUvenirde cette audacieuse sollicitation. Le récit du célèbre Normand
(1) Lettre à Huet, du 15 octobre 1661 ; II, 158.
a une singulière pointe d*amertume. 11 n'ose rappeler f dirait-on , sans un sentiment de honte et de regret , comment cet hommage lui fut imposé , et comment on lui ôta le mérite de le rendre librement.
c Chapelain, raconte Huet dans ses Mémoires, me témoignait une grande amitié; il encouragea mes travaux, et, a&n que notre liaison ne se refroidît pas par Tabsence, nous nous écrivions très souvent » et nous faisions réciproquement la confidence de nos pensées , de nos études et de nos écrits (1). Une marque de mes sentiments pour lui est la description de mon voyage en Suède, qu'il me pria de lui dédier. Il voulait , si je ne me trompe , que je laissasse, par ce moyen, un monument public de notre amitié. Mais la prière de Chapelain avait un autre motif. Déjà quelques étincelles avaient jailli de cette inimitié honteuse (2) qui finit par rompre les liens qui l'unissaient depuis longtemps à Ménage; et, comme j'avais écrit à ce dernier une lettre (3) que le public avait assez bien reçue, où je déclarai mon attachement pour lui, et l'opinion avantageuse que j*avais de ses ouvrages, Chapelain, sentant une pointe
(1) La correspondance de Huet se trouve à la Bibl. nat. , 3 vol. in-8*, n* 15188 , plus un volume de lettres autographes de Huet. Cad. des manuscrits. — Le vol. II renferme douze lettres de Chapelain. Nous avons publié plusieurs lettres de ce recueil dans la Jeunesse de Fléchier.
(2) Le reproche de Huet semble retomber sur Chapelain bien plus que sur Ménage.
(3) L*épître : Ad ASgidium Menagium, Voy. plus haut, p. 12.
de jalousie , à cette occasion, comme si je lui eusse préféré Ménage, ne se fit pas scrupule d'exiger de moi, en propres termes , que je lui rendisse le même office (1). »
Chapelain ne fut pas ingrat ; il procura à son panégyriste d'illustres amis : Habert de Montmor, Racan, Claude Hardi , conseiller au Châtelet, « fort estimé à cause de ses connaissances en mathématiques , » et Gassendi, « sans contredit un des premiers philosophes de son siècle. > Cet acte de condescendance eut , pour Huet, un autre avantage. Sûr d'être accueilli avec bienveillance, il put solliciter quelque faveur à son tour y essayer de fléchir Chapelain , et de Tincliner à la paii. Celui-ci , naturellement ami du repos , n'eût pas été fâché de voir s*assoupir enfin cette longue querelle; et, comme il s'était raccommodé jadis avec Costar, volontiers aussi se fût-il prêté à un accommodement avec Ménage.
Mais , soit que l'un des deux belligérants ait montré trop d'exigence , ou que l'autre ait témoigné trop de froideur ; soit encore que VElégie à Mazarin , dont nous allons parler , ait envenimé les esprits , l'aflFaire n'eut pas de suite, et il ne resta à Huet d'autre mérite que celui de ses bonnes intentions. Le 28 octobre 1661, Chapelain remercie le jeune Normand de Vlier Suecicum, « épître horatienne » qu'il vient de lui dédier. « Quant à la seconde épttre que vous me pro-
(1) Mémoires de Huet , traduction Charles. Nisard , p. 106 ; 1 vol. in-8*, Paris, Hachette, 1853. — Publiés en latin, à Amsterdam, 1 vol. in-l2, 1718.
