I.e sot qui te l’a prise est plus volé que toi
Ces positions-là, mon cher, sont très-communes ;
De beaucoup de maris j’ai vu les infortunes,
Et je ne connais rien de plus désobligeant Que d’étre, par sa femme, aimé pour son argent!
La mienne n’avait rien... qu’un grand nom, l’habitude Du luxe, du plaisir... Moi, j’avais mon étude...
J’étais riche... Crois-tu que, consultant son goût,
Elle m’ait épousé pour mes beaux yeux ? Du tout !
Elle a fait... ce que font les autres... c’est l’usage... Comme on traite une affaire, on traite un mariage; Quant à l’amour, il vient... plus tard, ou ne vient pas. Monsieur demeure en haut... madame loge en bas... Monsieur n’est pas content... madame est mécontente; Souvent madame pleure, et monsieur s’en tourmente... Voilà précisément notre histoire à tous deux ;
Ma femme est malheureuse, et je suis malheureux. Ainsi, console-toi ; ma part vaut bien la tienne ;
Avant, après... toujours il faut que l’on y vienne:
Et, tandis que l’amant, comme toi dédaigné,
Est fier au moins d’avoir un moment seul régné; L’infortuné mari qui n’a pas connu même La douce illusion de croire un jour qu’on l’aime,
Se trouve tout à coup réduit à soupirer...
Devant des pistolets... qu’il ne sait pas tirer!
MAU RICE
Que dis-tu ?
BEYNAL.
J’en suis là, mon pauvre ami.
.MAUBICE.-
Ta femme !...
A CTI' I.
REY> AL
a Étoile de ma vie, idole de mon âme!... »
Voilà les jolis vers qu’un de mes bons amis,
Le premier, le meilleur... où donc les ai-je mis ?...
Et je ne dirais rien !
MAURICE
' Heynal, je t’en conjure 1 RE YN AL.
Tu veux?...
MAURICE
Non... comme toi je ressens ton injure...
Mais avant de se plaindre, avant de s’emporter.
Il faut, je crois...
REYNAL
Tu crois qu'il faut encor douter!...
0 Étoile de ma vie!... »
MAURICE
As- tu des preuves?
Cela ne suffit pas ?
Diable î
MAURICE
Sans doute... il est probable Que ton ami... Pourtant, tu le sais comme moi. Nous avons mille fois écrit ça...
R EYNAL.
Pas moi... toi !
MAURICE
Et de mes mauvais vers, de ta mauvaise prose. Il ne résultait rien, ou du moins peu de chose.
LKS ENNEMIS DE LA MAISON
Tant qu’un amant écrit, il n’est pas dangereux;
On supprime cela dès que l’on est lieureux.
RE Y N AL
Alors je dois bénir ces vers .. dont l’impudence!... Maurice, j’avais mieux reçu ta confidence.
Ah ! de mon amitié ne doute pas ainsi !
J’étais prêt à partir, Reyrial... je reste ici.
Ta femme est ma cousine. . un insolent l’offense,
Sois tranquille !... c’est moi qui prendrai sa défense ! S’il est vrai que le fat, dans un lâche dessein...
Je sais me battre, moi.
HEYNAL.
Que dis- tu, cher cousin?
•MAtî RICE.
Je voudrais que ce filt. ..
HEYNAL
Hein?
MAURICE
Pour avoir en face
Un homme à qui parler... un homme à qui...
RE YN AL
De grâce
Prends garde!.. Je le crois très-bon tireur.
MAURICE
Tant mieux !
HEYNAL.
Il faudrait voir pourtant, avant tout, de nos yeux... Toi-mème tu m’as dit, Maurice, que peul-élre. .