‹ Les ennemis de notre santéChapitre 16 sur 37 · Voir Pour bien se porter, p · texte numérisé non relu

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UNE MALADIE A ÉCLIPSES : L’ACRODYNIE. 91 font qu’un. Passons en revue les solutions que l’on en a proposées.

La seule certitude que l’on puisse avoir, c’est que la partie de l’organisme qui reçoit" le choc est le système nerveux et il le subit dans ses deux constituants, l’axe cérébro-spinal, cerveau et moelle, et cet ensemble complexe que nous connaissonsaujourd.’hui sous les épithètes de végétatif, autonome, sympaLhique. A l’atteinte du système central ressortissent les désordres psychiques, les ébauches de paralysie; au second les troubles circulatoires, les lésions des extrémités, les anomalies des grandes fonctions vitales. Mais quel est l’agent de cette redoutable emprise?

La première idée qui vient est évidemment celle d’une infection et, par conséquent, d’un virus. Virus filtrant, bien entendu, parce que nous sommes dp notre époque et surtout parce que, malgré des recherches très assidues, on n’a jamais pu mettre en cause un microbe visible. Virus neurotrope, en outre, c’est-à-dire ayant un faible accusé pour le tissu nerveux. Ce virus est-il particulier à l’acrodynie? Ce n’est pas de la sorte que l’enquête semble conclure, si' l’on est partisan de cette hypothèse infectieuse. On a observé qu’il y avait bien des points de contact entre cette maladie et une autre, l’encéphalite épidémique, et l’on a pensé que le même virus pouvait bien provoquer l’une et l’autre. Cependant, à côté des ressemblances, il y a des différences marquées. N’entrons pas dans le détail, constatons seulement que la bénignité pour ainsi dire constante de l’affection dont nous parlons rend déjà la supposition un peu hasardée.

Alors on s’est rabattu sur le virus de la grippe. On l’a chargé de tant de responsabilités qu’une de

plus ne coûte pas cher. Ce ne sont pas quelques phénomènes de catarrhe, observés parfois au début de l’acrodynie, qui suffisent à donner une certitude. Passons donc.

A défaut d’un virus infectant, ne pourrait-on songer à une intoxication? Un toxique peut donner les mêmes accidents qu’un microbe, puisque celuici, en réalité, n’agit que par les poisons qu’il répand autour de lui.

11 est curieux de constater que cette explication fut la première en date. Gayo.1, en 1828, incriminait déjà une intoxication alimentaire et s’en prenait tout spécialement au mauvais pain que l’on mangeait, paraît-il, à cette époque. Il faut se souvenir, à cet égard, que certains médecins, parmi lesquels il convient de citer M. Veillard, attribuaient, il y a environ cinq ans, l’apparition de l’encéphalite épidémique à la consommation de farines dans la confection desquelles entraient soit le haricot de Birmanie, soit certains pois du Japon. D’autres ont parlé du maïs, comme dans la pellagre. Ces hypothèses ne cadrent pas, paraît-il, avec les recherches de laboratoire. Je ne fais que les indiquer.

Faut-il attribuer une importance plus grande au rapprochement qui a été fait entre l’acrodynie et une maladie qui sévit cruellement au moyen âge et dont on a observé encore quelques cas au dix-neuvième siècle? On l’appelait Feu Saint-Antoine ou Mal des Ardents. Celui-ci était, en réalité, beaucoup plus grave que la maladie dont nous nous occupons, mais avait avec elle des similitudes, en ce sens qu’il était caractérisé par des brûlures ressenties aux pieds et aux mains. Seulement il aboutissait fréquemment à la gangrène, à la mutilation, sinon à la mort, et ce n’est que dans des cas très exception-

UNE MALADIE A ÉCLIPSES : L’ACRODYNIE. 93 nels que la gangrène a été notée chez les acrodyniques. Le Feu Saint-Antoine a été attribué avec juste raison, dit M. Chaurnartin dans une thèse pleine d’intérêt, à une intoxication par le seigle ergoté. Il faut penser que de nos jours et dans nos pays une telle origine n’est plus possible.

D’autres ont voulu voir dans l’acrodynie une intoxication par l’arsenic. Ils se basent sur la ressemblance de quelques symptômes avec ceux que l’on a signalés en 1883 chez un grand nombre d’habitants de Hyères empoisonnés par du vin qui renfermait de l’arsenic. Encore une hypothèse qui se heurte à de grandes difficultés.

Soyons complets, ou à peu près. On a encore, étant donné l’importance des sueurs dans l’acrodynie, pensé à une forme spéciale de la suette miliaire, dont on a connu des épidémies nombreuses en Angleterre et dans quelques provinces de France. On a — il faut être moderne — émis la supposition qu’il y avait là-dessous quélque nouveau tour de ces glandes à sécrétion interne dont l’importance, dans le bon fonctionnement de notre organisme, croît à mesure qu’on les connaît mieux. L’affinité de ces petits appareils avec le système sympathique aiguillait les recherches de ce côté. Rien de tout cela qui soit démontré.

Mystérieuse dans ses disparitions et ses retours, dans sa nature et son origine, l’acrodynie réserve encore aux chercheurs bien des surprises peut-être et en tout cas bien du travail. Pour ma part, je ne saurais terminer ce chapitre autrement que par un point d’interrogation. Ce n’est ni le premier, ni sans doute le dernier.

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