CHAPITRE XXVII
Boileau. — Terreur qn*il inspire à Chapelain. Première attaque de Boileau, 1664. Autres attaques successives. Chapelain décoiffé^ 1664, Satire des Femmes, 1693. Dialogue des héros de roman t 1710. Griefs de Boileau contre Chapelain. Us ne sont pas exclusivement littéraires. Crédit de Chapelain. Boileau offusqué de ce patronage. Boileau à Thôtel de Rambouillet. Il vient y lire sa première Satire, vers 1657. Mauvais accueil fait au poète. Racine, au contraire, favorablement accueilli par Chapelain. L'Ode sur le mariage du roi, 1660. Conseils de Chapelain à Racine. Présent de cent louis accordé à Racine, 1660. Sonnet à Mazarin, 1660. Racine dans la maison de Luynes, 1660.' Liste des gratifications en 1664. Racine reçoit une pension de « six cens livres. » Boileau n'a rien. Comment il se venge dans sa première Satire, 1664.
Nous arrivons maintenant à celui qui, à force d'esprit, de bon sens, de raison et de passion, finit par renverser Tempire poétique de Chapelain. Les colères de Tauteur de la Pucelle^ avons-nous dit, sont fort amusantes. II est amusant, en eflPet, de voir à quel degré d'exaspération le font monter les irrévéï'euces et les railleries de ses jaloux ou de ses rivaux. Fou de
rage et de douleur, comme un taureau criblé de traits attachés à ses flancs, il se précipite tête baissée sur ses bourreaux et les poursuit avec furie. Linière, Costar, La Mesnardièi^e , MaroUes, Boileau, s'il ne met pas tout ce monde en pièces , ce n'est vraiment pas sa faute. Avec ces coquins qui le harcèlent, il en vient aux gros mots ; il a pour eux des trésors d'injures, comme un vocabulaire spécial et d'une étonnante richesse : fripons, poétastres, canaille poétique, dont les clameurs ressemblent « aux croassemens des corbeaux, » voilà les aimables douceurs qu'il leur débite. Boileau surtout, dont les coups furent les plus rudes, a le don de l'horripiler. Le nom seul du satirique lui est effroyable et lui inspire une véritable terreur. Aussi est-ce à Despréaux, soit directement, soit indirectement, que s'adressent ces belles imprécations. La satire ne Tavait pas aigri , nous dit d'Olivet, ce qui n'est pas très exact. Il était si peu patient, au contraire, qu'il eût volontiers jeté à la Seine Boileau et ses pareils. C'était le vœu de Montausier; c'était aussi celui de Chapelain, vœu impuissant dont riait le « jeuno fou, » et dont il était le premier à se moquer dans ses vers :
Mais tout n'iroit que mieux , Quand de ces médisans Tengeance toute (1) entière Iroit la tète en bas rimer dans la rivière (2).
En 1664, tout jeune encore, Boileau ouvre bruyam-
(1) La règle de tout n'était pas fixée comme elle Test aujourd'hui.
(2) Satire IX, 1667.
ment les hostilités contre un ennemi presque septuagénaire. Avec quelle audace il les continua dans la suite , avec quelle verve et quel acharnement : on le sait. Dès la première satire, indigné de se voir exclu d'une Liste où figurent les Cassagne et les Cotin, il malmène le vieux poète et Tinjurie de la bonne façon (1). En 1664 , il siffle « ses durs vers, » et, sans plus de détours ,. traite de folie sa manie de rimer. L'année suivante, en 1665, il en fait l'égal de La Serre, et le met à son côté dans le Repas ridicule; enfin, dans la IX® satire, en 1667 , il le compare indignement à Midas :
Midas, le roi Midas a des oreilles d'àne.
Puis, quand il l'a bien bafoué, flétri de toutes les manières, déshonoré à jamais, il le plante là avec dégoût , comme un jouet dont il n'a plus que faire :
Ainsi, sans ro'accuser, quand tout Paris le joue (2), Qu'il s'en prenne à ses vers que Phébus désavoue ; Qu'il s'en prenne à sa muse allemande en françois ; Mais laissons Patelain pour la dernière fois (3).
Il y reviendra encore, malgré tous ses serments. En attendant, vers la fin de 1663, en compagnie de Furetière et de Racine, il imagine l'amusante parodie «qui
(1) La Première Satire fut composée en 1660; mais la sortie contre Chapelain fut ajoutée en 1664, après les gratifications accordées aux gens de lettres. Voy. plus loin.
(2) Allusion au Chapelain décoiffé^ qui est de 1664.
