Ghanipnieslé
"î. Ici sans doute, l'auteur jonc sur le nom du présiient Kose, ^-ecrétairc du roi.
H'HIGENIE. -289
pièces de Ilacine, en commençant par la Thébdide, œuvre ()in lie lui appartient que de nom :
Car, pour iliri; la vérité, l'hcwbus par la racine en fut si peu la cause, Qu'Apollon par un autre avait tout inventé-
Cet autre, nous l'avons vu, c'est Rotrou, à qui Hacine avait fait d'abord un emprunt qui disparut à l'impression.
A propos d'Alexandre, Barbier ne manque pas de reproduire les critiques de Sainl-Evremond. Il reproche ;ui charlatan d'avoir
Rempli d'une vertu si rare
Un prince indien et barbare Qu'il eut plus qu'Alexandre et d'esprit et de cœur, Et fit voir un vaincu plus grand que son vainqueur.
Mais rien n'égale, pour la finesse et l'urbanité, l'appréciai ion d' Andromaque :
La racine s'ouvrant une nouvelle voie Alla signaler ses vertus
Sur les débris pompeux de la fameuse Troie, Et fit un graïul sol de Pyrrhus, D'Andromaque une pauvre bête Qui ne sait où porter son cœur, Ni mônic où donner de la tète,
D'Oreste, roi d'Argos, un simple ambassadeur.
Qui n'agit toutefois avec le roi Pylade Que comme avec un argoulet.
n reconnaît dans ces vers toutes les crili<iues de la Folle Querelle. Barbier n'oublie pas non plus la grave irrévérence dont Racine s'est rendu coupable envers un poète encore populaire, il paraît, en dépit de Malherbe
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et de Boileau: il reproche à railleur d'Andromaque d'avoir disposé, maliïré la Franciade, des destinées du jeune Astyanax,
Et, pour changer la catastrophe, Donné des soufflets à Ronsard.
Barbier n'est pas plus content de la comédie des Plaideurs, et il est heureux de faire du succès tardif de cette œuvre spirituelle un échec complet et lamentable. Il ne se donne pas la peine de formuler longuement son arrêt contre Britannicus ; il lui suffit de dire en passant qu'Apollon
Porta sa Racine dans Rome, Où, se montrant cruelle avec peu de raison. Contre Britannicus, qui n'était qu'un jeune homme,
Elle fit l'effet du poison.
A propos de Bérénice \ il n'oublie pas de reprocher à Racine les soupirs et les larmes de Titus. Il n'oublie pas non plus le mot de Chapelle, et il prend plaisir à reproduire et h commenter cette épigramme qui avait été, dit-on, sensible au poète :
0 nocière Junon, faut-il qu'elle périsse ! Compatissez de grâce à l'amoureux supplice
De cette pauvre Marion,
Qui gémit, qui pleure et qui crie,
Tant elle veut qu'on la marie.
t. Cependant, dans les Sentiments de Cléanlke (2<= partie), en réfutant Villars, qui avait publié contre lui une Apologie du P. Bouhours, il témoigne moins de mépris pour Bérénice et pour Racine : « Par quelle raison, dit-il, aurions-nous échappé au censeur do deu.i » excellents poètes, dont l'un n'a pas daigné lui répondre et l'autri- » n'a dit qii'en deux mots pourquoi il no lui répond pas ? »
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On devine que le mot do Corneille aura lourni à Barbier toute la matière de son jugement sur Bajazet. Comme Visé et Robinet, il accuse les Turcs de Racine d'être des Français. Il critique aussi, comme M"'" de Sévi gné, la grande tuerie de la fin :
Lorsque la fureur turque eut joué de son reste, Toute leur séquelle en pleura; Mais c'était aussi grand dommage Que tant de gens morts à la fois Qui n'étaient Turcs que de visage, Car pour les mœurs, pour le langage.
C'étaient des naturels françois.
