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CHAPITRE VII

LES CALCULS VÉSICAUX

O N a fêté, il y a quelques mois, à propos du centième anniversaire de sa naissance, le souvenir d’un grand chirurgien qui se nommait Félix Guyon. Il s’occupait tout spécialement — et avec quelle maîtrise ! — des affections qui mettent à mal notre appareil urinaire, ce précieux exutoire dont la moindre atteinte devient un péril pour notre santé, quand ce n’est pas pour notre vie. On a rappelé, à cette occasion, la stupéfiante virtuosité avec laquelle Guyon pratiquait, notamment, la lithotritie, c’est-àdire le broiement des calculs de la vessie. J’ai eu l’avantage d’assister, il y a bien longtemps, à ce spectacle prestigieux et je ne puis que contresigner les expressions dont s’est servi, pour le décrire, le professeur Legueu, dans le beau discours qu’il consacra à la mémoire de son maître : « Pour lui, c’était un jeu toujours sérieux; pour les assistants, c’était un escamotage éblouissant; pour les malades, c’était la certitude de la guérison. » Je me hâte d’ajouter que Guyon a beaucoup d’autres titres à notre admiration et à la reconnaissance des malades que celte technique très étudiée, servie par une dextérité merveilleuse.

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Le broiement des pierres dans la vessie est une opération relativement moderne, puisqu’elle fut imaginée par Civiale, il y a environ cent ans. Or, il y avait jadis encore plus de calculeux que nous n’en comptons aujourd'hui. Les médecins de ces époques plus ou moins lointaines, avant d’en venir aux opérations que l’on pratiquait alors, avaient tenté, ne fût-ce que pour trouver des méthodes de traitemént plus Anodines, d’éclaircir le mécanisme par lequel se forment ces pierres insolites. Leurs raisons, d’abord purement inacceptables, finirent par devenir plus logiques. Nous avons continué ces recherches et s’il est certain qu’il reste encore quelque inconnu dans la question, il est intéressant de savoir à quel degré de connaissance nous sommes actuellement parvenus.

Les pierres de la vessie ne sont, la plupart du temps, si l’on ose dire, qu’un moment de la lithiase urinaire, ce qui revient à dire qu’avant de se trouver dans cet organe, les productions en question se sont formées le plus souvent ailleurs et cet ailleurs est le rein. Laissant de côté, pour le moment, ceux de ces calculs qui naissent directement dans le réservoir vésical, essayons d’expliquer la genèse de concrétions de ce genre en un point quelconque de ce que l’on nomme volontiers l’arbre urinaire.

Ces calculs sont formés de sels qui, normalement, se trouvent dissous dans l’urine et qui proviennent de la désintégration de nos matériaux alimentaires. Ce sont, en premier lieu, les urates, puis les oxalates, enfin les phosphates, les deux premiers se rencontrant fréquemment dans une même pierre. Pour que les calculs naissent, il faut donc que l’urine laisse déposer ces matériaux, qu’en général elle retient en dissolution.

La grande raison que l’on invoque pour comprendre cette précipitation est que ces sels sont en excès dans le liquide chargé d’expulser au-dehors tous les déchets dont notre organisme n’a que faire. Si leur proportion y est trop considérable, c’est qu’il y a quelque part un vice dans le fonctionnement de nos appareils, ceux qui, justement, produisent lesdits déchets. C’ést cet excès qu’il s’agit de tirer au clair.

Besogne difficile. Nous savons qu’il est des gens qui fabriquent trop d’acide urique, mais nous ne savons pas encore définitivement pourquoi. Cependant, nous observons que ces personnes appartiennent à la grande famille des arthritiques, qui comprend les goutteux, les migraineux, les diabétiques et les calculeux. Nous n’ignorons plus que, dans ces lignées, mal partagées, l’arthritisme, dont j’ai dit jadis 1 comment nous concevons présentement son origine, se signale d’une façon fort diverse suivant les individus. Tous ces maux, grands et petits, sont, pour ainsi dire, interchangeables. L’homme aux pierres succède à l’homme aux migraines qui, lui-même, descendait d'une diabétique ou d’un goutteux. La destinée de ces arthritiques est d’expier toujours quelque surmenage, personnel ou ancestral, et de préférence un surmenage digestif. Le calculeux est souvent, en effet, un homme qui mange et boit de façon abusive, mais c’est parfois la faute de ses ascendants qu’il paye, plus que la sienne.

Quel que soit, en cette aventure, le coupable, notre arLhritique, dans le cas présent, fabrique donc de l’acide urique et de l’acide oxalique en excès. Le

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