(3) Satire IX, 1667; édit. de 1669.
sonna le glas de la grandeur du Père de laPuceUe{\), » A en croire Ménage, Boileau aurait écrit le Chapelain décoiffé , comme il composa plus tard le Lulrin^ pour égayer M. de Lamoignon, qui aimait les gens d'esprit et les recevait volontiers chez lui, à Paris ou à la campagne, dans sa terre de Bâville (2). « Il avoit une belle mémoire, dit Ménage, et, dans les conférences qu'il tenoit chez lui, il payoit bien souvent plus de sa personne, sur-le-champ, que les autres avec toute leur préparation. II aimoit les savans, mais il étoit délicat à les estimer pour tels ; et, si les mœurs ne s'accordoient avec la science, on n'avoit auprès de lui ni crédit, ni entrée. Ce fut pour le divertir, plus que pour autre chose , que M. Boileau parodia quelques endroits du Cid sur Chapelain , Cassagne et La Serre. On en a bien ri partout (3). »
La scène se passe d'abord entre La Serre et Chapelain, que Cassagne vient rejoindre bientôt.
LA SBRRB.
Enfin vous l'emportez, et la faveur du roi
Vous accable de dons qui n'étoient dus qu'à moi ;
On voit rouler chez vous tout l'or de la Castillc.
(1) M. Kervilor, La Bretngne à VAcaflthnie, p. 250.
(2) Giiillaurne de Lamoignon, premier président, mort on 1677. — Sur la part de Boileau dans cette parodie, voy. plus haut. — Le bel hfttel de Lamoignon était situé rue Pavéc-au- Marais, à l'angle de la rue Neuve-Sainte-Catherine. Voy. M. de Guilhermy, Itinéraire archéologique de Paris, p. 383. 1 vol. in- 12, Paris, Morel.
(3) Afenapiana, 1 , 46.
Les trois fois mille francs qu'il met dans ma famille, Témoignent mon mérite , et font connoitre assez Qu*on ne hait point mes vers pour être un peu forcés.
Cette plaisante pièce, où les vers du Cid sont gaiement travestis , fut bientôt entre les mains de tout le monde, à la ville, à la cour, et jusque dans les provinces. Comme le célèbre monologue de don Diègue, celui de Chapelain, lorsque La Serre lui a arraché sa perruque, devint rapidement populaire :
O rage ! ô désespoir ! ô perruque, ma mie ! N*as-tu donc tant vécu que pour cette infamie ? N'as-tu trompé l'espoir de tant do perruquiers, Que pour voir, en un jour, flétrir tant de lauriers?
En 1665, à Clermont, « une troupe de comédiens de campagne » allait le faire siffler jusque chez les Auvergnats , si Fléchier n'eût été là pour sauver le poète d'un tel excès d'humiliation (1).
Les mômes auteurs voulurent compléter ce badinage. Un jour, à table, chez M. Hessein , frère de M'"® de La Sablière , t à l'occasion do la comète qui parut à la fin de l'année 1664, » ils imaginèrent la Mélamoiyhose de la perruque de Chapelain en comète. « Mauvaise allégorie, disait l'un de ces indignes plaisants, parce que les comètes ont des cheveux, et que
(1) Voy. plus haut.
la perruque de Chapelain est si usée , qu'elle n'en a plus (1). »
Boileau est si acharné contre lui , qu'il Taccable de ses railleries et de ses sarcasmes longtemps encore après sa mort; quand son influence n'est plus à redouter, que son empire est bien fini, et que le pauvre poète, comme un roi dépossédé, est définitivement dépouillé de sa royauté littéraire. Comme si le défunt était encore là pour tout voir et tout entendre ; pour recevoir surtout les coups à son adresse, l'implacable vainqueur le poursuit sans relâche ,
Ne trouve en Chapelain, quoi qu'ait dit la satire,
Autre défaut, sinon qu'on ne sauroit le lire ;
Et, pour faire goûter son livre à l'univers ,
Croit qu'il faudroit en prose y mettre tous les vers (2).
De si longues et si rudes attaques ne purent assouvir la vengeance du satirique : il l'avait ridiculisé en vers, il voulut le rendre ridicule en prose. Chapelain fciit assez triste figure avec sa Pucclle, dans le dialogue sur Les héros de roman. L'ouvrage, commencé dès 1664, no parut qu'en 1710. L'auteur s'y moquait de « l'afféterie précieuse, » des fades conversations du Cyrus et do la CléUe\ « et de tout ce long verbiage d'amour, qui n'a point do fin. » Mais, cette fois, Boileau fut clément h sa manière. Par une conrtoisio qui n'est guère dans ses habitudes, il garda son Dialogue « dans sa tête, » et ne le fit imprimer
(!) Boileau, Œu\), compl.y édit. Didot, in-4*, p. 286.
