I. Kt je le haïrai de l'avoir trop aimé
(Acte IV, se. III.)
.32 LES POÈTES THAC.IQUES.
et peut-être le bourreau de Germanicus, devient un rival généreux et magnanime qui se dévoue pour le jeune prince. Tibère lui-même se montre, à la fin de la pièce, le plus débonnaire des princes; tout finit par une louchante réconciliation et par un mariage. Voilà quel roman puéril l'auteur a osé substituer aux récits de l'histoire; voilà par quelles misérables inventions il a corrigé Tacite. En lisant cette pièce, on serait tenté de croire à la réalité d'une anecdote citée par les frères Parfaict, d'après une lettre de Boursault ^ L'auteur aurait donné d'abord sa tragédie sous ce titre : la Princesse de Clèves; et elle n'aurait pu avoir plus de deux représentations ; l'année suivante, il l'aurait reproduite sous le nom de Germanicus, et le succès de la pièce, ainsi transportée dans le monde ancien, l'aurait vengé du public. C'est là sans doute avoir un sentiment profond de l'importance et de la dignité de son art ; c'est témoigner un grand respect pour ses auditeurs et pour soi-même, et un auteur aussi fidèle à la vérité historique a le droit de criti(|uer les personnages de Racine et d'écrire à l'intention du peintre d'Agrippine et de Néron cette phrase épigrammatique : « Les Grecs et les Romains sont tout défigurés, depuis que Corneille ne les fait plus pariler*. »
Au reste, le style de Germanicus est à la hauteur de la conception, de l'intrigue et des caractères : c'est un mélange de platitude et de subtilité, de banalité et de prétention ; on passe de la prose la plus pâle et la plus effacée à de l^mauvais jeux de mots, à des antithèses
1. Histoire du Théâtre français, l. XII, p. HO. L;\ Princesse de Cleves l'ut représentée deux fois au théâtre Guéiiégaucl, le mardi 20 et le vendredi 23 décembre 1()78; elle n'a pas été imprimée.