‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 21 sur 146 · I. Jj ini3 suis voulu mal de vous vouloir du bien · texte numérisé non relu

I. Jj ini3 suis voulu mal de vous vouloir du bien

L'.Viiiour, quo jo le plains 1 Étant né de vos yeux va mourir par vos mains.

El, à côté de ces traits de mauvais goût, que do platitudes!

Mon amour ipii vous plut à présent vous déplaît.

IMu* nu liymon est proclio, et plus les désirs croissent ; On aspire sans cess; à ce jour glorieux, Et le dernier moment est le plus ennuyeux.

"1. « Celte tragédie mil mal ensemble les deux premiers liommes » de notre temps pour lu poésie : je parle du eélèbre M. de Coi^ » neille et de riUuslre M. Racine. M. de Corneille parla si avanla- « j^euscment de cet ouvrage à l'Académie, qu'il lui échappa de dire » tpi'il ne lui manquait que le nom de M. Racine pour être achevé, " dont M. Racine s'étant oITciisé, ils en vinrent à des paroles piquantes, Il cl, depuis ce momenl-là, ils ont toujours vécu, non pas sans » estime l'un pour l'autre (cela était impossible), mais sans ami- » lié. »

31 LES POÈTKS TRAGIQUES.

raents prodigués à Mithridate. Suréua, l'année suivante, ne tint pas davantage contre VIphigénie; et, bien que Corneille ait toujours protesté contre les arrêts du public, bien que, deux ans après l'échec de Suréua, il ait écrit, en parlant de ces travaux si mal accueillis :

Les derniers n'ont rien qui dégénère.

Othon et Suréna

>'c sont pas des cadets indignes de Cinna.

Le peuple, je l'avoue, et la cour les dégradent ; Je faiblis, ou du moins ils se le persuadent ' ;

il mit enfin un terme à sa trop longue carrière dramatique, et il se décida à un silence que son jeune rival allait bientôt imiter. En effet, les inimitiés qui s'autorisaient du nom de Corneille ne se calmèrent pas après la retraite du poète, et tous ceux qui, y)our venger leur auteur de prédilection ou pour satisfaire leurs propres chagrins, leurs propres rancunes, ca])alaient contre Racine, triomphèrent bientôt du succès de leurs intrigues. La tragédie avait perdu ses deux plus grands interprètes : Boileau pouvait dire :

Et la scène française est en proie à Pradon.

Tous les admirateurs de Corneille ne sont pas complices de ce triste dénoùment, et il est juste de les partager en plusieurs classes. Dans la première, nous placerons ceux que la parenté, des liens d'amitié ou d'intérêt, la collaboration littéraire, engagent naturellement dans la cause de Corneille. La seconde comprendra tous

1. Épitre au roi, qui avait fait représenter à Versailles Cinna, Potnpée, Horace (1G70).

LKS POfriKS ÏFJAC. IQIKS. 3."»

ceux quo des sonlimeiits plus désintéressés altaclient au vieux poète, jus(iii'à les rendre injusl<'s pour le nouvel auteur, ceux qui restent fidèles à leurs premières admirations, qui aiment, dans le peintre de Chimène et de Cornélie, leur jeunesse et les nobles plaisirs qu'elle a dus à ces chefs-d'œuvre; ceux, en mêrtie temps, que leur éducation littéraire éloifine des nouveaux poètes, et dont Corneille satisfait bien pins l'esprit et le goût. Cette classe d'adversaires de Racine nous mènera directement à ceux qui le combattent comme un des principaux champions de la nouvelle école littéraire, comme ami et complice du satirique, aux auteurs attaqués par lioileau, et aux personnages, aux salons qui ont épousé leurs causes. La fameuse querelle des anciens et des modernes, où Hacine fut un des principaux auxiliaires de Boileau, contribua encore à entretenir ces inimitiés. Pour certains criticfues obscurs, elles ne s'expliquent que par l'orgueil de se mesurer avec des œuvres fameuses, par le désir de se faire connaître et de faire rejaillir sur eux-mêmes l'éclat d'un grand nom. Enfin, nous trouverons encore, cachés sous le litre de partisans de Corneille, des ennemis particuliers de Racine, ceux que lui attira la vivacité de son caractère, ceux qu'animèrent contre lui sa faveur à la cour, ses pensions, ses places, el encore plus, dans la seconde partie de sa vie, la sévérité (le sa conduite et l'ardeur de sa piété. Toutes ces causes^ en eiïet. se sont réunies pour combattre sa réputation, pour susciter contre ses tragédies, à leur naissance, les intrigues dont nous ferons l'histoire, les critiques dont MOUS apprécierons la valeur et discuterons les principales idées.

Page 1