posez, ajoute-t-il , dont le sujet seroit les divisions et les réconciliations , elle seroit sans doute plus morale et plus solide, et vous vous en feriez d'autant plus d'honneur , que vous auriez moins d'exemple à imiter. Ce qui m'y embarrasse un peu, c'est que je m'imagine qu'elle penchera fort sur le grave , et que le sel et les agrémens n'y trouveront pas leur place si aisément. Toutefois, entre vos mains, tout peut fleurir , et je vous demande pardon de mon scrupule. Faites-la donc. Monsieur, cependant que la veine est ouverte et qu'elle coule naturellement. »
Ces dispositions conciliantes étaient sincères, nous n'en doutons pas; mais, au fond, qu'elles étaient peu solides ! que d'obstacles allaient entraver le médiateur dans son œuvre, et Tempêcher d'assurer le repos commun! D'abord, l'offensé commençait par dicter ses conditions : ce qui ne pouvait rendre bien facile ni la conclusion de la paix, ni la composition de la pièce. « Mais, disait Chapelain, par la relation que sa matière a au déplaisir que m'a causé la méconnoissance de l'homme que vous savez , et au scandale que sa révolte a causé dans le monde, vous jugez bien que nos intérêts ne peuvent être traités d'égal, et que ce n'est pas un procès à en faire une cotte mau-taillée (1). Ce n'est pas que j'aie eu, ni que j'aie encore
(1) Cotte mo-taillée ou mau-tailléef pour cotte mal taillée, a Faire une cotte mal taillée, c'est arrêter un compte, en rabattant quelque chose de part et d'autre. Cette expression vient de Tusage oii l'on est encore de marquer la quantité des fournitures achetées à crédit sur des tailles , c'est-à-dire sur un
aucun ressentiment contre lui , ni que je me sente aucune haine pour sa personne; et Dieu m*envoye le mai que je lui veux! C'est seulement que je le connois incapable de le reconnoître ; et que la honte qu'il a de s'être tant oublié ne lui sauroit permettre de me faire satisfaction de l'ingratitude qu'il a montrée à l'amitié dont je Tavois comblé : sans quoi , je ne puis le recevoir avec honneur, ni avec sûreté; si bien , Monsieur , qu'à moins d'une adresse comme la vôtre, cette étoffe ne sauroit être employée ; et cette maladie, pour tout autre, seroit un noble [(1). ] Comme vous êtes fort juste et fort industrieux, les tempéramens nécessaires ne vous y manqueront pas (2). » On se rfmagine bien , la tentative de paciAcation avorta, et la guerre reprit de plus belle entre les deux adversaires. De quel côté les torts furent-ils? Nous ne saurions le dire. Peut-être , ils furent égaux de . part et d'autre ; peut-être , ne faut-il ni absoudre ni condamner Ménage, et ne le croire ni aussi innocent qu'il le dit lui-même, ni aussi criminel que le prétend Chapelain, u Nous avons été longtemps amis, disait Ménage , et le sujet de noire brouillerie n'est venu que de M. Chapelain, qui a rompu avec moi de gaieté de cœur, pour se ranger du côté de mes ennemis ; car, de mon côté , je n'avois eu pour lui que des respects et des tendresses, et je lui avois donné
morceau de bois fendu en deux , dont chacun garde la moitié. » Voy. Dictionn. de Trévoux,
(1) Le mot manque dans le manuscrit.
(î) Lettre à Huet, du 28 octobre 1661.
L'ELËGIE A MAZâRIN. 499
des louanges dans toutes les occasions qui s'étoient présentées (1). » Dans la suite, si nous en jugeons par ce qui reste encore des pièces du procès, Ménage en rabattit joliment, de ces respects et de ces tendresses. Pour que la défense ait été si vivo et si opiniâtre , il faut bien que les assauts aient été rudes et fréquents.
De son côté, Chapelain put avoir des torts fort gra^ ves. Il put, par sa faute, provoquer de cruelles représailles , et rendre impossible la pacification tentée en 1661 par Huet. Voici les faits. Quand on suit Tordre des temps , les dates permettent d'expliquer certains événements dont la cause avait échappé tout d'abord. Jusqu'à présent , Chapelain a gardé quelque mesure envers son ancien protégé ; et , tout en maugréant contre lui , il semble ne lui souhaiter aucun mal. En 1660, il va même jusqu'à écrire à Ménage,- et le remercie poliment d'une lettre qui lui a été portée de sa part.
Quelques mois après, tout est changé. Ménage, à propos d'une pièce en l'honneur de Mazarin , est impliqué dans une mauvaise aflFaire. Contre toute vraisemblance , et à l'aide d'une équivoque , on l'accuse bruyamment d'avoir outragé et le pi'emier ministre qu'il devait louer, et le Parlement de Paris. De- là une explosion universelle de colère. Tous les magistrats s'émeuvent , exigent une réparation , et voilà le pauvre Ménage traduit devant la Grand' Chambre ^ comme coupable d'avoir offensé la Cour (2). L'histoire
(1) Menagianaf II, 44.
(2) d On appelait Grand'Chambre ^ dans les parlements , la
(le celle élégie est fort bien racontée dans les Mémoires pour servir à la vie de M, Ménage, « En 1660 , y est-il dit, il composa cette fameuse élégie à M. le cardinal Mazarin, qui commence par ces mots : Rerutn certa salus , etc. , où , parmi les louanges qu*il lui donne, on prétendoit avoir trouvé une satire injurieuse contre une députation que le Parlement fit alors à ce ministre (1). Cependant, il est vrai que M. Ménage avoit fait cette élégie trois mois avant la députation dont on vient de parler. Elle avoit été vue et lue de tous ses meilleurs amis, qui n'y trouvèrent rien à redire; mais ses ennemis , qui peut-être ne la virent qu'après cette députation , croyant avoir trouvé l'occasion de le perdre, ne manquèrent pas de donner une interprétation maligne à quelques vers de cette pièce, entre autres à celui-ci, où M. Ménage, parlant de ces lâches courtisans qui , après avoir attendu longtemps à la porte du cardinal , suivent sa chaise ou son carrosse pour raccompagner où il va, ce qui est une action indigne d*un homme libre , dit :
Et, puto, tam viles despicis ipse togas.