(2) Satire X, Des femmes, 1693, p. 208, édit. Didot, in-4*.
qu'après la mort de M"* de Scudéry : « ne voulant pas , dit-il , donner ce chagrin à une flile qui, après tout, avoit beaucoup de mérite (I). »
Chapelain , du moins , profita de la galanterie : de son vivant, il ne connut pas , ou ne connut que par ouï dire, cette nouvelle charge de son persécuteur. Dans sa jeunesse , Boileau , pour égayer ses amis, aimait à leur lire son Dialogue, rendu plus piquant encore par l'attrait du débit, qu'il avait excellent. « Comme il ne vouloit pas faire imprimer ses satires, raconte liOuis Racine . tout le monde le recherchoit pour les lui entendre réciter... Il savoit contrefaire ceux qu'il voyoit , jusqu'à rendre parfaitement leurs démarches, leui^s gestes et leur ton de voix (2). » Boileau faisait le plus grand cas de son Dialogue et, plusieurs fois, nous apprend-il lui-même, il le récita avec applaudissement dans les meilleures compagnies. « Sous le voile d'une fiction en apparence badine, folle, outrée, où il n'arrive rien qui soit dans la vérité et la vraisemblance, dit l'auteur des Satires et des Epîtres à ses lecteurs, je leur donne peut-être ici le moins frivole ouvrage qui soit encore sorti de ma plume (3). »
Tous les personnages, tous les héros des romans et des pièces alors on vogue, de La Calprenède, de M"« de
(1) Boileau, Œuv, compl., p. 301, édit. Didot. — M"» de Scudéry mourut à Paris le 2 juin 1701.
(2) Mémoires sur la vie de J. Racine, Œuv, compLy p. 7, édit. Didot.
(3) Discours en tôte du Dialogue. — Boileau mourait peu de temps après cette dernière publication, le 13 mars 1711.
Scudéry, de Quinault, de Tabbé de Pure, défilent devant Pluton , et parlent au dieu des enfers , chacun dans son jargon particulier. La Pucelle ne pouvait manquer à cette revue générale. Elle s'avance c si lourde de sa personne et si pesamment armée, n que le monarque a de la peine à reconnaître « la vaillante fiUe, » et la traite avec le dernier sans gêne.
PLUTON
« Je lui trouve la physionomie bien plate, et bien peu digne de tout ce qu'on dit d'elle.
DIOOÈNB.
» Elle tousse, et s'approche de la balustrade. Ecoulons. C'est assurément une harangue qu'elle vous vient faire, et une harangue en vei*s. Car elle ne parle plus qu'en vers.
PLUTON
» A-t-elle du talent pour la poésie?
OIOOÈNB.
» Vous l'allez voir. »
Et voilà que, pour montrer son « talent, » la Pu» celle débite la plus folle fiarangue qu'on puisse imaginer, composée d'hémistiches pris au hasard dans Chapelain , et dont l'effet est du dernier comique. Pluton , ahuri de « ces grands vilains mots, » pousse un cri de douleur, déclare qu'il n'en peut plus, et que sa tête est près de se fendre.
PLUCON.
« Quelle langue vient-elle de parler?
DI06ÈNB.
» Belle demande ! françoise.
PLUTON
» Quoi! c'est du françois qu'elle a dit! Je croyois que ce fût du bas-breton , ou de PaUemand. Qui lui a appris cet étrange françois-là?
DI06ÈNB.
» C'est un poète chez qui elle a été en pension quarante ans durant.
PLUTON
» Voilà un poète qui Ta bien mal élevée.
DIOOÈNB.
» Ce n'est pas manque d'avoir été bien payé , et d'avoir exactement touché ses pensions.
PLUTON
» Voilà de l'argent bien mal employé (t). » C'est le mot deCostar .* a Jugez, après cela, si M. le duc de Ijonguevillo n'a pas bien de l'argent de reste , de donner deux mille livres de pension à un homme comme cela! » Au fond, c'est là le grief éternel de Boileau , compliqué de bon nombre d'autres. Chapelain est c le mieux rente de tous les beaux esprits; > Chapelain jouit grassement des « trois fois mille francs » que le roi met dans sa famille. Cette indigne préférence, obtenue sur d'autres qui valent mieux, le déconcerte» l'irrite et il éclate conti*e celui qui a le
(1) Dialogue sur les Héros de roman^ p. 311, édit. Didot.
grand tort , à ses yeux , d*être plus heureux que ses émules.
Voilà Torigine de la querelle, nous dit Voltaire avec sa sagacité accoutumée : un peu d'envie et de penchant à médire (1)1 Sans doute , « la haine d'un sot livre (2) » n'a pas nui à la colère de Boileau ; les « durs vers » de Pucelain ou Patelin, comme il l'appelle par dérision, lui écorchent les oreilles, et il tient rigueur à Tinfortuné poète des mille outrages infligés par lui à Apollon. Mais tant de quolibets, tant d'épigrammes, des pseudonymes aussi injurieux, une haine aussi tenace, du commencement à la fin de sa carrière, tout cela, chez Boileau , ne peut s'expliquer par une querelle purement littéraire. Dans cette poursuite infatigable, il y eut d'autres motifs : « un peu d'envie et de penchant à médire, » a dit Voltaire, qui a deviné juste. Comme d'ordinaire , l'intérêt personnel ne fut pas étranger à ce long débat ; et Boileau , tout en vengeant le goût public, songea bien à venger aussi ses griefs privés.
