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JrOKMKNTS r.ÉNÊKAlX. 857
» (!l avec combien de grùce il la prononça. ICI le fut in- 1) teiTompue par des applaudissements fré(|uemmenl » réitérés; et, comnK^ il en em|)loya une [)arti(^ à élever » le mérite de M. Corneille, il lut aisé de connaître qu'on » voyait avec plaisir, dans la bouche d'un des plus » fïrands maîtres du théâtre, les louantes de celui qui a » porté la scène française au degré de perfection où » elle est. »
V\\ an après la publication de ce mémoire, le rédacteur d'un autre journal littéraire donnait aussi un éloge de Corneille, et y joignait un jugement étendu et séparé sur Racine. C'est Baillet, laborieux compilateur, à qui l'on doit plusieurs recueils de biographies et des ouvrages proprement historiques *, et qui a été ([uehjuefois combattu par les contemporains, car .Ménage composa contre lui un mi'moire intitulé Anii-BaiUel. Pendant deux ans (KiS'), KiSO), il publia une sorlcule revue littéraire sous ce titre : Jugements des savants sur les principaux ouvrages des auteurs; et c'est dans ce recueil que sont appréciés les deux célèbres poètes lragi(|ues du dix-septième siècle. Le grand malheur de Baillet, comme au reste de Bayle lui-même, quand il aborde la littérature, c'est de connaître peu et mal ce dont il parle, c'est d'emprunter à droite et à gauche des jugements parfois contradictoires, et de s'appuyer souvent sur des autorités bien faibles. Qui croirait, par exemi)le, (jue, dans son éloge de Corneille, il s'avise d'invoquer le sentiment de Pradon, et de citer tout au long quehjues pages des Nouvelles Remarques? Il admet, sur la foi du même auteur, que « l'habileté des acteurs a fait tout le mérite
1 . Histoire des enfants devenus célèbres par leurs études et par leurs écrits (1685). Vies des S«i>Ws (1701). Baillcl, d'nbord curé de village, fut appelé à Paris par M. de Lamoignon, dont il devint ic bibliothécaire.
» et la réputation des tragédies de Racine, et que Cor- » neille seul porte et conserve partout ses ornements » solides ». La question valait la peine d'être examinée par Baillet lui-même ; il pouvait ouvrir un recueil des pièces de Racine, et s'assurer « si les grâces et les » beautés qu'elles avaient sur la scène » ont en elï'et disparu, ou, comme il dit, « sont toutes péries » dans les livres. Mais il ne s'avise jamais de contrôler ni même de concilier entre eux les témoignages sur lesquels il se fonde. Pour condamner le théâtre, et combattre la peinture de l'amour, qui « semble privilégiée sur notre » scène », il emprunte ses arguments au P. Rapin et à l'abbé de Villiers. Pour juger Racine, il s'appuie sur Saint-Évremond, sur Perrault, sur le Mercure, sur tous les auteurs que nous avons passés en revue, sans s'inquiéter même de savoir si les critiques adressées aux premières pièces de Racine, et notamment à Alexandre, peuvent légitimement être étendues à toutes les autres. C'est ainsi qu'il admet comme un fait général que l'auteur de Britannicus et de Mithridate a altéré le caractère des plus grands héros de l'antiquité : il fait de cette altération le système de Racine et le sujet principal du débat entre les partisans des deux poètes.
Mais si Baillet donne cette appréciation si rigoureuse et si contestable dans sa généralité, ce n'est pas qu'il ait aucune opinion personnelle dans le débat et qu'il soit un adversaire de Racine. Il écrit cette phrase empruntée à Boileau : « Tout le monde est très-persuadé que de- » puis que M. lîacine a paru sur le théâtre, on s'est j> trouvé tout consolé de l'absence de M. Corneille ^ » Il ne se prononce pas entre « ceux qui soutiennent que
El seul de tant d'esprits
De Corneille vieilli sait consoler Parit.
,ii;r.KMi;NTs oênKiiaux. 351»
» Uacine a parfailcment rempli la place du ^rand Cor- » neille, et ceux qui ne lui donnent que le second rang» . Ilnfin, ce qui est plus grave, il a accopl«'; ôl il présente (îomme conclusion de son jugtunont sur les deux poètes un parallèle qui contredit tout le reste et qui atteste à <thaque ligne une préférence marquée pour Hacine.
(iC parallèle est l'œuvre du baron de Longepierre, qui avait déjà publié des traductions de poètes bucoliques et lyriques de la Grèce, et qui bientôt allait dire son mot dans la querelle des anciens et des modernes'. Plus tard, il s'essaya pour son propre compte dans l'idylle, puis il composa quelques tragédies, entre autres un Sésostris, que Hacine, njalgré le parallèle, n'a pas épargné*. Quoique les o'uvres du poète gentilhomme soient médiocres, et que son parallèle ne puisse élre accepté de tout point, on ne peut nier qu'il n'y montre souvent de la finesse et un sentiment délicat des beautés de la poésie. Est-ce Longepierre, est-ce l'aimable et sensible Vauvenargues qui a écrit ces lignes, selon nous, si vraies : u Racine a cru qu'il fallait aller à l'esprit par le cœur. » Souvent l'esprit est frappé sans (lue le cceur soit ému, » et le cœur n'est jamais touché que l'esprit ne se laisse » entraîner.... Le cœur est un juge bien plus sincère et » meilleur que l'esprit : ce dernier est sujet à se laisser » éblouir par de faux brillants ; mais le cœur ne peut ») sentir dans chaque chose que ce qui y est. » N'est-il pas judicieux et pénétrant le criticjue qui a donné l'analyse de la belle exposition de Bajazet^f Peut-on se