‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 52 sur 146 · I. Le triomphe de Pradon, Lyon, IG8i · texte numérisé non relu

I. Le triomphe de Pradon, Lyon, IG8i

'1. Préface d'Ipliigénie.

Charles Perrault, le chef des modernes, appartenait depuis longtemps au parti des poètes de Tàge de Mazarin. Il avait travaillé avec Chapelain à la fameuse liste des pensions; pas plus que l'auteur de \a Pucelle, il ne s'était oublié lui-même, et, « en qualité d'homme habile en poésie et en belles-lettres, » il était porté sur la feuille pour une pension de 1500 livres. 11 entra à l'Académie française en 1071, deux ans avant llacine, et le succès de son discours amena l'usage d'admettre le public aux séances de réception. Il joua aussitôt un grand rôle dans la compagnie : protégé de Colbert, il fut souvent l'interprète des vœux de l'Académie auprès du pouvoir; il lit donner à l'illustre corps le Louvre pour domicile, et, après la mort du chancelier Séguier, le roi pour protecteur. Il fut aussi un des principaux fondateurs de l'Académie des inscriptions et de l'Académie des sciences. Perrault n'était donc pas pour Racine un ennemi sans valeur; et, sans doute, il eut part aux intrigues formées contre le poète qu'il enveloppait dans ses ressentiments contre Boileau.

Son poème du Siècle de Louis le Grand, qu'il lut à l'Académie française, le 27 janvier 1087, dut être, de toutes manières, un coup sensible pourllacine. D'abord l'auteur y attaquait avec une légèreté très-irrespectueuse les plus grands génies de l'antiquité grecque et latine ; puis, en leur opposant les modernes, il confondait dans un même éloge quelques auteurs justement admirés, Malherbe, Molière, Hacun, et une foule d'écrivains secondaires :

Les Régiiicrs, les JMayiianls, les Goinbaulds, les Mallierbcs,

Les Godeaux, les Racaiis

Les galants Sarrasins et les tendres Voitures, Les Molicrcs naïfs, les Uolrous, les Tristans.

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11 payait mi jusle Irihul (l'admiration au {irand Corneille,

[)u tlK'àtrc fraiirais l'Iiomicur et la merveille, Qui sut si bien inèlcr aux grands événements L'héroïque beauté des nobles sentiments.

.Mais il oubliait, non sans dessein, Racine, Boileau, la Fontaine, qui pourtant pouvaient lui fournir de bons arguments, et il |)assait aux autres arts.

Perrault lit mieux l'année suivante: à la séance de réception de L. de la Cbapelle, secrétaire des commandements du princes de Conli, il lut uneépltresurle Génie, dédiée à Fonlenelle, c'tîst-à-dire à un ennemi de Racine et des modernes, à un écrivain qui venait de publier ii l'appui du Siècle de Louis le Grand sa Digression sur les anciens el les modernes. Le poète ne manquait pas d'y célébrer Corneille :

C'est là que s'élevait le héros de ta race,

Corneille, dont lu suis la glorieuse trace;

C'est là (lu'en cent façons, sous des fantômes vains.

S'apparaissait à lui la vertu des Romains;

Qu'habile il en tira ces vivantes images,

Qui donnent tant de pompe à ses divins ouvrages,

Kt qu'il relève encor par l'éclat de ses vers,

Délices ilc la France et de tout l'univers.

Et l'étendue complaisante do ce jjanéfïyrique préparait l'allusion (|ui suit:

En vain r|nelqnes auteurs dont la musc stérile >"eùt jamais lien rlianté sans Homère et Virgile, Prétendent qu'en nos jours on se doit contenter De voir les imciens et de les imiter.

L'épître finit par un éloge enthousiaste des églogues de Fontenelle, qui, au goût de l'ennemi des anciens,

102 LES ENNExMIS DK IJOILIiAU.

laissent loin derrière elles Virgile et Théocrite. Ces poètes, il est vrai, eussent été bien fàchésde mériter les compliments que Perrault adressait à son ami, et ses louanges valaient une critique :

De l'églogue en tes vers éclate le mérite, Sans qu'il en coûte rien au fameux Théocrite, Qui jamais ne fit plaindre un amoureux destin, D'un ton si délicat, si galant et si fin.

Bien différents de Fénelon et de Racine, Perrault et Fontenelle étaient de l'école qui trouvait les anciens trop simples et trop nus. « Ah ! le bourreau ! il fera tant qu'il donnera de l'esprit à Démosthène ' » s'était écrié Piacine en entendant lire chez Boilcau les traductions de Tourreil. Il aurait pu dire aussi de l'auteur des idylles : « le bourreau donnera de la galanterie à Virgile ! Il fera des bergers et des pécheurs de Théocrite des soupirants discrets, des seigneurs pleins d'élégance et de distinction ! »

Quelques mois après VÉpitre au génie, paraissait le premier volume des Parallèles des anciens et des modernes^. Dans ce nouvel ouvrage, où l'auteur développe à son aise toutes ses théories, il ne s'est pas départi de son système d'allusions malveillantes à l'adresse de Racine. Le principal interlocuteur du dialogue"-, l'abbé, après avoir élevé les romans de VAstrée, du Ci/nis, de Clélie^ de Cléopdtre, au niveau de Vfliade et deV Odyssée, ajoute : « Avec tout cela, je ne m'éloigne j)as de blâmer notre » siècle de l'excès de tendresse qui règne dans ces sortes » d'ouvrages et qui a si étrangement défiguré tous les » héros. » C'est un moyen d'amener la répli(jue du chevalier, auxiliaire fougueux des idées de l'abbé : « Ce

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