« Monsieur Despréaux, est-il dit dans le Bolœana, étant prêt h donner ses satires (3), ses amis lui conseillèrent de n'y point fourrer Chai)elain. « Ne vous y » tromper pas, lui disoit-on, le décri de la Pucelle ne l'a » pas encore tout à fait décrié auprès des Grands. M. de » Montausior est son partisan déclaré; M. Colbert
(1) Mémoire sur la, satire.
(2) Satire IX, 1667.
(3) La première édition est de 1666, et renferme les sept premières satires.
» lui fait de fréquentes visites, i — c Eh ! bien, insistoit » M. Despréaux , quand il seroit visité du pape , je » soutiens ses vers détestables. Il n'y a poiilt de po- • lice au Parnasse , si je ne vois ce poète-là attaché » quelque jour au Mont fourchu. » — Molière qui étoit présent à c^tte saillie, la trouva digne d*étre placée dans son Misanthrope , à l'occasion du sonnet d'Oronte :
Je soutiendrai, morbleu ! que ses vers sont mauvais, Et qu'un homme est pendable après les avoir faits (i). »
Tout cela serait parfait, si nos actions étaient aussi simples ; mais, quand on y regarde de plus près, même chez les plus sincères et les meilleurs, comme Boileau, on s'aperçoit qu'elles sont encore bien mêlées. Voici les faits : il hous paraît difficile de les négliger.
D'abord, tout jeune encore, vers l'âge de vingt ans, Boileau essaya de placer ses débuts sous le haut patronage de rhôtel de Rambouillet. Jadis Corneille y avait été applaudi; Bossuet, presque enfant, était venu y faire admirer sa précoce éloquence. Comme eux, il voulut offrir les prémices de son talent à la célèbre assemblée. Mais le jeune émule de Régnier fut froidement accueilli. On s'intéressa peu à la plaisante description des Embarras de Paris, et aux plain-
(1) Il y a dans Molière :
Je soutiendrai toujours, morbleu ! qu'ils sont mauTais...
(Acte II, se. vu). — Bolœanay p. 151, édit. de 1743. — Le Bolœana fut publié par J. de Moncbesnai, ami de Boileau. Voy. d*Artigny, Mémoires^ I, 300.
tes de Damon , le pauvre diable que la misère réduit à la retraite, et qui, n'étant vêtu que « de simple bureau, »
Passe Tété sans linge et Thiver sans manteau (1).
Cotin surtout et Chapelain, en entendant cette lecture, firent mille façons; ils murmuraient déjà :
C'est un méchant métier que celui de médire (2),
et, par goût autant que par instinct, ils ne jugèrent pas à propos d'encourager le genre satirique. « L'auteur, raconte Daunou, avait été admis à lire ces deux pièces au sein d'une société fameuse , où présidaient la marquise de Rambouillet, et sa fille, la duchesse de Montausier. Là, brillaient Chapelain et Cotin, révérés comme des oracles. Le jeune Despréaux n'eut pas le bonheur de leur plaire ; il n'admira pas non plus leur génie, leur goût, leur savoir. Il sortit de l'hôtel de Rambouillet beaucoup plus satirique qu'il n'y était entré (3). » Despréaux aura bonne mémoire; il se souviendra de cet échec, et saura prendre sa revanche sans retard.
Peu de temps après, en 1660, nouveau mécompte, nouvelle cause d'irritation et de jalousie. Pendant que le jeune satirique était éconduit, un autre poète de vingt ans, le meilleur de ses amis dans la suite,
(1) Les deux satires aujourd'hui séparées, et devenues dans la suite la I** et la VI*, formaient d'abord une seule pièce.
(2) SaUre VII.
(3) Biogr. généralef art. BoUe&u,
était au contraire fort bien reçu de Chapelain. Le € roi des auteurs » cai'essa fort le jeune homme (1), ot loua ses vers qu'il trouva remplis de belles qualités. D*abord, ils avaient un grand mérite : ils ne disaient de mal de personne; de plus, ils étaient tout à fait dans le goût du temps, et enfin, composés en Thonneur de Sa Majesté. Aussi, le sort des deux poètes fut quelque peu différent : Boileau n'eut rien pour ses veUéités satiriques; et, avec les compliments de Chapelain, Racine reçut, de plus^ « cent louis d'or, » de la part du roi. « En 1660, nous dit d'Olivet, tous nos poètes d'alors s'étant évertués sur le mariage du roi , l'ode de Racine fut trouvée ce qu'on avoit fait de mieux (2). » Louis Racine a raconté ces premières relations du futur auteur d'Atlvalie avec le chantre de la Pucelle, Le 'passage va à notre sujet : il vadt la peine d'être cité. « Mon pore, dit-il, très inconnu encore, entra comme les autres dans la' carrière, et composa l'ode intitulée la Nymphe de la Seine. Il pria M. Vitart, son oncle (3), de la porter à Chapelain qui présidoit alors sur tout le Parnasse, et par sa grande réputation poétique qu'il n'avoit pas encore perdue, et par la confiance qu'avoit en lui M. Colbert, pour ce qui regardoit les lettres. »
(1) Racine était né à La Ferté-Milon, Aisne, le 21 décembre 1639 ; il avait alors vingt ans. On sait qu'il mourut à Paris, le 26 avril 1699.
