I. i;s E:i.M:MlS de liOlLLAU. IU
nom, si, par ses criticiuos el i)lus tard par ses apologies, il n'avait roussi à rallachor au nonule laulcur {rA)j(/roniaque, de Bérénice cl de Phèdre.
La réputation de l'abbé de Villars ne dut pas moins à la censure d(> lUrénke. Né en IG^ô, près de Toulouse, l'abbé ^lontl'aucon de Yillars, neveu du savant bénédictin, vint à Paris vers 1007. La légèreté mondaine de son esprit el de ses ouvrages, la bardiesse et la bizarrerie de ses opinions, ne s'accordaient guère avec le caractère ecclésiastique; et l'on s'explique sans peine l'interdiction dont il fut frappé, en 1G70, après la publication d'un roman (|ui |)orle ce lilre : Eulreliens du comlc de Gaba- Us sur les sciences. Villars y développait d'étranges idées sur les êtres surnaturels et fantastiques, dont il semblait admettre l'existence. M""' de Sévigné, qui en parle évidemment par ouï-dire, désigne le critique de Bérénice comme l'auteur des Sylphides, des Gnomes et des Salamandres. 11 est probable, cependant, (juc la bizarrerie du roiale de Gabalis aurait moins ému l'autorité ecclésiastique sans la réputation que Villars dut à la critique de Bérénice, sans le bruit ([ue lit ce jugement, (jui courut les salons et divisa en deux camps les gens du monde et les gens de lettres. Outre une critique de la Bérénice de Corneille, qui dut bien déconcerter M""" de f^évigné, Villars composa aussi d'autres ouvrages d'imagination ou de polémi(iue'. 11 fut assassiné sur la route de Lyon: au rapport de Vigneul de Marville'^ les plaisants dirent (|ue c'étaient des gnomes et des sylpbes qui avaient fait le coup, juiur se venger de celui qui avait révélé les mystères de leur existence.
1. Vno apologie du P. Bouhours (lOTli roiilie les Sentiments île CAeanthe. par Bjnbicr d'Aucour, autre ennemi de Racine.
2. Honaveiittue d'Argonne, Mèlmiges d'histoire el de littérature, t. I.
lOC. LES ENNEMIS DE lîOlLE.Vr.
Il ne serait pas juste de compter parmi les adversaires de Racine un autre écrivain ecclésiastique, labbé de Villiers*, auteur d'un Entretien sur les tragédies du temps, pui)lié à l'occasion de Vlphigénie. L'abbé de Villiers reconnaît bautement le mérite de l'œuvre et du poète ; et ses attaques, qui s'étendent aux tragédies de •Corneille comme à celles de Racine, portent uniquement sur le rôle de l'amour dans le tbéàtre moderne. Outre cet écrit qui, au mérite de vues très-justes, joint celui d'une modération rare à cette époque et plus encore chez un jeune homme de vingt-trois ans, l'abbé de Villiers a composé plusieurs ouvrages didactiques en prose et en vers : ils sont oubliés, et, d'après le jugement d'un critique du xvnr siècle, Sabatier de Castres-, ils méritent de l'être.
Les Subligny, les Yillars, et quelques autres écrivains de même valeur ont été spirituellement raillés par Racine dans la préface de Bérénice : « Toutes ces critiques » sont le partage de quatre ou cinq petits auteurs infor- » tunés, qui n'ont jamais su- par eux-mêmes exciter la » curiosité du public. Ils attendent l'occasion de quelque » ouvrage qui réussisse pour l'attaquer ; non point par » jalousie, car sur quel fondement seraient-ils jaloux ? ») mais dans l'espérance qu'on se donnera la peine de » leur répondre, et qu'on les tirera de l'obscurité où leurs rt propres ouvrages les auraient laissés toute leur vie. » •Certes Subligny et Villars méritaient ces paroles mordantes, et Racine avait le droit de châtier ainsi l'arrogance de leurs attaques. Mais son caractère ardent et susceptible, cette sensibilité d'àmequi lui rendait la critique .insupportable, l'entraînèrent souvent à des représailles
I. Pierre de Villiers, ne à Cogiiiic en ICi'J, mort en 17:28. '1. Les trois siècles île la littéralure.
LtS ENNEMIS DE BOILEAL'. 1(17
moins Ic^ilinies; et, sans nul doute, cette vivacité d'humeur et de riposte doit être comptée parmi les causes qui entretinrent et envenimèrent les haines déjà excitées par tant d'intérêts et de passions.