UNE DES FACES DU PROBLÈME DE LA TUBERCULOSE
Q ue la science soit en perpétuel devenir et que nous ne connaissions rien que nous puissions tenir pour définitif, c’est ce que nous constatons sans difficulté dans tous les domaines du savoir humain. Mais c’est sans doute les sciences biologiques qui nous en offrent les exemples les plus nombreux et les plus évidents, et ce sont elles, certainement, qui sont encore le plus éloignées du stade de la certitude. Je n’en veux pour preuve que la difficulté que nous éprouvons à résoudre l’un des problèmes les plus essentiels - que nous propose la tuberculose, c’est à savoir la façon dont on la contracte.
Nous vivons et nous agissons en ce moment d’après une conception qui est enseignée dans toutes les écoles et qui semble être devenue une sorte de dogme, comme s’il pouvait exister des dogmes en matière de pathologie. Commençons par tenter un résumé de cette opinion que Ton peut dire classique.
La tuberculose est une maladie infectieuse, qui, comme toutes les infections, peut se transmettre de sujet malade à sujet sain. Elle est au premier chef
LE PROBLÈME DE LA TUBERCULOSE. 193 contagieuse et l’hérédité ne compte, dans sa naissance, que pour une quantité négligeable. Les recherches les plus modernes ont bien démontré qu’en dehors de la forme habituelle de microbe (bacille de Koch) que l’on rencontre dans la tuberculose des animaux commfe dans celle de l’homme, le germe peut se présenter sous une autre forme, filtrante, autrement dit assez petite pour traverser tous les filtres et susceptible, en conséquence, de passer à travers la barrière du placenta, c’est-à-dire de l’organe qui unit la mère à son enfant, mais sous cette forme il n’a aucune action nocive qui puisse entrer en ligne de compte. Tout au plus, dans des occasions rarissimes, voit-on le nouveau-né succomber très rapidement à une infection tuberculeuse apportée en naissant. Cette constatation, tout à fait exceptionnelle, ne saurait rivaliser avec le mode habituel de contamination, qui est la contagion.
Celle-ci s’effectue par l’intermédiaire des excrétions des phtisiques, surtout quand ces produits sont desséchés. On admet qu’elle puisse être réalisée aussi, mais bien plus rarement, par les gouttelettes de salive projetées par le malade. Encore ce dernier mécanisme exige-t-il une très grande proximité des deux sujets et une fréquence de ce contact à courte distance qui ne se trouve guère que dans le cas de la mère et de son enfant.
C’est, en effet, l’enfant qui est le plus souvent victime de la contagion. Quand celle-ci survient dans les premières années, l’enfant présente une infectioji plus ou moins sérieuse à laquelle, le plus souvent, il résiste. Cependant, si les réinfections se multiplient, si elles se font à dose massive — et c’est le cas dans certains milieux, — si l’organisme est affaibli par d’autres maladies infectieuses, si
interviennent des causes secondaires puissantes comme l’alcoolisme, la misère, le taudis, etc., l’infection demeurée latente jusque-là se réveille, la résistance due à la première imprégnation cède et alors éclate la tuberculose de l’adolescent ou de l’adulte qui n’est, en conséquence, qu’une reprise de l’infection primitive.
La contagion entre adultes est, en effet, moins fréquente. Elle existe cependant et on en a la preuve dans les contagions conjugales qui atteignent à la fois le mari et la femme, l’un d’entre eux étant malade et l’autre indemne lors du début de leur union. On la rencontre encore dans les cas de contagion familiale, c’est-à-dire dans ceux où un tuberculeux contamine ses proches parents habitant avec lui.
Cet exposé trop sommaire et incomplet sur beaucoup de points ne peut se- terminer que par cette conclusion pratique que la lutte contre la tuber-. culose est, de façon à peu près exclusive, une lutte contre le bacille. C’est lui que l’on doit pourchasser partout où il peut se rencontrer, autrement dit chez le phtisique et autour de lui. C’est surtout les enfants que l’on doit, bien entendu, protéger contre ses atteintes et, d’autre part, il convient de prendre vis-à-vis des tuberculeux avérés des mesures de précaution. Du nombre- est l’isolement dans des établissements ou des services spéciaux, comme la désinfection minutieuse de ce dont ils se sont servis. 11 est, d’autre part, nécessaire de combattre le taudis, l’alcoolisme, l’alimentation insuffisante, le surpeuplement, parce que ces erreurs sociales favorisent la dissémination du microbe et font qu’il a la part belle dans des organismes affaiblis dont elles détruisent la résistance naturelle. -