Ils firent entendre , dans le monde , que M. Ménage avoit prétendu, par ce vers, désigner Messieurs du Parlement; et ils gagnèrent quelques conseillers, qui en firent leui^ plaintes à la Grand'Chambre. Mais
principale chambre où se tenaient les audiences solennelles. » Chéruel, Dictionn. des inslil, de la France.
(1) Ad Julium Mazarinum , Elegia, Mgid, Menagii Poe^ mata, édit. de 1668, p. 44.
M. Ménage fit connoître à M. le premier président de Lamoignon (1) que, bien loin d'avoir prétendu parler de Messieurs du Parlement, il n'en avoit pas même eu la pensée , puisqu'il avoit composé cette élégie troi^ mois ayant cette députation , qu'il ne pouvoit pas deviner se devoir faire (2). »
Les jaloux , les envieux , les ennemis, tous ceux qui avaient à venger des griefs anciens ou nouveaux, menèrent la campagne avec tant de fracas, que l'accusé dut se justifier , et remettre à Guillaume de Lamoignon une Protestation écrite de son innocence (3). Ménage y jure, « par tout ce qu'il y a de plus saint dans le monde, » que Télégie latine à Mazarin fut faite a trois mois avant la députation de Nosseigneurs du Parlement à S. E. » Le premier président finit par se contenter des explications de l'inculpé et de la déclaration solennelle qu'il venait de faire. « Après cela , est-il dit dans les Mémoires sur la vie de Ménage , il ne resta aucun doute à M. de Lamoignon de la vérité de la chose et de l'innocence de M. Ménage ; et, dans la suite, il ne fit aucune attention à tout ce qu'on lui put dire contre lui (4). »
Lamoignon était homme d'esprit; il aimait les gens de lettres, et apaisa l'affaire, moins par conviction , croyons-nous, que par modération de caractère. Ménage
(1) Guillaume de Lamoignon , premier président depuis le 4 octobre 1658. Il était né le 20 octobre 1617.
(2) Mcnayiana, II, xv.
(3) Insérée dans le Menagianay vol. II, p. xxxiv et suiv.
(4) Menagiana, II, xvii.
et Tauteur des Mémoires sur sa vie s'acharnent à expliquer le viles togas. Mais il y avait bien d'autres passages incriminés, fort compromettants, difficiles à défendre, ceux-là, et sur lesquels ils avaient grand soin, Tun et l'autre, de se taire. Tels étaient les deux vers qui suivaient immédiatement. Ils avaient le tort de rappeler le soulèvement du Parlement et des Grands contre Mazarin, et de ne laisser presque aucun doute sur la pensée de Tauteur. « Vous avez peu de vrais amis , disait Ménage au cardinal , parmi cette vile multitude de courtisans qui vous entourent et vous suivent; et ces flatteurs, qui adresssent aujourd'hui leurs adorations à leur maître et tremblent devant lui, sont les mêmes qui, hier à peine, demandaient à grands cris votre tête :
Sed neque amicitiœ sunt hœc certissima signa ;
Et, puto, tam viles despicis ipsc togas. Qui modo te rerum Domilaum venerantur, adorant ,
Hi sunt sœpe tu\mi qui petiere caput. »
L'allusion aux prétentions et aux soulèvements du Parlement de Paris était presque évidente et difficile à nier; l'allusion surtout à ce fameux arrêt du 8 janvier 1649, où Mazarin était déclaré « l'auteur de tous les désordres de l'Etat et du mal présent, et perturbateur du repos public (1). »
Indulgence du premier président, ou adresse de l'accusé, tout finit par s'arranger. Ménage se tira de ce mauvais pas sans trop de dommage. Il prouva ,
(!) Voy. Bazin, llisi. de France sous Louis XIII, III, 468.
