‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 109 sur 146 · Act. IV, se · texte numérisé non relu

Act. IV, se

Va, père indigne d'elle, et digne fils d'Atréc, Par qui la loi du sang fut si peu révérée, Et qui crut connue toi faire un exploit fameux ' Au repas qu'il dressa du corps de ses neveux ; Soûle -toi du plaisir de voir les mains sanglantes, Dti vertneil animé de ces roses vivanles. Mais garde de m'en faire une leçon pour toi 1 Cette main peut pécher contre la même loi ; Et par ton propre exemple à toi-même funeste, Venger sur toi mon sang et celui de Thyeste !

IIMII(,KME. ±H:\

Dans le coeur d'un héros do. sa gloire jaloux; Portez If coup inortf'l sans crainte qu'il nrétoiini'.

Et (|iiim(i sa mèi'o dcmaiulo quo la (il!e d'Ilélèue soil punie du criuic de sa mèi'e, Ipliigénie proteste; elle ne veut pas qu'llermione lui ravisse sa gloire. Et cependant elle aime Achille! elle a fait à sa confidente Clytie un long aveu de sa passion ! Malgré un vœu qui la consacrait au service de Diane, elle n'a pas résisté « aux regards languissants, aux timides soupirs » du héros; le respect pour les droits de la déesse, la crainte de sa colère n'ont point combattu ce sentiment profane, et aujourd'hui la voilà empressée de mourir !

L'Achille de T^e Clerc « qui , suivant le critique » anonyme, fait un peu plus le héros que celui de » l^acine, d'autant qu'il n'est pas si amoureux, » est sans doute, en dépit de ces éloges, le personnage le plus faible de la tragédie. En apprenant l'arrivée prochaine d'Iphigénie, il avoue à Ulysse les sentiments que la jeune lille lui inspire :

Ah ! je brûle déjà du désir de la voir !

Cette jeune princesse a des charmes si doux!

riysse, pour refroidir cette ardeur, déclare à Achille «m'iphigénie est consacrée au culte de Diane, et

Que l'aveugle tyran des hommes et di*s dieux

No peut rien sur sou cœur, pouvant Inul par sos yux.

Cette confidence, loin de décourager Achille, l'excite tincore par l'attrait de la difficulté :

Que sa conquête, Ulysse, honorerait Achille ! Klle est digne de lui, plus elle est difficile.

Il y a quelque différence entre ce langage et celui de rAchille de Racine. Il n'y en a pas moins dans la scène où il promet son appui à Ctylemnestre, et dans celle où il presse Iphigénie d'autoriser ses efforts. Dans l'une, sa colère s'exprime bien faiblement; dans l'autre, la déclaration de son amour, l'aveu d'Iphigénie, viennent bien mal à propos refroidir la situation et y mêler l'expression d'une tendresse de comédie. Enfin, nous l'avons déjà dit, il n'est pas plus impétueux dans sa querelle avec Agamemnon. Si le critique anonyme le trouve plus héros que l'Achille de Racine, qu'est-ce donc pour lui que l'héroïsme?

La longue préface de Le Clerc se termine par ((uelqùes lignes à l'adresse de Coras et de ceux qui lui attribuaient une grande part dans la tragédie. Le Clerc, quoi qu'en dise l'épigramme, est trop content de la pièce, même après l'épreuve de la représentation, pour ne pas combattre vivement cette erreur. Il tient surtout à détromper le critique, si bienveillant pour la seconde Iphigénie, mais si mal instruit de son véritable auteur, puisqu'il l'attribue à Coras. A quoi se réduisent toutes ces suppositions? Le Clerc va nous le dire : a Comme » je ne suis pas d'humeur à m'enrichir du bien d'autrui, » je dirai au lecteur qu'il y a dans tout le cours de cette » tragédie environ une centaine de vers épars çà et là À que je dois à M. Coras et que j'ai choisis parmi quel- » ques autres ((u'il avait laits en quelques scènes dont » je lui avais communiqué le dessein. C'est ce qui a fait » croire à celui qui nous a donné des remarques sur les » deux Jphifiêtiie et à quelques autres qu'il était l'auteur » de l'ouvrage. Je lui céderais volontiers toute la gloire » qu'on pourrait en espérer, si je ne croyais la devoii- » au changement que j'y ai apporté par l'avis de per- » sonnes éclairées et pom* (\n\ j'ai toute sorte de défé-

» rence. » Ainsi, (lu'on ne s'y Ironipo pas, Le Clerc ne doit rien à cette (jollaboralion ; ce n'est pas pour avoir emprunté les vers de Corasj mais pour les avoir changés (prit a réussi; Coras n'a rien à réclamtM" dans une gloire (ju'il a failli compromettre. Voilà l'homme dont l'abbé d'Olivet dit « qu'il poussait la modestie jusqu'à l'humilité »; voilà l'aveu que l'historien de l'Académie regarde comme une preuve éclatante de cette vertu. Il admire que Le Clerc se soit cru forcé de déclarer « qu'un misé- » rable poêle, connu seulement par la satire, lui a fourni « une centaine de vers ». Quelle sévérité de conscience! (juel miracle de probité ! En vérité, les frères Parfaict ont bien raison de répondre à d'Olivet : « Cette déclarais» lion pourrait être regardée plutôt comnu' une marque « de la mauvaise foi de M. Le Clerc envers M. Coras, » que l'on savait dans le monde avoir part à VIphigénk' ï) en question, et (jne M. Le Clerc cherchi' ici à réduire » à peu de chose. » En outre, l'homme qui, en cent passages, a copié textuellement ou suivi de près les vers lie Hotrou sans en dire un mot dans sa préface, qui évidemment s'est inspiré plus dune fois de Hacine, tout <'n prétendant que les deux œuvres n'ont de commun (jue le titre et les scènes puisées dans Euripide, est fort .siisj)ect, lorsqu'il conteste un fait aussi accrédité que la collaboration de Coras.

