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LE PROBLÈME DE LA TUBERCULOSE

L’auteur du livre que je résume discute également la valeur des excrétions desséchées en tant que véhicule de cette contagion supposée et, s’appuyant sur les travaux antérieurs comme sur les siens propres, il conclut que cette imputation n’est légitimée par rien, que les expériences démontrent, au contraire, qu’elle n’est nullement fondée.

Cependant, il faut bien que le microbe de la tuberculose, pour exercer ses ravages, vienne de quelque part, et Lumière n’hésite pas à dire qu’en cette affaire l’hérédité est la grande source du mal. Nous verrons tout à l’heure quelles atténuations il faut apporter à cette affirmation, au premier abord émouvante.

Le grand argument de l’auteur en ce chapitre est le suivant : en général on nie l’hérédité tuberculeuse en s’appuyant sur l’exemple de personnes manifestement atteintes et dans l’ascendance desquelles on ne peut trouver de sujets malades. Or, cette recherche des sources possibles est trop souvent faite dans des conditions parfaitement insuffisantes. On se contente d’interroger les parents, qui déclarent n’avoir jamais présenté aucun symptôme, ou même de demander au malade lui-même s’il est à sa connaissance que ses parents aient été des tousseurs, aient craché du sang, aient maigri, etc. Il faudrait, pour se donner une certitude, s’y prendre d’autre façon et rechercher le mal chez le père et la mère par une investigation minutieuse et assez souvent malaisée qui comporte non seulement l’interrogatoire, mais aussi l’auscultation soigneuse et la radiographie des ascendants. Si l’on procède de la sorte, on constate que, dans presque tous les cas où cette enquête est réalisable, on trouve chez l’un des deux parents, sinon chez l’un et l’autre, des

signes indéniables d’une infection tuberculeuse qui a été plus ou moins accusée, parfois bénigne, et dont il est souvent très admissible que les intéressés ne se soient pas eux-mêmes aperçus. Cette atteinte a même pu être très courte : il suffit toutefois que ces parents aient procréé pendant qu’elle évoluait pour qu’ils aient pu transmettre ce regrettable héritage à leurs enfants.

Voyons maintenant par quel enchaînement de circonstances la tuberculose peut apparaître plus tard chez ces derniers. C’est ici qu’interviennent les atténuations très importantes auxquelles j’ai fait allusion.

Ce que les parents transmettent à leurs enfants, d’après cette façon de voir, ce n’est pas le bacille que l’on rencontre dans les lésions humaines, le bacille de Koch (quand il en est ainsi, cas très rare, c’est une mort extrêmement rapide du nouveau-né que l’on enregistre), c’est justement cette forme filtrante que nous ont appris à connaître les travaux de Fontès, de Vaudremer et de quelques autres, forme qui peut traverser la barrière du placenta. Or, sous cette forme, le germe tuberculeux n’est pas virulent et ne saurait provoquer la maladie. L’hérédité n’est donc pas fatale, bien loin de là. Très souvent, au contraire, le bacille reste tel, non dangereux, et l’enfant de tuberculeux demeure indemne. Mais lorsque interviennent, s’ils le font à un moment donné, ces éléments secondaires dont j’ai parlé, en premier lieu l’alcoolisme, puis la vie antihygiénique, le manque d’air et de soleil, l’alimentation insuffisante, le taudis, le surmenage, alors le terrain devient favorable à une évolution du germe qui, dans ce milieu à vitalité amoindrie, revient à la forme classique du microbe et acquiert

LE PROBLÈME DE LA TUBERCULOSE. 199 de ce fait la virulence qui lui faisait jusqu’alors défaut.

Ajouterai-je que, imbu du plus loyal esprit scientifique, Lumière ne donne pas sa façon de voir comme la solution définitiye du problème? Il se déclare prêt à l’abandonner le jour où elle lui sera démontrée fausse et où on lui prouvera que. ses recherches et ses expériences ne sont pas valables. Jusqu’à présent, ainsi que je l’ai fait remarquer, les critiques sont demeurées rares.