tant bien que mal, que viles togas s'appliquait aux courtisans en général , à ceux qui suivaient Mazarin dans les rues , et non aux membres du Parlement venant en corps féliciter le ministre. l-ios vers soi-disant injurieux à la Cour ne le sont t que dans Tinterprétation qu*on leur donne contre la propre, véritable et naturelle signification des mots , et contre Tintention claire et manifeste de Fauteur (1). »
Mais l'affaire n'en avait pas moins fait beaucoup de bruit. Comme tous les procès, elle avait causé de gros ennuis au plaideur, et fini parle rendre quelque temps la fable de la ville et de la cour. Le 20 août 1660, Gui Patin écrit à Falconet (2) , et lui parle du récent grabuge. « Nous avons ici un bénéficier, natif d'Angei*s, nommé Ménage , qui est homme d'esprit et de grande érudition ; il a fait des vers fort adulatifs au cardinal Mazarin , dans lesquels MM. du Parlement prétondent être ofiensés. Il y a du bruit contre lui; j'ai regret qu'il ait fait ce pas de clerc, faute de jugement, car il est honnête homme et de mérite (3). »
Si Ménage eut connaissance de ce témoignage de pitié, il dut être passablement vexé. Ce n'était pas assez de passer pour téméraire, il fallait encore être accusé de manquer de « jugement, » et cela, par un homme étranger au débat, connu par son franc par-
(1) Menagiana^ II, xxxvi.
(2) André Falconot, médecin à Lyon, le grand ami de Gui Patin. Falconet était né le 12 novembre 1612; il mourut en
(3) Lettres de Gui Patin, édit. Révoillé-Parise . vol. III, p. 252.
1er, et dont l'entière indépendance ne pouvait être suspecte. Un obscur chroniqueur a peint au naturel le célèbre médecin : personne n'a mieux saisi et plus vivement rendu les traits de cette physionomie originale. « Guy Patin , nous dit Vigneul-Marville, étoit satirique depuis la tête jusqu'aux pieds : son chapeau, son collet , son manteau , son pourpoint , ses chausses, ses bottines, tout cela faisoit nargue à la mode et le procès à la vanité. Il avoit dans le visage l'air de Cicéron, et dans l'esprit le caractère de Rabelais (1). » Le docteur avait parlé librement des « vers adulatifs du bénéficier d'Angers. » Ses irrévérences , au sujet des infortunes d'autrui, durent venir jusqu'aux oreilles de Ménage, et l'irriter quelque peu. Naturellement, dans la suite, celui-ci ne manqua pas de se venger. A son tour, il parla avec dédain des lettres du caustique docteur, pleines d'erreurs, si nous l'en croyons, et dépourvues de toute autorité. « Les lettres de Guy Patin, disait-il , sont remplies de fausseté. Nous on remarquâmes un grand nombre, M. Bigot et moi. M. Patin ne prenoit pas de précaution dans ce qu'il écrivoit, et la préoccupation (2) lui faisoit ci'oire mille choses qui n'étoient pas. Je n'ai pas vu les autres Lettres , qui ont été imprimées depuis peu, à ce que Ton dit (3). » Le recueil, en eflFet, venait d'être publié à
(1) Mélanges d'histoire et de littérature^ vol. I, p. 25. 3 vol. in- 12, Paris, Besoigne, 1700.
(2) Prévention.
(3) Menagianay I, 291. — Gui Patin, né près de Hodenc-en- Bray (Oise), le 31 août 1601, mort le 30 août 1^72.
L'ÉLÉGIE A MAZÀRIN. 505
Cologne en 1692, sous le titre : Lettres choisies, depuis 4645 jusqu'en 4672.
Mais cette ai)pr6ciation de Ménage est d'un mécontent, sujet lui-même à la « préoccupation » qu*il reproche à un autre. Sainte-Beuve , bon juge en ces matières, parle autrement de Gui Patin. A son avis, cette correspondance est une source de renseignements un peu moins mauvaise que ne le dit notre bel esprit. « On rencontre dans ses lettres, disait Sainte-Beuve, les bons mots . les nouvelles du jour, force détails curieux sur la littérature et les savants du temps, surtout un tour dégagé et naturel, des traits libres et hardis qui peignent au vif Tesprit et le génie de Tauteur; c^est une conversation sans nul apprêt, sans prétention aucune, familière, enjouée souvent, ce sont les confidences d'un ami à un ami. » Ajoutons ces quelques mots du célèbre critique , et qui complètent le jugement : a Elles sont pleines de crudité, de passion, do grossièreté, de bon sens bien souvent, d'humour et de sol de toute sorte (l). »
Dans cette grosse affaire de l'élégie à Mazarin, Ménage courut plus d'un risque ; en particulier, celui « de la prison et de Tamende honorable. » En cette occasion, Chapelain ne se manqua pas à lui-même, et se rangea ouvertement du côté des ennemis de Taccusé. Fut-il de ceux qui travaillèrent à la perte de Ménage? C'est bien probable; en tout cas, il la désira
(1) Causeries du lundi t vol. VIII, p. 71. — Sainte-Beuve a consacre deux articles excellents à Gui Patin. Voy. ibid. , p. 71 et suiv.
de tout son cœur, accueillit avec joie « cette accusation grossière, » et, s'il eût été au nombre des juges, il n'aurait certainement pas hésité à le condamner.
