‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 100 sur 146 · I. Ii2 janvier · texte numérisé non relu

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langes à M'" de Sévigiié de Tadmiralion de colle dame et de l'enthousiasme de la cour, dont elle exprime les sentiments autant que les siens : « Mithridate, écrivail- » elle \ est une pièce charmante : on y pleure, on y est » dans une continuelle admiration; on la voit trente » fois, on la trouve plus belle la trentième que la première. » Uobinet, sauf le style, ne s'exprime pas autrement. Il devait pourtant avoir sur le cœur la mauvaise fortune de Fulchérie qu'il avait célébrée dans sa Gazette, et où il avait trouvé une si « noble critique» du genre et du poète à la mode. Cependant, il s'abstint, en parlant de Mithridate, de toute attaque, de toute insinuation, et il semble l'admirer aussi franchement que la cour '^.

Seul Visé resta lidèle à son système de dénigrement, tl il retrouva, pour rendre compte de Mithridate, l'ironie dont il avait assaisonné sa critique de Bajazeti « J'aurais, » dit-il, longtemps à vous entretenir, s'il fallait que je » rendisse un compte exact des jugements qu'on a faits » du Mithridate de M. Racine. 11 a plu comme font tous » les ouvrages de cet illustre auteur. » .\insi Visé commence par reconnaître le succès de la pièce; mais cet aveu renferme une protestation rendue plus claire par d'autres passages voisins sur le C/^orfa^cdeTh. (iorneille et sur le Démarate de Boyer. Visé, ne pouvant contester les triomphes de Racine, a pris le parti de les rejeter sur des cabales, sur un fol engouement, sur la bonne fortune de l'auteur, La tragédie de Mithridate prouve clairement, au jugement de Visé, la force de « la préoccupation favorable à l'auteur ». Il a complètement bouleversé l'histoire: il a ridiculement travesti le carac-

t. Le 2-i février.

-2. LeUre du 25 février 1673.

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tère de Milhridale ; mais ii'a-t-il pas toute licence, et n'est-il pas, quoi qu'il fasse, assuré de plaire? « Quoi- » qu'il ne se soit quasi servi que du nom de Milhridate, » et de ceux des princes ses fils et de celui de Moninie, » il ne lui est pas moins permis de changer la vérité des » histoires anciennes pour faire un ouvrage agréable, » qu'il lui a été d'habiller à la turque nos amants et nos » amantes. Il a adouci la grande férocité de Milhridate, » qui avait fait égorger Monime sa femme, et, quoique » ce prince fût barbare, il l'a rendu en mourant un des » meilleurs princes du monde. Il se dépouille en faveur » d'un de ses enfants de l'amour et de la vengeance, » qui sont les plus violentes passions où les hommes » soient sujets, et ce grand roi meurt avec tant de » respect pour les dieux qu'on pourrait le donner pour » exemple à nos princes les plus chrétiens. « Visé conclut par des louanges ironiques comme son début : « Ainsi M. Racine a atteint le but que doivent se pro- » poser tous ceux qui font de ces sortes d'ouvrages, et È les principales règles étant de plaire, d'instruire et de » toucher, on ne saurait donner trop de louanges à cet » illustre auteur, puisque sa tragédie a plu, qu'elle est )) de bon exemple, et qu'elle a touché les cœurs. » Il semble que ce dernier trait soit une allusion à la préface de Bérénice. Racine y disait à propos des règles, an nom desquelles on attaquait sa pièce : * la principale y> règle est de plaire ot de loucher; toutes les autres ne » sont faites que pour parvenir à cette première. « A la règle de plaire et de toucher, Visé ajoute à dessein celle d'instruire. Mithridate l'a si bien remplie! La mort de ce roi est si chrétienne, et la tragédie tout entière, qui nous enseigne à vaincre les passions les plus violentes, est de si bon exemple !

Voyons cependant ce qu'il faut penser des deux cri-

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4i(|ues de Visé. (Icrles cllos sont graves, et Racine était bien loin d'y souscrire, lorsijue, dans sa première prélace, après avoir rappelé la céléhrité de son héros « dont » la vie et la mort font un(î partie considérable de l'his- » loire romaine, » il écrivait cette phrase : « excepte « quelques événements que j'ai un peu rap|)rochés par « le droit que donne la poésie, tout le monde reconnaîtra 1) aisément (jue j'ai suivi l'histoire avec beaucoup de » fidélité. » Il se croyait bien sûr de lassentirnent des lecteurs; car, sans s'arrêter à prouver celte assertion, il justifia seulement par l'autorité de Florus, de Plutarque, de Dion et d'Appien, le dessein moins connu de .^lithridate, et sijïuala l'influence de ce plan gigantes(|ue sur la révolte de Pharnace et de l'armée, et sur la mort du héros.

Mais apparemment la critique de Visé avait trouvé des approbateurs; car Racine, dans l'édition de 167fi, ajouta à sa pré'^ace plusieurs passages destinés évidemment, bien que le ton ne soit pas celui d'une apologie ni d'une répli(|ue, à défendre les points contestés de sa tragédie. Le i)remier paragraphe fut fortifié des lignes suivantes : « Il n'y a guère d'action éclatante dans la vie » de Mithridate qui n'ait trouvé place dans ma tragé- « die. J'y ai inséré tout ce qui pouvait mettre en jour » les mœurs et les sentiments de ce prince, je veux dire « sa haine violente contre les Romains, son grand cou- » rage, sa finesse, sa dissimulation, et enfin cette jalou- « sie qui lui était si naturelle, et qui a tant de fois coùU* )i la vie à ses maîtresses. » A l'appui du dessein prêté à Mithridate, le poète apporla encore une citation de Dion T-assius*; enfin il passa en revue les trois autres personnages de sa tragédie, Moninie, Xi phares et Pharnace,

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