Entre l’arbre et l’écorce, ai-je besoin de le dire, je n’ai garde de mettre le doigt. J’ai voulu seulement exposer deux thèses qui paraissent, au premier abord, nettement opposées l’une à l’autre. J’ose cependant émettre timidement cette opinion que si elles diffèrent essentiellement du point de vue scientifique pur, elles n’aboutissent pas, du point de vue pratique, qui reste le plus intéressant, à des enseignements essentiellement contradictoires.

Hippocrate disait déjà que tout phtisique naît d’un phtisique. Il ne disait nullement que tout phtisique en engendre un ou plusieurs autres. La transmission du germe, dans les conditions où elle interviendrait dans la théorie que nous venons de voir, n’entraîne pas non plus l’hérédité obligatoire; l’éventualité ne se réalisera que si d’autres facteurs entrent en jeu, facteurs contre lesquels, au demeurant, nous ne sommes nullement désarmés. La lutte actuelle contre la tuberculose, avons-nous dit, comporte le combat contre le surpeuplement, la mauvaise hygiène, la misère, l’alcoolisme surtout (Landouzy, l’un des tenants de la conception classique,. disait que l’alcool « fait le lit de la tuberculose »). Il n’y a rien à changer et l’on admet de part

et d’autre que cette hygiène aux divers chapitres doit être une arme de premier ordre qui gagnerait encore à devenir plus efficace.

La contagion joue, d’après les deux façons d’envisager le problème, chez le nouveau-iré du fait surtout de sa mère malade. Continuons donc, comme on le préconise présentement, à séparer, en pareil^s, la mère et l’enfant.

D ? autre part, on pourrait penser que l’opinion professée par Lumière et d’autres est plutôt consolante si l’on réfléchit que, classiquement, on admet que la plupart des enfants subissent de bonne heure une première infection contre laquelle le plus grand nombre réagit énergiquement. N’a-t-on pas avancé que plus de 50 0/0 des hommes (d’autres ont même donné une proportion plus élevée) ont été atteints à un moment quelconque de leur existence? La perspective n’est-elle pas encore plus navrante que celle qui nous montre la tuberculose transmise à l’homme par hérédité? Des deux parts ce sont donc les éléments dits secondaires qui ont la grande importance.

Si la doctrine de la non-contagion était démontrée valable, elle aurait pour effet, par contre, de dispenser de quelques précautions très assujettissantes et de réduire le rôle de la désinfection et de l’isolement On cesserait dès lors de considérer le tuberculeux comme un être dangereux dont éloigne une grande méfiance et que cette espèce d’ostracisme gêne énormément dans l’existence.

Quant au traitement de la tuberculose, il ne serait pas, pour autant, modifié le moins du monde. La meilleure façon de permettre à l’organisme frappé de résister consisterait toujours à lui procurer repos, grand air, soleil, nourriture suffisante, traitement,

LE PROBLÈME DE LA TUBERCULOSE. 201 suivant l’expression consacrée, hygiéno-diététique, qui est réalisé de façon parfaite dans les sanatoriums. Tout au plus pourrait-on dispenser de cette cure en établissements spéciaux ceux qui sont susceptibles par eux-mêmes^de se l’assurer personnellement. Puis, comme traitement actif, nous continuerions à nous servir d’un certain nombre de médicaments et des ressources d’une chirurgie plus ou moins énergique, depuis le pneumothorax artificiel jusqu’à la thoracoplastie dont j’ai parlé dans un précédent volume 1 .

Il ne semble donc pas que la conception exposée par Lumière et renouvelée, grâce aux découvertes les plus récentes, de conceptions beaucoup plus anciennes, étayée, d’autre part, sur des recherches originales, entraîne des conséquences très révolutionnaires soit dans les idées du public, soit dans dans la conduite des médecins. Il reste seulement qu’elle ouvrirait une voie un peu différente aux investigations scientifiques, qu’elle ferait au laboratoire une part peut-être plus restreinte et que •la clinique en prendrait une importance plus grande, ce à quoi bon nombre de médecins ne verraient peut-être pas d’inconvénients.

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