L'auteur des Mémoires sur la vie de Ménage plaint le triste sort de son client, violemment attaqué par ses ennemis, et abandonné ou trahi par la plupart de ses amis. « Il est étonnant , dit-il , que de tant d'amis qu'avoit alors M. Ménage (car c'étoit dans le temps de sa plus haute réputation) , il ne s'en soit trouvé qu'un fort petit nombre qui ait pris sa défense; que ceux-mêmes qui lui avoient de fortes obligations rayent abandonné lâchement, et que les autres, qu'il avoit protégés , comblés de bienfaits et de louanges , ayent été les premiers à l'attaquer. M. Nublé, qu'on peut appeler un parfait ami (1), résista presque seul au torrent; il prit en main la défense de son ami, repoussa avec chaleur les discours qui tendoient à ternir la réputation de M. Ménage, et fit connoître, avec autant de force que d'érudition, l'erreur de ces faux savans qui, n'entendant pas le mot de toga^ lui donnoient une explication contraire à celle que tous les anciens lui ont donnée (2). »
Belle occasion , pour Chapelain , d'une vengeance éclatante! Il se met à l'œuvre hardiment, frappe à coups redoublés sur le rebelle, et se range parmi ceux qui, ou n'entendent pas, ou ne veulent pas entendre, et
(1) Nublé, avocat au Parlement de Paris, l'un des amis de Ménage et un habitué du cabinet des frères Du Puy.
(2) Afenapiana, II, xvni. — Ménage a exprimé sa reconnaissance à Nublé : Ad Ludovicum Niiblssum, Advocalum parisiensem. Poemala, édit. de 1680, p. 12.
s'obstinent h donner au mot toga un sens défavorable. Quinze jours à peine après la publication de la pièce, le 26 août 1660, il écrit à Nicolas Heinsius, son ami et Tami aussi de Ménage. Il éprouve une joie maligne à parler du « pas de clerc » que son révolté vient de faire, et du a mauvais effet » produit par son élégie. « Vous en jugez, écrit-il à Heinsius, comme le Parlement et comme S. E. ont fait; et jamais chose n*a été plus généralement condamnée par amis et par ennemis, par intéressés et par indifférens, ainsi que le plus grand égarement d'esprit qui se soit jamais vu en homme de lettres. Mais ce qui en aggrave extrêmement la faute , c'est l'opiniâtreté qu'il a eue à vouloir imprimer Cette pièce, malgré tous les avis que lui avoient donnés tous ceux à qui il Tavoit lue, et plus ceux qui Faimoient le plus. Ces derniers néanmoins Tout puissamment assisté dans le péril où il s'est vu de la prison et de l'amende honorable , dont on n'espéroit pas «ju'il pût se mettre à couvert. »
Le Parlement se composait alors de huit Chambres : de la Grand'Chambre, de cinq Chambres des Enquêtes, et de deux Chambres de la Tournelle. Or, l'affaire est de si grande importance, que Tournelle, Enquêtes, Grand Chambre, le Parlement fout entier, s'occupent du prétendu méfait de Ménage. « Les Enquêtes, continue Chapelain, ayant pris feu contre son extravagante hardiesse, et ayant mis entre les mains de l'avocat général Bignon (1) l'ouvrage, pour y prendre ses
(1) Jérôme Bignon, né en 1627, et mort à Paris en 1697. Il était fils aine de Jérôme Bignon, qui fut aussi avocat général, et mourut en 1656.
