‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 72 sur 146 · l'aies 91 et · texte numérisé non relu

l'aies 91 et

2. L'Histoire du roi Louis XIV. (Note manuscrite). H. Chansons historiques, vol. VII, p. 4-15.

132" LKS PUOTECTEUnS DE UACfNE.

miscrit des Chansons, Corneille n'est attaqué qu'une Ibis : on l'appelle « ce mercenaire normand », probablement à cause de ses malencontreuses dédicaces. Boileau, que son métier de satirique exposait aux représailles, est cité cinq ou six fois. Tout le poids des colères et des fureurs tombe sur Racine. Le parti de ses anciens ennemis s'est grossi sur la fin de sa vie de tous les philosophes et de ceux qui, n'osant pas attaquer la religion, se |)laisaient à l'avilir dans un de ses plus nobles prosélytes. Racine se fit-il de sa piété un bouclier assez fort pour repousser toutes ces insultes? Cette âme si tendre trouva-t-elle une force assez grande pour rester insensible? Il sut se taire*. Mais l'efiort fut bien grand, et l'amertume qu'il en ressentit contribua certainement aux progrès d'une maladie déjà ancienne, mal connue et mal soignée par les médecins, et put hâter une mort malheureusement trop prévue.

Faut-il y joindre la douleur d'une disgrâce dont on a beaucoup exagéré la durée et l'importance, et dont les causes mêmes ont été inexactement rapportées? Quelque accréditée que soit l'anecdote qui, depuis deux siècles, sert de thème à tant de déclamations sur l'orgueilleuse dureté de Louis XIV et sur la faiblesse de Racine, nous croyons qu'elle ne tient pas contre un examen sérieux des faits, et qu'elle mérite le nom de « roman ou de mé-

1. Un jour il s'aflligeait devant Boilcau de racliarnement qu'on mettait à le déchirer, à calomnier son affection pour Port-Royal, à exagérer, dans une intention perlide, les services qu'il rendait aux religieuses et aux paysans du voisinage: « Vous avez, disait-il à son » ami, loué plus d'une fois dans vos vers des personnes dont les miens » ne disent rien. Tout le monde connaît votre rime à l'ostracisme^ » C'est vous qu'on doit accuser, et cependant c'est moi qu'on accuse. » Quelle en peut être la raison? — Elle est toute naturelle, répondit » Hoiloau. Vous allez à la messe tous les jours, et moi je n'y vais que i les fêtes et les dimanches. » (Louis Racine.)

LKS l'IlOTECTEUUS DE RACINE. 13;t

lodraiiK^ po[)ulair(' » que lui adonnée, avec, la sincérité courageuse qui esl un des mérites de son i)cau livre, le plus récent historien de Louis XIV *. Dans une longue note de son sixième volume', M. Gaillardin prouve pénMnploirement ([ne llacine n'a pas rédigé de mémoire sur les souiïrances du peuple, et qu'il n'est pas vrai que le roi, mécontent de voir un poète s'ériger en homme d'Etal, l'ait pour toujours écarté de sa présence. Ce prétendu mémoire était une réclarnation personnelle. Après la paix de Hys\vi(l<,r»acine, à titre de trésorierde France à Moulins, fui compris dans une mesure (jui demandait à tous les officiers de finances un sacrifice taxé à 40000 livres selon les uns, à iOOO selon les autres. Racine, « dont cette taxe dérangeait les petites affaires », comme il l'écrivit à M'"" de Maintenon^ rédigea un mémoire qu'il confia au maréchal de Xoailles, et (jue celui-ci fit remettre au roi par l'archevêque de Paris, son frère, (-omme la réponse lardait, il pria la comtesse de Grammont d'ohtenir de M"'" de Maintenon son intervention auprès du roi. Cette insistance indisposa celui-ci, et il exprima sans doute son mécontentement |)ar quelques paroles vives, bien différentes de celles que Louis Racine, trompé par un récit mensonger, rapporte dans ses Mémoires.

Mais à ce premier grief s'en joignit un autre plus sérieux, llacine fut accusé auprès de Louis XIV de jansénisme et d'attachement à Port-Royal. On allégua les relations du gentilhomme de la Chambre avec celte maison et les services qu'il lui rendait, et que nous avons

1. Gaillardin. Histoire du rètjne de Louis AVI'. (J vol. in-8, 1872- I87(). Ouviinjc (lui a obtenu le grand prix Gohert en 1875 et en 187(1.

-1. Pag;e J, note it.

;i. 4 mars 1098.

131 LES PROTECTECnS DE RACINE.

('munoérés dans un précédent chapitre de ce livre '. Nous avons la lettre très étendue et très vive- dans laquelle Itacine plaide sa cause auprès de M"" de Maintenon, atteste « sa soumission d'enfant à tout ce que rp]glise croit et ordonne », et explique par des raisons de parenté et de charité ses relations avec Port-lJoyal. Il est certain que le plaidoyer fut victorieux, car, dès le mois suivant, Racine est rentré en faveur : nous le voyons à iAIarly au mois de mai, nous l'y voyons encore au mois de juin. Invité, en juillet, au camp de Compiègne, il se réserve pour le voyage d'automne à Fontainebleau ; à cette époque (octobre), la prise d'habit d'une de ses filles l'appelle ailleurs, puis la maladie le retient à Paris : bientôt le mal s'aggrave et les médecins perdent tout espoir. Mais Racine est si peu disgracié que les courtisans, au rapport de Dangeau, « expriment leurs regrets »: que « le roi même paraît affligé de l'état où il est et s'en informe avec beaucoup de bonté ». Ce n'est pas tout. A la mort du poète (21 avril 1099), il manifeste vivement les mêmes sentiments : Boileau se présentait pour prendre ses ordres au sujet de son histoire; le roi, du plus loin qu'il le vit, lui cria : « Ah ! monsieur Despréaux, nous avons beaucoup perdu, vous et moi, à la mort de Racine ^ ! »

Voilà toute la vérité sur celte fameuse disgrâce. Ainsi la mémoire de Louis XIV est lavée d'une imputation aussi fausse que plusieurs autres non moins graves qui

Page 1