Quant au mérite relatif des deux auteurs, les frères Parfaict paraissent aussi d'un avis forl opposé à celui de l'abbé d'Olivet : < En supposant, disenl.-ils, que les cent » vers les plus passables appartiennent à M. Coras, il » lîuidra convenir que le surplus est du dernier détes- « table. » Cette conclusion est bien justifiée parles nombreux plagiats de Le Clerc. Que lui reste-t-il donc dans la tragédie? Tout ce qui est emphatique et banal, plat et incorrect, tout ce qui rend la pièce insipide dans son

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ensemble, et encore moins soutenable à la lecture qu'elle ne l'était à la scène.

Dans l'année qui suivit celle où parurent les deux Iphigcnie, Racine réunit pour la première fois ses œuvres publiées jusque-là séparément, et donna ainsi à ses coii lemporains l'occasion d'étudier et de suivre le merveilleux progrès de son talent depuis la Thébaïde jusqu'à Iphigénie. Mais, en même temps, un de ses ennemis profitait de cette publication pour reprendre dans une critique générale les principales objections des Saint- Evremond, des Boursault, des Subligny, des Villars, des Robinet, des Visé, contre les neuf pièces du poète. En eiïet, l'allégorie satirique de Barbier d'Aucour, Apollon vendeur de Mitliridate, ou Apollon charlatan n'est pas autre chose qu'une reproduction en vers badins de ce qui avait été dit de plus violent et de plus injuste contre le génie et les ouvrages de Racine, avec des attaques à sa personne et à son caractère. 11 ne faut chercher dans cette satire aucune vue nouvelle ; il ne faut pas s'attendre non plus à ce que l'auteur fasse grâce à Racine sur quelques points, même sur le style. Il décrie tout, condamne tout, sans aucun souci d'impartialité et de justice. Le ton est partout celui de la haine; on y sent partout cette amertume et ce fiel, caractère des luttes religieuses comme des rancunes politiques.

Barbier d'Aucour ne s'est pas mis en frais d'imagination pour son allégorie : il lui a suffi de jouer spirituellement sur le nom de Racine et sur quelques autres, comme ceux de Port-Royal, de Le Maître de Sacy, de Champmesié, de Molière. Sur ce thème ingénieux, il a écrit plusieurs centaines de vers libres, racontant dans tous ses détails Ihistoire de cette misérable plante pour laquelle Apollon a conçu une si folle tendresse, et analysant en homme habile et expert tous les sucs extraits

de cette racine doucereuse. Voici le début de la pièce :

Un juui', dans h' sacré valluii Qu'airost'iit îes eaux du l'tMinosse, Le capricitnix Apollon Conçut pour une plante une folle tendresse. Et pour lui donner un renom, Ce grand pi peur en médecine Vendit au son du violon Cette misérable Racine.

11 remonte à l'iiunible origine de celle racine :

D'abord sous un vieux mur de mousse revêtu,

On la vit s'élever de terre, Et passer, en rampant comme le faible lierre.

Pour une plante sans verlu.

Mais Port-Royal et Le Maître de Sacy l'ont cultivée: grâce à eux, elle a porté une fleur hérissée d'épines, dont l'ingrate devait déchirer la main qui la forma:

Mais par la vertu sans égale

D'un Mailre de nom et de fait Qui répandit sur elle une liqueur lioijale, Elle sortit enfui de son être imparfait,

El poussa hors du sein de l'herbe

Certaine (leur fière et superbe,

Qui vint en pointe de buisson

Déchirer la main délicate

A qui cette petite ingrate

Devait son art et sa façon.

11 est vrai que la racine se corrigea bien de cette rudcsar piquante réservée à ses seuls bienfaiteurs : elle se polit par V étude île plus d'un jardbiier français: elle s'adoucit jusqu'à faire l'oflice

l»e 1.1 rarini' de réglisse.

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C'est ainsi que Barl)ier arrive au développemeiil de la <;ritique tant de fois reproduite contre Racine, et qu'il llétrit pareillement du titre de Céladons tous les personnages de son théâtre :

Son suc est daiigeicux à prendre.

Voyez commo i! endort dans un honteux n-pos

Les princes, les rois, les héros,

Sur les hords du fleuve de Tendre.

.\u lieu d'inspirer aux grands cœurs

De tant de célèbres vainqueurs L'amour de la vertu, le désir de la gloire,

Il déshonore leur victoire Pai' de faibles soupirs et par d'indignes pleurs.

Comment donc s'expliquer la vogue de cette insipide racine? Ce n'est pas d'elle-même que lui venaient ses vertus :

Mais elle avait, dit-on, des vertus sans pareilles, Depuis que dans un Champ orné de mille fleurs ' Elle empruntait l'éclat d'une assez belle Rose -,

Qui, la comblant de ses faveurs, La fit passer souvent pour une bonne chose.

r»arbier d'Aucour reproduit ici une critique souvent adressée à Racine pnr ses envieux. C'est aux acteurs, et surtout à la fameuse Champmeslé, qu'il doit ses succès et sa gloire. Ainsi le déclare Fontenelle et beaucoup d'autres. M"" de Sévignc', rendant compte à sa fille de la tragédie de Bajazet, voudrait envoyer à M"" de Grignan la Champmeslé pour lui réchauffer la pièce.

Après ces généralités, le critique passe en revue les

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