(2) Hist, de l'AcAd. franc., édit. Ch. Livet, II, 329. — La pièce est intitulée : La Nymphe de la, Seine, à la Reine, 1660.
(3) L. Racine se trompe sur le compte de son parent. M. Vitart était, non pas Toncle, mais le cousin-germain de Racine.
Nicolas Yitarty Fonde de Racine, mourut en 1641 . Ce ne fut donc pas lui qui, en 1660, porta à Chapelain rode du jeune débutant ; mais son fils , intendant de la maison de Ghevreuse, comme nous allons le voir, c Chapelain, continue L. Racine, découvrit un poète naissant dans cette ode, qu'il loua beaucoup, et parmi quelques fautes qu'il y remarqua, il releva la bévue du jeune homme, qui avoit mis des Tritons dans la Seine. L'auteur, honoré des critiques de Chapelain , corrigea son ode; et la nécessité de changer une stance pour réparer sa bévue, le mit en très mauvaise humeur contre les Tritons... Chapelain le prit en amitié, lui offrit ses avis et ses services , et non content de les lui offrir, parla de lui et de son ode si avantageusement à M. Colbert, que ce ministre lui envoya cent* louis de la part du roi, et peu après le fit mettre sur Tétat pour une pension de six cens livres, en qualité d'homme de lettres (1). »
Le 5 septembre 1660, Racine écrit à un ami de collège, l'abbé Le Vasseur, à Crosnes (2). Le poète lui annonce qu'en dépit des remontrances de Port-Royal,, et au risque de déplaire à ses anciens maîtres , il va entrer en lice et disputer le prix à de plus célèbres émules. « L'ode est faite, écrit-il , et je l'ai donnée à M. Vitart pour la faire voir à M. Chapelain. S'il
(1) Œuv, compL de Racine, p. 5, édit. Didot.
(2) C'était aussi un ami de Boileau. — Voy. Mémoires sur la vie de J. Racine ^ p. 6. — Crosnes (Seine-et-Oise) , près de Villeneuve-Saint-Qeorges , village oU, d'après Louis Racine, était né Boileau, Mémoires^ p. 6.
n'étoit point si tard, j'en ferois une autre copie pour vous l'envoyer dès demain; mais il est dix heures du soir, et j*ai reçu votre billet à huit. D'ailleni's, je crains furieusement le chagrin où vous met votre maladie, et qui vous rendroit peut-être assez difficile , pour ne rien trouver de bon dans mon ode (1). »
Quelques jours après , le 13 septembre, Racine regrette encore cette absence ; il se plaint d*ôtre privé par là d'avis dont il aurait grand besoin. L'ode est presque imprimée, et les observations de Tami arriveront malheureusement trop tard. « Elle a été monti*ée à M. Chapelain , écrit plaisamment le jeune poète à Le Vasseur; il a marqué quelques changemens à faire ; je les ai faits, et j'étois très embarrassé pour savoir si ces changemens n'étoient point eux-mêmes à changer. Je ne savois à qui m'adresser... J'étois prêt de consulter , comme Malherbe , une vieille servante, si je ne m'étois aperçu qu'elle est janséniste, comme son maître , et qu'elle pourroiT me déceler : ce qui seroit ma ruine entière, vu que je reçois encore tous les jours lettres sur lettres, ou, pour mieux dire, excommunications sur excommunications , à cause de mon triste sonuet. Ainsi , j'ai été obligé de m'en rapporter à moi seul de la bonté de mes vers. Voyez combien votre présence m'auroit fait de bien; mais, puisqu'il n'y a plus de remède, il fauH)ien que je vous rende compte de ce qui s'est passé. »
.Le tf triste sonnet, » premier méfait poétique de
(1) Lettre de Racine, datée de Paris, ce dimanche au aotr, 5 septembre iôôO ; Œuv, compL de Racine , p. 467.
