‹ Les ennemis de notre santéChapitre 26 sur 37 · L’OEUF DIFFAMÉ · texte numérisé non relu

L’OEUF DIFFAMÉ

manifester qu’au bout d’un temps très long et par des signes qu’il est ardu d’attribuer à cette cause. J’en prendrai pour exemple l’athérome artériel de certaines religieuses dénoncé par M. Lemoine (de Lille). Ces faits ne rentrent pas, à proprement parler, dans notre sujet.

Les œufs, même bons, sont-ils susceptibles de contenir des microbes qui nous joueraient ensuite les tours pendables dont ils sont coutumiers? Dans de remarquables travaux, M. Artault a montré que ce soupçon était fondé. Cependant ce n’est que pour des œufs mal conservés, soumis à l’humidité ou nettoyés sans précautions que la chose est possible. Elle rentre, elle aussi, dans la catégorie des exceptions. D’ailleurs les microbes incriminés paraissent rarement dangereux et il reste à savoir si l’action des sucs digestifs ne suffit pas à leur enlever toute nuisance.

Nous arrivons ainsi à ce que l’on appelait jadis l’intolérance, à ce que l’on nomma ensuite l’idiosyncrasie, à ce que l’on étiquette à notre époque du grand mot d’anaphylaxie. Je n’ai nullement l’intention de discuter à cette place cette question embrouillée et difficile sur laquelle on a écrit des volumes sans se mettre d’accord. Si l’on sait à peu près aujourd’hui, grâce surtout aux travaux d’Auguste Lumière, quel est le mécanisme des accidents anaphylactiques, il serait peut-être abusif de penser que nous pouvons relier aisément les faits que je tente d’exposer à cette magistrale conception.

Toujours est-il que ces sujets, que l’on disait autrefois être trop sensibles à telle ou telle substance, poison, aliment, médicament, sont considérés aujourd’hui comme « sensibilisés », ce qui, même au point de vue typographique, n’est que

bien peu différent. Il est donc des hommes qui sont sensibilisés aux œufs comme d’autres aux fraises, à l’odeur des roses, ou à l’antipyrine. Il est même probable que certains enfants apportent cette sensibilité en naissant puisqu’on a pu, par des artifices de laboratoire, la démontrer chez des nourrissons qui n’avaient, de leur courte vie, absorbé la moindre parcelle de blanc ou de jaune. Cette intolérance est le plus souvent fugitive. Pour s’en débarrasser, il suffit de s’adresser aux méthodes de « désensibilisation » qui ont fait leurs preuves dans d’autres domaines : donner l’œuf par quantités extrêmement minimes ou encore employer des substances comme les peptones et sous les formes les plus diverses. Il est toutefois des sujets chez lesquels cette cure ne réussit pas. La sensibilité exagérée résiste à tous les efforts. Chez ceux-ci, il ne faut pas insister. Ce sont peut-être les seuls pour lesquels nous ferons un aveu d’impuissance. Ils ne courent pas les rues, soyez-en sûrs.

Nous abordons maintenant un autre côté de la question, le plus important peut-être. Dans tout ce que je viens de dire, il est sous-entendu que les accidents ou les troubles ont éclaté à la suite de consommation d'œufs bons et frais. Avec ceux qui ne répondent pas à cette définition, nous entrons dans un domaine différent et qui est sans doute celui qu’il convient surtout d’explorer.

Il y a d’abord les œufs pas frais, ç’est-à-dire ceux qui sont plus ou moins bien conservés. Ce point de vue n’est pas, à vrai dire, d’actualité, car il aurait pu sans doute être envisagé à d’autres époques. D’autre part, nous avons la parole de M. Martel qui nous certifie que toute garantie est présentement donnée au public par les mireurs-jurés et par une

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