conclusions elles porteràlaTournelle, afin depourvoirà l'honneur de là Cour offensée, l'habitude ancienne qu'il a avec eux et l'heureuse rencontre de plusieurs fêtes lui ayant donné temps de faire sa cabale pour gauchir le coup , autrement inévitable, l'affaire fut portée par l'avocat général Talon (1) à la Grand'Chambre ; et ses amis y obtinrent qu'on nele nommeroit point dans l'arrêt qui intervint, par lequel les vers furent condamnés et supprimés, et défense faite de les imprimer et de les débiter sous de grièves peines. Ce doux traitement, qui eut pour motif le mépris que ces messieurs crurent devoir faire et de l'ouvrier et de l'ouvrage comme indignes de leur colère, lui a pourtant donné lieu de dire à tout le monde qu'il en étoit sorti hautement et à son honneur; tandis que les Enquêtes , exclamant contre la mollesse de leurs anciens à ne l'avoir pas châtié plus rigoureusement, ne laissent pas de dire que, par cet arrêt tout branqueté (2) qu'il ait été, et tout favorable qu'il lui soit, vu son crime, il lui demeure une note et une tache dont il ne se lavera jamais. •
Cette violente sortie explique bien ces haines implacables dont parle le Menagiana , et qui poursuivirent sans relâche l'ancien protégé de Chapelain. Le passage paraît d'abord exagéré, surtout à propos d'un
(1) Denis Talon, né à Paris en 1628, président à mortier en 1689, et mort en 1698. En 1665, il était procureur général du roi aux Grands-Jours d'Auvergne. C'était le fils d'Orner Talon, le célèbre avocat général, mort en 1652.
(2) Ni dans le Dictionnaire de Ménage, ni dans celui de Richelet. — Cotgrave, Dict, franç.-anglois ^ 1611, donne le mot avec la signification de obtenu par violence.
tel délit. Mais Tauteur des Mémoire$ n*a rien outré et il est resté dans les limites de la vérité. L'accusé, nous Tavons dit, fut déclaré innocent par M. de Lamoignon et par arrêt du Parlement. « Cela n'empêcha pas les ennemis de M. Ménage, ajoute-t-on, de continuer leurs discours injurieux contre sa personne et contre ses écrits, et de donner à quelques vers de son Elégie le tour et l'explication la plus maligne qu'ils pouvoient, et ils ne cessèrent leur médisance qu'en disant malicieusement, comme on Ta dit encore après sa mort , que M. Ménage ne s'étoit tiré de ce mauvais pas qu'en avouant sa faute (1). »
Et, chose étrange î qui prouve bien avec quelle facilité on se trompe soi-même, l'honnête Chapelain, qui écrit de telles énormités en 1660, qui traite de crime une misérable peccadille et verrait volontiers l'accusé en prison, n'en déclare pas moins, un an à peine après ce beau vacarme , qu'il ne souhaite aucun mal à Ménage et ne lui garde aucune rancune. « Ce n'est pas, disait-il à Huet, que j'aie eu, ni que j'aie encore aucun ressentiment contre lui, nique je me sente aucune haine pour sa personne ; et Dieu m'envoye le mal que je lui veux (2)! »
Ménage, rapportant un mot de Bautru, disait plaisamment que Balzac était c attractif d'injures (3). » Mais lui aussi , quand on songe à toutes les tribulations de sa vie , ne possédait pas mal ce désagréable
(1) Menagiana, II, xvni.
(2) Lettre à Huet, du 28 octobre 1661; II, 161.
(3) Afena^tana, 1, 135.
privilège. En 1659, il avait allumé, au sein de TAcadémie, « une guerre civile, » dont il paya en grande partie les frais; et il n'était pas sorti encore de cette € bagarre, » qu*il était assez malheureux ou assez maladroit, en 1660, pour soulever tout le Parlement contre lui.
Le tableau de cette émotion, de ce désordre, de ce tumulte jetés tout à coup dans les rangs de la magistrature, alors si puissante, est fort amusant dans les Lettres de Chapelain. Vous diriez vraiment, en écoutant le récit passionné du narrateur, qu'il s*agit de punir Je plus noir des forfaits, ou au moins un crime de lèse-iûajesté divine et humaine. Les cinq Chambres des enquêtes protestent contre la douceur de la sentence rendue; elles choisissent des députés chargés de réclamer une répression sévère , et il ne faut pas moins que Tintervention directe du premier président pour apaiser la tempête et calmer tous ces courages émus.
« Sans l'embarras où le Parlement s'est trouvé depuis, dit à Heinsius Chapelain, à cause de l'entrée de la reine dans Paris (1), cet arrêt même n'auroit pas passé de la sorte, les Enquêtes s'étant aigries à la nouvelle qu'elles en eurent, comme Thonneur du Parlement ayant été trahi par ceux à qui il importoit le plus de le venger. La première et la
(1) Marie-Thérèse d'Autriche , mariée à Louis XIV le 4 juin 1660. Le traité des Pyrénées avait été conclu le 7 novembre 1659. — Marie- Thérèse , qui était née le 20 septembre 1638, mourut le 30 juillet 1683.