Racine, fut adressé à Mazarin, à Toccasion de la paix des Pyrénées ; il ne nous a pas été conservé. La porte n'est pas grande , si, du moins, on en juge par le ton avec lequel Fauteur se moque de son œuvre. « Je vous . envoie mon sonnet, c'est-à-dire un nouveau sonnet, écrit en 1660 Racine à Tabbé Le Vasseur; car je Tai tellement changé hier au soir , que vous le méconnoitrès... Vous trouviez étrange que la fin fût une suite si différente du commencement. Gela me choquoit de même que vous ; car les poètes ont cela des hypocrites, qu'ils défendent toujours ce qu'ils font, mais que leur conscience ne les laisse jamais en repos : j'en étois de même. J'avois fort bien reconnu ce défaut , quoique je fisse tout mon possible pour montrer que ce n'en étoit pas un ; mais , la force de vos raisons étant ajoutée à celle de ma conscience a achevé de me convaincre. Je me suis rangé à la raison , et j'y ai aussi rangé mon sonnet (1). » Celui-ci, comme l'Ode sur le mariage du roi, avait été composé on cachette, à rinsu de MM. de Port-Royal, qui craignaient beaucoup, pour leur ancien élève , « sa passion démesurée pour les vers (2). »
Le maître janséniste de la vieille servante à laquelle Racine n'osa lire ses vers était Ijouis-Charles d'Albert , duc de Luynes (3). Le prince vivait alors en cénobite , dans une maison qu'il s'était bâtie près de
(1) Lettre de Racine à l'abbé Le Vasseur ; Œuv. compl. de Racine, p. 467.
(2) Mémoires sur la vie de Racine, p. 5.
(3) Né à Paris en 1620, mort le 10 octobre 1690.
Port-Royal-des-Champs. On comprend toute la frayeur de Racine. Evidemment « sa ruine entière » était assurée, si le maître eût surpris, chez Tun des gens do sa maison , une si criminelle passion pour les vers. M. Vitârt, le cousin germain du poète , était intendant des maisons de Chevreuse et de Luynes, réunies ensemble (1). Racine, au sortir du collège, quand il quitta MM. de Port-Royal , fut quelque temps employé de son parent , et demeura avec lui à Thôtel de Luynes, à Paris (2). En 1661, l'intendant envoyait le cousin à Chevreuse, avec mission de veiller aux réparations du château et de payer les ouvriers. Occupation charmante, en vérité, pour un poète, de se trouver ainsi au milieu des maçons et des couvreurs! Ce séjour lui plut beaucoup; et, en témoignage du bon temps qu*il passait dans sa solitude , il datait plaisamment ses lettres de Baby lotie, comme du lieu de sa captivité (3).
Notre auteur , privé du conseil de ses amis, a corrigé sa pièce tant bien que mal , et Ta renvoyée par M. Vitart à son juge. « M. Chapelain , ajoute-t-il , a donc reçu Tode avec la plus grande bonté du monde : tout malade qu'il étoit, il l'a retenue trois jours, et a
(1) Voy. Œuv. compl. de Racine, p. 467.
(2) Situé rue. Saint-Dominique- Saint-Germain, en face do la place Saint- Thomas-d'Aquin. Cette belle demeure appartient encore à la famille de Luynes. Voy. M. de Guilhermy, Itinéraire archéologique de Paris, p. 384. 1 vol. in-12, Paris, Morel,
(3) Une lettre à Tabbé Le Vasseur porte en tête : « A Babylone, ce 27 janvier 1661 ; » Œuv. compl, , p. 469.
fait des remarques par écrit , que j'ai fort bien suivies. M. Vitart n'a jamais été si aise qu'après cette visite; il me pensa confondre de reproches, à cause que je me plaignois de la longueur de M. Chapelain. Je voudrois que vous eussiez vu la chaleur et Téloquence avec laquelle il me querella. Cela soit dit en passant.
» Au sortir de chez M. Chapelain , il alla voir M. Perrault (1), contre notre dessein, comme vous savez. Il ne s'en put empêcher , et je n'en suis pas marri à présent. M. Perrault lui dit aussi de fort bonnes choses qu'il mit par écrit, et que j'ai encore suivies, à une ou deux près, où je ne suivrois pas Apollon lui-même. »
Çà et là, chez notre jeune homme de vingt ans , perce une pointe d'ironie envers les deux puissances littéraires du jour. Il ose murmurer contre « les longueurs de M. Chapelain : 9 ce qui lui attire une verte semonce de M. Vitart, et un sévère rappel à l'ordre; d'un autre côté, il regimbe hardiment contre certaines critiques de M. Perrault. « Je ne suivrois pas Apollon lui-même, » dit-il avec fierté, en homme déjà sûr de lui , et qui discerne nettement ce qu'il y a de bon ou de mauvais dans les avis qu'on lui donne.
« Je ne vous dirai rien de leur approbation, continue Racine, sinon que M. Perrault a dit que l'ode valoit dix fois la comédie (2); et voici les paroles de M. Cha-
(1) Charles Perrault, né à Paris en 1628, mort en 1703. L'auteur des Contes de fées ; de l'Académie française on 1671.
