OBSERVATIONS SUR LA LANGUE FRANÇAISE
disputer la possession. En 1675, il publia un second ouvrage : Nouvelles remarques sur la langue française (1). Il est vrai, que Bouhours ne négligea rien pour rendre intolérable le petit supplice de notre bel esprit : piqûres aigûes et profondes , pénétrant dans la chair comme le dard de Tabeille ; malicieuses allusions , railleries de toutes sortes , poussées jusqu*au sarcasme , rien n'y manqua pour exaspérer celui qui devait au chevalier de Méré « la meilleure partie de sa réputation. »
Avec toute sa patience, Ménage n'y put tenir. Il éclata contre son audacieux contradicteur, et les injures et les gros mots de Tun remplacèrent le petit air impertinent et les fines ironies de Pautre. L'ancien protégé de Chapelain vante souvent sa modération^ dans les divers combats qu'il eut à soutenir. Il est bon, une fois pour toutes , d'aller au fond de tout cela , et de voir ce qu'il faut entendre par cette modération tant chantée. M"* de Sévigné s'amusait de ce grabuge et riait de l'acharnement des deux adversaires. Le 16 septembre 1676, elle écrit à sa fille. « Je lis, lui dit-elle , des livres de furie du P. Bouhours , jésuite, et de Ménage , qui s'arrachent les yeux , et qui nous divertissent. Ils se dirent leurs vérités, et souvent ce sont des injures ; il y a aussi des remarques sur la langue françoise qui sont fort bonnes. Vous ne sauriez croire comme cette guerre est plaisante (2). »
Au moment où écrivait M«»« de Sévigné , Ménage
(1) 1 vol. in-4*. Paris, Cramoisy, 1675.
(2) CoUect. des gr. écrivains ; Hachette, vol. V, p. 61.
venait de faire une charge à fond contre son agresseur. Il avait publié la Seconde partie de ses Observations (1). L'ouvrage est précédé d'un long Avis au lecteur^ qui justifie bien les mots de furie et de guerre plaisante dont se sert M® de Sévigné. « Le Révérend Pèi'e Bouhours , prêtre de. la Compagnie de Jésus , s'exclame le plaignant , a écrit dans ses Remarques contre la première partie de ces Observations^ avec une fureur indigne d*un prêtre et d'un religieux ; car il ne s'est pas contenté d'attaquer de toute sa force plusieurs endroits de mes Observations , et de les tourner en ridicule ; il m'a attaqué dans ma personne avec emportement. »
Le réquisitoire contre < le bon religieux » se ter^ mine de façon fort plaisante. Le passage est assez amusant pour nous, qui connaissons maintenant la victime , les tribulations dont elle se plaint souvent , et les airs innocents qu'elle excelle à se donner. « Il me reste à me justifier, ditril, ou du moins à m'excuser, d'avoir répondu au libelle de ce bon religieux.
» Non seulement je n'ai jamais offensé personne , sans y avoir été excité par quelque outrage, mais j'ai toujours rendu'à tout le monde tout le service dont j'ai été capable; et j'ai été assez heureux pour n'avoir pas été inutile à plusieurs personnes. Cependant, par je ne sais quelle fatalité , on a fait des bibliothèques de libelles contre moi. Mais j'ai aussi toujours tellement méprisé tous ces libelles, qu'à la réserve de ce dernier, je n'en ai lu aucun. Cela étant, comme c'est
(1) 1 vol. in-12, 1676.