L’ŒUF DIFFAMÉ
I l court, depuis quelque temps, sur les œufs, des bruits sinistres. Au xvm e siècle, si l’on en croit Salgues, les élégantes et les petitsmaîtres les redoutaient comme échauffants et nuisibles au teint. Aujourd’hui on les dit toxiques, dangereux pour le foie, on affirme qu’il n’en faut plus manger. On doit voir, au début, dans ces assertions extravagantes, une preuve de plus de la facilité avec laquelle le public répand, généralise et aggrave l’opinion professée un jour, dans une circonstance particulière ou elle se légitimait, par quelque médecin de renom. Epris de nouveauté, il ne manque pas de faire un sort, sans se préoccuper des contingences, à celles qui bousculent tant soit peu les idées admises. Comme il est quelques médecins qui sont public sur ce point et pour qui le magister dixit est une foi qui ne saurait être discutée, comme certains, dans des cas bien étudiés, ont souscrit à l’ostracisme, l’autorité des uns et des autres renforce la rumeur révolutionnaire. Et c’est ainsi que l’on voit de pauvres hères se priver volontairement d’un mets précieux à tant de points de vue et, chose plus