(2) Une comédie dont Racine parle à l'abbé Le Vasseur ; Œuv. compl, de Racine, p. 468.
pelain^ que je vous rapporterai comme le texte de l'Ëvangile^ sans y rien changer. Mais aussi, c'est M. Chapelain! comme disoit à chaque inot M. Vitart. € L'ode est fort belle , fort poétique , et il y a beau- » coup de stances qui ne peuvent être mieux. Si ron » repasse le peu d'endroits que j'ai marqués, on en » fera une fort belle pièce. » Il a tant prié M. Vitart de lui en nommer l'auteur, que M. Vitart veut à toute force me mener chez lui. Il veut qu'il me voie. Cette vue nuira bien sans doute à l'estime qu'il a pu concevoir de moi. »
Voilà qui n'est pas très respectueux pour « M. Chapelain ; » et il ne faudra pas grand'chose , on le sent, pour que Racine passe à l'ennemi, et se rencontre avec Boileaudans un même sentiment de mépris pour l'arbitre des grâces royales. « Ce :qu'il y a eu de plus considérable à changer, continue Racine sur le même ton de raillerie , c'a été une stance entière , qui est celle des Tritons. Il s'est trouvé que les Tritons n'avoient jamais logé dans les fleuves, mais seulement dans la mer. Je les ai souhaités bien des fois noyés, tous tant qu'ils sont , pour la peine qu'ils m'ont donnée. J'ai donc refait une autre stance. Mais, poiché da tutti i lati ho pieno ilfoglio^ adieu (1). »
Dans la suite , Racine oublia cet accueil bienveillant et ces premières faveurs. En 1664 , sans autre souci des bienfaits reçus , le fin railleur se moque de Chapelain et de sa perruque; et, au besoin, aide Boi-
(1) a J'ai rempli toutes les pages ; adieu, o — Lettre du 13 sept. 1660; Œuv, compl. de Racine, p. 469.
leau à aiguiser contre lui quelques-uns de ses traits. Notre satirique avait un frère, appelé M. de Puimorin pour le distinguer des autres, membres de la famille (1). Celui-ci chassait de race , avait de Tesprit comme Gilles et Nicolas , c*est-à-dire de cet esprit à remporte-pièce, qui vous dit brusquement et en face les plus rudes vérités. « Il s*avisa un jour, devant Chapelain , raconte Louis Racine, de parler mal de la Pucelle. C'est bien à vous à en juger ^ lui dit Chapelain , vous qui ne savez pas lire, Puimorin lui répondit : Je ne sais que trop lire , depuis que vous faites imprimer ; et fut si content de sa réponse, qu'il voulut la mettre en vers. Mais, comme il ne put on venir à bout, il eut recours à son frère et à mon père, qui tournèrent ainsi cette répoYise en épigramme :
Froid, sec, dur, rude auteur, digne objet de satire, De ne savoir pas lire oses-tu me blâmer ? Hélas ! pour mes péchés, je n'ai su que trop lire , Depuis que tu fais imprimer (2).
» Mon père représenta que le premier hémistiche du second vers rimant avec le vers précédent, et avec Favant-dernier vers, il vaudroit mieux dire •• de mon peu de lecture. Molière décida qu'il falloit conserver la première façon. « Elle est, lui dit-il, la plus
(1) Boileau de Puimorin, né d'un premier lit, 1625-1683; Gilles Boileau, l'académicien, 1631-1669; Nicolas Boileau, notre poète, 1636-1711 ; l'abbé Jacques Boileau, 1635-1716, chanoine do la Saintc-ChapoUc, en 1694.
(2) Cette épigi'amme, faite en collaboration, n'est pas dans les Œuvres de Boileau. Elle se trouve dans Racine, p. 332.
» naturelle ; et il faut sacrifier toute régularité à la » justesse de l'expression; c'est l'art même qui doit » nous apprendre à nous affranchir des règles de » l'art (1). »
Mais , auparavant, le jeune ingrat eut l'adresse de s'insinuer dans les bonnes grâces de Chapelain. U accepta tout de lui : les conseils > les services, et aussi les*« cent louis de la part du roi. » Louis Racine exulte au souvenir de cette libéralité qui » de bonne heure, attira sur son père l'attention publique, le mit tout à coup hors de pair , et de beaucoup audessus des poètes de son âge. « Les honneurs , s'écrie le fils sur un ton lyrique, soutiennent les arts. Quel sujet d'émulation pour un jeune homme très inconnu au public et à la cour, de recevoir do la part du roi et de son ministre une bourse do cent louis (2) ! »
Tandis que Boileau est absolument négligé, Racine, par la faveur de son Mécène, obtenait un autre avantage considérable. En 1664, il est au nombre des gratifiés j à côté des illustres du temps, ou de ceux qui vont le devenir: Gonrart, Perrault, Corneille, Huet, Fléchier et Quinault. Chapelain ne s'est pas oublié ; il s'est payé doublement , et pour son mérite et pour sa peine. Il eut pour sa part « ces trois fois mille francs > dont se moquèrent bientôt les envieux, accompagnés de cette petite mention, qui n'a rien do désobligeant : « Au sieur Chapelain, illustre
(1) Mémoires sur la vie de J, Racine^ p. 7 ; Œuv. de Racine.
