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LE PROBLÈME DE LA TUBERCULOSE

La négation de toute influence héréditaire n’est cependant pas aussi absolue que nous venons de le dire. Quelques-uns acceptent une hérédité de second plan. Ceux-là font état de ce fait d’observation courante que les enfants de tuberculeux deviennent plus facilement malades que les autres. Ce n’est pas seulement, ajoutent-ils, parce qu’ils ont été plus continuellement en contact avec des sujets atteints, et bien des faits le démontrent, mais parce qu’ils ont apporté en naissant non le bacille lui-même, mais une sorte de prédisposition. On a même signalé certains stigmates sur lesquels je n’insiste pas et qui caractériseraient justement cette plus grande aptitude naturelle à contracter la maladie. En d’autres termes il n’y aurait pas, suivant une expression consacrée, hérédité de graine, mais hérédité de terrain.

Cependant, un certain nombre de savants considèrent que, sauf le cas du très jeune enfant, rien ne démontre la contagiosité de la tuberculose et que celle-ci n’existe probablement pas. Cette opinion n’est d’ailleurs pas nouvelle. Elle a été soutenue par des hommes comme Laennec, Grisolle, Peter, Revillod, Requin, etc. Les découvertes de Villemin et de Koch ont semblé ruiner à jamais cette façon de voir, mais ceux qui l’adoptent à l’heure actuelle estiment que ces expériences ne réalisent pas les conditions qui peuvent présider à la contagion dans la vie courante : leur importance indéniable dans notre marche vers la connaissance de la vérité ne dépasse pas les murs des laboratoires et ne vaut pas en clinique.

On a pu lire récemment un volume émanant d’un savant des plus éminents de l’heure actuelle,

Auguste Lumière, volume qui fait de façon remarquable le procès de l’opinion que je viens de résumer et que j’ai cru pouvoir appeler classique. On peut s’étonner que cet ouvrage n’ait pas donné lieu à de plus amples critiques, étant donné la valeur des arguments sur lesquels s’appuie la conception de l’auteur. On me permettra de le résumer à son tour, puisqu’il constitue l’exposé d’une autre façon de comprendre le problème.

Lumière ne nie nullement la possibilité d’une contagion de l’enfant pendant les premiers temps de sa vie. II s’inscrit en faux, par exemple — et il n’est pas le seul à l’époque présente, — contre la contagion entre adultes et notamment contre la contagion conjugale dont je parlais plus haut. Il sied de reconnaître que son argumentation est souvent impressionnante. Ses enquêtes cliniques comme ses recherches statistiques lui ont démontré, en effet, que la proportion des époux devenus tuberculeux ne dépasse pas celle que fournit le calcul des probabilités, celle qui, d’après ce'lui-ci, existerait même si la contagion était inopérante. Les innombrables dossiers qu’il a dépouillés lui ont prouvé que, dans la très grande majorité des cas, l’époux sain demeure sain même si son conjoint est malade.

Autre raison de nier la contagion : si elle existait réellement, elle devrait faire comme premières victimes — et combien nombreuses — ceux qui sont en perpétuel contact avec les tuberculeux, c’est-àdire les médecins, les infirmiers, les étudiants et surtout ceux qui soignent spécialement cette catégorie de malades. Or, il n’en est rien. Peter disait déjà : « Il n’y aurait plus ni médecins, ni étudiants en médecine, ni gardes-malades, nous serions tous morts ou mourants. »

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