I. Chansons Iml., t. VUI
Itnciiic, de ton Mhalie
Lo public fait hioii pou de ca».
Ta famille eu est auol>iio,
Mais ton nom uo le sera pais. (P. 113.)
La note niaïuiscrile dit que Racine fut nommé gentilhomme ordinaire comme récoinpciise.
Nous avons déjà cité plus haut (p. 391) un Tragmenl d'une autre ch;inson sur le même sujet. On se rappelle ces \en quiJa terminent :
Quoi ! faut-il voir un si grand roi Entre les mains de l'auteur d'Athalie! (VII, 358.)
34 i i: S T 11 Eli ET ATIJALIE.
qui s'annonçait sous de si mauvais auspices. Comment lire une tragédie qui n'avait pu être représentée même à Saint-Cyr? comment regarder comme sérieuse une œuvre faite pour des enfants et qui apparemment avait paru trop faible, trop insipide, même pour des enfants? comment s'intéresser à une action dont les principaux personnages étaient une vieille femme, un enfant et un prêtre? C'est ainsi que la pièce fut condamnée sans jugement; et, la malignité aidant, partout se propagea et s'établit cette opinion que la duchesse de Bourgogne invoquait en 1702 : « Athalie est une pièce froide, dont > Racine lui-même s'est repenti. » Ce fut un fait acquis, incontestable. Les trois représentations de Versailles ramenèrent peut-être quelques personnes ; mais les suffrages de ce public restreint et d'ailleurs suspect de complaisance ne pouvaient casser un arrêt qui semblait celui de tout le monde. Peut-être si, à la suite des représentations de Versailles, la pièce eût été donnée à Paris, les applaudissements de la cour eussent entraîné ceux de la ville; mais les comédiens ne purent avoir la pensée de jouer cette tragédie faite pour la maison de Saint-Cyr. Le privilège d'Esther était accordé aux dames de Saint-Cyr et portait « défense à tous acteurs » de représenter la pièce » ; sans doute, celte interdiction que Racine lui-même avait sollicitée, s'étendait également à Athalie.
Ce fut, on le sait, après la mort de Louis XIV, et par l'ordre du régent, qu'en 1716 Athalie parut sur le théâtre. Le succès fut aussi durable qu'éclatant, et dès lorr, la pièce remonta, dans l'admiration des contemporains, au rang qui lui était dû. Cependant les circonstances ne furent pas sans influence sur cette révolution du goût public. Comme dans Esther, les allusions firent leur eflet : Joas figura le jeune roi Louis XV, échappé
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comme par miracle h la mort qui avait enlovi'! coup sur coup presque; tous les héritiers de Louis \IV. En s'iutéressant au sort de cet enfant, « unique espérance des » juifs, précieux reste de David, en qui résidait tout « Israël », on s'attendrit sur ce l'rèle souverain, dont la chétive enfance inspirait tant d'alarmes, cl semblait à des yeux injustement prévenus menacée encore par d'autres dangers. Ce qui est certain, c'est que les représentations de [\iris furent décisives : Athalic devint la tragédie à la mode, on la représenta non-seulement sur les théiUres, mais dans les couvents et dans les pensions ', et le temps n'était pas loin où un grand écrivain, un grand poète, allait en faire l'objet journalier de son étude, et la proclamer le chef-d'œuvre de notre scène.
llacine, que les manœuvres de ses ennemis, secondées sans doute par le goût du temps, privèrent de celte joie, eut encore à subir d'autres humiliations. Il vit des poètes fort pauvres et aujourd'hui fort justement oubliés recueillir le privilège danmser et d'instruire les jeunes pensionnaires de M""" de Maintenon, et remplir une tâche pour laquelle ses ennemis se plaisaient à dire (ju'il avait été insuflisanl. Kn effet, nous savons par le témoignage positif de U'"' de Caylus i\u'Athalie ne fut pas le terme des exercices dramali((ues de Sainl-Cyr : « On fit après, dit-elle, à l'envi de M. Uacine, plusieurs » pièces pour Saint-Cyr, mais elles y sont ensevelies. » Dans le nombre, elle cite la Judith de Boyer, et elle témoigne que l'abbé Testu, académicien ennemi de Boileau et de Racine, fit faire cette pièce à son confrère et y travailla lui-même. Boyer, dans son orgueilleuse l)réface, ne parle ni de cette collaboration, ni de cette