(2) Mémoires ; ibid,, p. 5.
danslapoésieetdansles belles lettres, 3,000 francs (1). » Racine, qui n'était pas aussi illustre, figure sur le môme état pour une somme moindre , une gratification de « six cens livres, » qui lui fut conservée jusqu'à sa mort (2). Une particularité à noter : le futur auteur d'Àndromaque reçut cette gratification , sans avoir été désigné pour cela. Chapelain le connaît depuis 1660, et cependant, son Mémoire de quelques gens de lettres ^ rédigé en 1662 par ordre de Colbert, n'en fait pas la plus petite mention (3).
Pour Boileau , il ne figure ni sur la Liste préparée on 1662, ni sur le Ta^/^au des gratifications accordées en 1664 et les années suivantes. Tant que vécut Chapelain , il fut écarté de toutes les faveurs. L'auteur des Satires, l'ami de Lamoignon, le poète aimé. de liOuis XIV, parut enfin sur l'état des pensions ; mais en 1676 seulement, après de longues années d'attente. 11 y avait déjà plus de dix ans que Racine était au nombre des gratifies. « Au sieur Despréaux, en considération de son application aux beUes-leltres, 2,000 livres (4). » Il ne fut nommé historiographe du roi qu'en 1677; et, pour entrer à l'Académie française, il dut attendre jusqu'en 1685 (5).
Il est facile de deviner quel fut le chef principal de cette opposition formidable ; celui qui eut assez do
(1) Voy. lo tableau do ces gratifications annuelles dans les Mémoires de Colbcrt, édit. Clément, vol. V, p. 4G0 et suiv.
(2) Mémoires do Colbert, p. 467.
(3) Voy. Mémoires de Sallongre, II, 31 et suiv.
(4) Liste de 1616 ; Mémoires de Colbert, V, 489.
(5) Boileau fut reçu le !•' juillet 1685.
puissance et de crédit pour faire échec à la fortune de Boileau, et empêcher l'effet des bonnes dispositions du roi. Notre satirique a beau tempêter, les grâces ne continuèrent pas moins de tomber sur les seuls amis de Chapelain : l*abbé de Pure , Gombauld, Cassagne, Desmarets de Saint-Sorlin. liO jeune poète fut outré de dépit : amour-pi»opre ou intérêt , peut-être les deux ensemble, il s'indigna contre celui qui osait de tels choix, et patronnait ouvertement c cette foule effroyable de rimeurs affamés. »
La protestation irritée de Boileau , ce cri de colère et de rancune , a disparu des dernières éditions des Satires ; mais il se trouve dans les premières. Impossible de se tromper sur le sens du passage , écrit au moment où le roi, nous dit l'auteur lui-même, « donna plusieurs pensions aux gens do lettres (1). » Boileau s'en prend à Chapelain ; il s'en prend aussi à ce fameux frère Gilles, sourd à la voix du sang , et qui a étouffé en son cœur tout sentiment d'amour fraternel, pour aller faire lâchement sa cour à celui qui tient la feuille des bénéfices littéraires. Le poète salue avec joieces royales libéralités, qui vont enfin « tirer Phébus de l'hôpital; » mais en môme temps, il le déclare fièrement , il préfère renoncer à tout , plutôt que de consentir à admirer la Pucelle :
Enfin, je ne saurois, pour faire un juste gain , Aller, bas et rampant, fléchir sous Puceiain. Cependant, pour flatter ce Rimeur tutélairo , Le frère, en un besoin, va renier son frère ;
(1) En 1664.
Et Phébus en personne y faisant la leçon , Qagneroit moins ici qu'au métiec de maçon ; Ou, pour être couché sur la Liste nouvelle, S*en iroit chez Billaine admirer la Pucelle (1).
Dans la premiëro édition , Pattague avait été plus timide, et Boileau s'était montré plus clément. 11 s'était contenté de désigner Chapelain par la première lettre de son nom :
Aller, bas et rampant, fléchir sous G*** (2).
Cette vive tirade fut supprimée plus tard : c'est vraiment dommage; il y a là une page d'histoire littéraire qui porte sa date avec elle, et prouve en outre, comme nous l'avons dit, que Boileau fut bien un peu vexé do n'avoir pas été « couché sur la liste nouvelle. » Oh ! sans aucun doute, et sous aucun prétexte^ le satirique n'eût voulu vanter les méchants vers de la Pucelle ; mais, ce n'est pas le calomnier, il les eût trouvés moins mauvais, ou il no l'eût dit ni si haut, ni si fort, si Chapelain ne lui avait infligé l'affront le plus sanglant, celui de l'exclure d'une liste où 11 admettait l'abbé de Pure, Scudéry , Cassagne et Cotin.
(1) Satire Z'», édit. de 1669. Paris, Louis Billaine, Denys Thierry, Frédéric Léonard et Claude Barbin, p. 11.
(2) Edit. de 1666 ; Paris, Claude Barbin.