deuxième députèrent deux conseillers chacune pour aller demander jonction aux trois autres , et, tous dix ensemble, les motifs de cette prononciation , et afin qu'on agît ensuite aussi bien contre l'auteur que contre la pièce.. Cet embarras d'entrée étant survenu immédiatement après, leur résolution n'a point eu d'effet, et je crois que l'accusé on sera quitte pour l'arrêt; quoique d'autres pensent que non, et que les Enquêtes, piquées du change qu'on leur a donné, pousseront à bout la chose, laquelle est plus désormais entre elles et les avocats généraux, qu'entre elles et M. Ménage. »
Ce qu'il y a de plaisant après cela, c'est que Chapelain, en terminant sa belle philippique, exprime le vœu que Ménage obtienne grâce devant la Cour. Celui-ci est homme de lettres, et sa condamnation ne pourrait que déshonorer les gens de lettres comme lui. On prendra cette raison inattendue pour ce qu'elle vaut. L'évolution est si brusque, qu'il est permis de s'en défier un peu, et de se défier aussi de ces subites dispositions à la clémence. « Ma raison principale , dit-il à Heinsius, de souhaiter que cela n'aille pas plus loin, outre les sentiments d'humanité qu'on doit avoir pour les plus coupables, c'est que si la punition de celui-ci est éclatante, les gens de lettres participeront à sa diffamation et qu'il en rejaillira sur eux de la honte, à cause de la profession qu'ils ont commune avec lui. On m'a assuré que cette seule considération avoit obligé Monsieur le premier Président (l) à sui-
(1) Guillaume de Lamoignon.
vre Tavis le plus doux et à détourner ceux qui alloieiit à informer contre Tauteur de ces vers, qu'ils qualifioicnt de libelle. Mais c*est trop d'une si désagréable matière et, après en avoir été importuné, j'ai opinion que vous n'en importunerez personne et qu'elle mourra entre nous (1). »
Trois jours après, l'irascible vieillard tombait malade, aux prises avec un rhumatisme et la fièvre. La correspondance des deux amis se trouva ainsi interrompue pendant quelques semaines. Ce fut un moment de répit pour la rancune du malade. A peine guéri, il écrit aussitôt à Heinsius et, pour signal de sa convalescence , lui adresse une lettre remplie de nouvelles imprécations contre Ménage. « Elle sera plus courte que ma précédente, lui dit-il, le 23 septembre 1660, et vous profiterez de mon indisposition , qui ne me laisse ni la force, ni la liberté de vous la faire plus longue et de vous étourdir de mon caquet. »
L'indisposition, en tout cas, n'ôtait rien au plaignant ni de sa verve, ni de son esprit, ni de sa ténacité à poursuivre le malheureux inculpé. En vérité, il ne faisait pas bon avoir quelque démêlé avec Chapelain. Quand une fois on l'avait offensé , il vous tenait longtemps rigueur, s'attachait obstinément à vos pas, et, dans son dépit, il trouvait toujours , pour de nouvelles invectives, quelque trait nouveau, quelque expression originale ou imprévue. Nous l'avons déjà remarqué : Chapelain n'est jamais plus intéressant que lorsqu'il se fâche contre ceux qui le mor-
(1) Lettre du 26 août 1660, à Heinsius, à La Haye, II, 93.
dent ; il a alors une multitude de mots curieux, neufs, pittoresques, des mouvements presque superbes d'indignation et d'éloquence , comme une veine intarissable d'inspiration constamment alimentée par la colère.
« Tout ce que vous me dites , continue-t-il , dans celle que je reçus , il y a quatre jours , du xv, sur le succès de Taffaire de M. Ménage , est digne de votre équité naturelle et de la grandeur de votre sens. Son malheur ne devoit pas être la punition de sa faute, mais sa propre faute par son énormité, portant d'ailleurs son châtiment avec elle par le blâme général qu'elle lui a attiré , et par le bruit qu'en fait la Renommée, dont les registres ne reçoivent pas d'arrêts cabales (1), et qui prononce sans faveur sur les bonnes et mauvaises actions des hommes. Ceux-là même qui l'ont sauvé de l'amende honorable, en ont encore plus mauvaise opinion que ceux qui l'ont voulu perdre , et disent , sur l'air du bureau (2) , que c'est un nom difTamé qui ne se relèvera jamais de sa chute. »
Puis, laissant là les griefs du Parlement, il en revient à ses propres griefs, et souhaite au rebelle un repentir dont il ne le croit nullement capable. « Dieu le veuille bien amender, dit-il à Heinsius, puisqu'il
(1) « Acquis par cabale. » Dictionn, de Richelet. Le mot n'est pas dans le Dictionn, de M. Littré.