Arrivant à la tragédie de Mithridate, l'auteur plaisante agréablement sur la verhi du mithridate, qui n'a pu garantir le roi de Pont du suc pernicieux de la racine. Comme toujours, il se borne à reproduire des critiques déjà faites :
Apollon, plus puissant que mille opérateurs,
Déterra Xipluirès, ressuscita Monime,
Dont ce prince (Mithridate) avait fait une double victime.
Et vint, malgré la mort et ses pâles froideurs.
De deux fanldmes vains rallumer les ardeurs.
Reste Iphigéuie, qui était encore dans sa nouveauté, et dont l'ironie même de Rarbier constate le succès. Molière est mort : Apollon, ne pouvant plus égayer son empire, prend le parti de le plonger dans la douleur, et, par le moyen de la nouvelle tragédie, il le noie d'un déluge de larmes :
Mais, à propos de pleurs, je me suis laissé dire Que ce maître Apollon, n'ayant plus de quoi rire Depuis qu'il a perdu l'usage du mohj (Molière), Qui fut un simple si jnly.
D'un déluge de pleurs va noyer son empire. En effet, sa. Racine attendrit tant de cœurs, Lorsque d'Iphigénie elle anime les charmes, Qu'elle fait chaque jour, par des torrents de larmes. Renchérir les mouchoirs aux dépens des pleureurs.
Puis Rarbier attaque l'invention d'une seconde Iphigénie :
La fausse est distillée avec la véritable ; Est-il rien de si pitoyable?
Il n'est pas plus satisfait du dénoûment :
Mais là fille d'Agamemnon, N'est donc pas la victime? Non.
La Racine est assez hardie Pour la garantir du trépas.
Une autre doit mourir, quoi que Calchas die ; Le sujet de la tragédie Est celle qui ne mourra pas.
Quant aux caractères, voici ce qu'il en pense : Iphigénie
De l'innocente Agnès a l'air et la parole, Hors qu'en son caquet doucereux La belle enfant affecte un style Qui marque un cœur plus langoureux Et moins digne du grand Achille.
Ulysse soutient mal son caractère, et
Se borne à sign,iler son éloquente voix Par un récit patibulaire.
Mais Clylemnestre, et ses fureurs, et son désespoir? Mais les cruelles agitations d'Agamemnon? Mais la
colère impétueuse d'Acliill<'? Rarbicr ne juge pas à propos d'en parler; il aura tout dit par ces vers :
Amis, pourquoi donc la pleurer (Iphigénie)? Vous feriez mieux de séparer Son père et son amant qui sont prôts ù se battic.
Il ne manque à celte appréciation qu'un dernier trait, l'éloge de la tragédie de Le Clerc. Mais l'auteur, épuisé par un effort si long, par une inspiration si sublime, est pressé d'en finir, et sa pièce se termine brusquement l)ar une piquante antilbèse :
Tout beau, répond Phœbus à cr. (ioniituu' d'avi:*,
Ne troublez pas le cours des pleurs que j'ai fait naître ;
Des petits et des grands nos secrets sont suivis ;
Je suis bon charlatan, si je ne suis bon maître.
On voit combien celte satire, dont nous avons cité les passages les plus saillants, est pauvre et vide. Cependant, il ne manqua pas de gens pour la célébrer. Les frères Parfaict témoignent qu'on la regarda « comme le modèle » d'une critique badine», et l'on trouverait encore cette opinion dans quelques dictionnaires bistoriques qui l'ont acceptée sur parole, sans en vérifier la justesse. Les frères Parfaict sont bien plus vrais quand ils la jugent « mal imaginée, plus mal conduite, pleine d'allu- T) sions froides, et très-faiblement versifiée ». En somme, cette pièce n'a d'intérêt qu'en nous montrant l'acbarnement de certaines baines qui poursuivaient Racine. Elle nous prépare à tout attendre d'ennemis si passionnés. Par là elle nous conduit à la cabale qui fut l'effort extrême et l'assouvissement le plus complet de leur fureur : après la concurrence de Le Clerc, après la satire envenimée de Barbier d'Aucour, l'intrigue montée contre Phi'dve semblera moins prodigieuse.