(2) Prendre l'air du bureau , connaître l'air du bureau , c'est sonder les dispositions des juges , deviner leurs sentiments. Richelet, Dictionn,
n'y a eu personne en terre capable de le faire , quelque charitable soin qu'on on ait pris depuis tant d'années qu'il agit en cheval échappé ! Je dirois aussi qu'il le console, s'il ne s'étoit déjà consolé par l'imagination creuse qu'il a, et qu'il publie d'être sorti de ce mauvais pas à son grand honneur, prétendant avoir convaincu le Parlement qu'il n'entendoit pas le latin, et que le togas viles ne le regardoit point , mais les courtisans seulement, omnigenos proceres. Je n'interpose point mon jugement là-dessus, mais je vous demande le vôtre. Vous savez sans doute le latin autant ou plus fidèlement que lui, et je vous en croirai un peu plus que lui. On montre au Palais une lettre d'un avocat de son pays, où toute la question est examinée ; et, pour ce particulier, l'avocat ne semble pas de son opinion que ces togas viles visent à autre chose qu'au Parlement. Mais c'est trop de cette impertinente matière (1). »
Il est difficile d'êt^e à la fois et plus aveuglé par la passion, et mieux inspiré par la colère; difficile aussi d'en vouloir davantage au « cheval échappé » qui a failli vous rompre le cou. Mais pourquoi , dans ce conflit de Ménage avec le Parlement , Heinsius est-il Tunique confident des pensées et des sentiments de l'auteur de la Pucelle ? L'abbé Parisot, Huet, Medon, Spanheim, avaient été mis au courant du grattage survenu en 1659, au sein de l'Académie. Le circonspectissime Chapelain a-t-il ses raisons pour confier,
(1) Lettre à Heinsius, à La Haye, du 23 septembre 1660, II,
cette fois 9 ses impressions au seul Heinsius? Est-il moins sûr de la discrétion des autres amis ? Et, par prudence, évite-t-il de parler de peur que ses paroles ne viennent à transpirer et ne soient répétées à Ménage? C*est possible. En tout cas, le fait a quelque chose d'assez étonnant ; il ne doit pas être sans signification.
C'est encoi-e à Heinsius qu'il écrit à propos de la même affaire, et avec le même ton de mépris, la même àpreté de langage, le même fiel envers Ménage et ceux qui ont l'impudence de défendre la cause du ' rebelle. « Tout ce que vous me mandez de ce galant homme d'Allemagne, encomiaste (1) de l'encomiaste et censeur du Parlement, ne m'a pas surpris en aucune manière. Il a pu flatter celui chez qui il va prendre place tous les mercredis (2) au préjudice de ce corps, sans craindre qu'il s'en émeuve et qu'il l'en punisse ; ces graves sénateurs qui regardent ces bagatelles de collège avec un mépris proportionné à leur élévation 9 et ne devant pas faire plus de cas du flatteur que du flatté. Vous n'êtes pas moins juste qu'eux dans votre jugement sur l'impertinente défense que cet encomiaste disgracié fait de ces viles togas, par laquelle il s'embourbe toujours, d'autant plus qu'il essaye plus à se débourber (3). Un avocat de son pays
(1) Du grec iyiio\kicujrnç. « Vieux mot : panégyriste. » Dictionn. de Trévoux j 1771. Le mot n'est pas dans le Dictionn, de Richelet, édit. de 1719.
(2) Les mercuriales de Ménage.
(3) Se débourber n'est pas dans Richelet. ^ Donné par M. Littré, qui cite seulement un exemple de Saint-8imon.
en a fait une relation critique qu'on me fit voir, il y a quelques semaines, et si vous la désiriez voir, je crois qu'il ne seroit pas mal aisé de la recouvrer (1). » Supposez, après cela, que Ménage ait jamais rien connu de ces réquisitoires violents et injurieux, vous ne serez pas surpris qu'à son tour il ait perdu toute mesure, et tâché de faire le plus de mal possible à Chapelain. Celui-ci pousse les hauts cris, se plaint qu'on attaque sa probité, qu'on le poursuit de calomnies atroces et qu'on cherche à le brouiller avec ses amis. Mais lui, que fait-il donc autre chose, au cours de ce débat ? Et, si Ménage a rendu à Chapelain une partie de ses coups, faut-il plaindre beaucoup celui-ci? Non, assurément ; ce sont là représailles inévitables dans toute guerre. Quand on prend part à la bataille, il faut savoir qu'on peut être blessé. Or, ce qui précède indique nettement le rôle de Chapelain et son attitude envers Ménage ; il ne se borna pas seulement à repousser les attaques : à l'occasion , il sut bien devenir agresseur.
(1) Lettre à Heinsius, du 4 novembre 1660, II, 109.