‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 74 sur 146 · CHAPITRE PUEM[En · texte numérisé non relu

CHAPITRE PUEM[En

ALEXANDRE (<W-c. 1005).

Quelques altaquos coulrc, les Frères ennemis. - Succès A' Alexandre. — Rupture avec Molière. — Déiiicaco AWlexandre au roi. — Première préface. — Couiptcs rendus de Uobinct. — Dissertation sur Alexandre, par Sainl-Kvreuioud.

Si l'on en croyait rÉpilro dédicaloire des Frères ennemis^ ce premier essai d'un auteur encore bien obscur aurait déjà mis l'alarme parmi les poètes et les critiques, et cette tragédie aurait eu un honneur qui n'appartient pas en général aux œuvres médiocres, celui d'être combattue par de nombreux ennemis. Racine, après avoir remercié .M. le duc de Saint-Aignan de sa bienveillante estime, demande à son protecteur, pour la pièce d('>pouillec des ornements de la scène, la continuation de celte précieuse faveur cjui a entraîné celle du public. « Si cela est, ajoute-t-il, quelques en- » nemis ({u'elle puisse avoir, je n'appréhende rien j)our » elle, puisqu'elle sera assurée d'un protecteur que le » nombre des ennemis n'a pas accoutumé d'ébranler. » Sans doute on avait signalé dans les Frères ennemis (jnelques imitations trop directes d'une tragédie anlé-

rieure de Rotrou. On raconte en elïet * que Racine, pressé par le temps, et forcé de remettre dans un délai prescrit la pièce qu'attendait Molière, ou encore se défiant de lui-même et voulant échapper à l'accusation d'avoir lutté avec un poète resté populaire, prit le parti d'emprunter presque sans changement à VAntigone de Rotrou un récit qu'on jugeait alors inimitable -. Le morceau disparut à l'impression des Frères ennemis; ^mais ce plagiat, avoué par l'auteur, fut une bonne for- 'tune pour les critiques; et plus tard surtout, quand Racine sera dans tout l'éclat de sa gloire, ses ennemis aie manqueront pas de s'en prévaloir. Pradon y fait allusion dans une de ses préfaces, et Barbier d'Aucour, •dans son Apollon vendeur de Mithridate, réduit la tragédie à un long plagiat.

Mais la guerre que nous racontons ne s'engage dans toutes les règles qu'à partir de la tragédie d'Alexandre. Le grand succès de cette œuvre imparfaite, mais brillante, le suffrage du roi, qui en acceptait la dédicace, annonçaient aux poètes du temps un redoutable rival. Les applaudissements du public avaient glorieusement ■contredit la condamnation de Corneille.

Chose curieuse, un auteur qui plus tard critiquera violemment la tragédie d'Androiuaque, Subligny, fit, dans la Muse de la cour du 7 décembre 1065, un long •et très-élogieux récit de la première représentation. Voici quelques-uns de ces vers :

Le vettdredi' leurs Altesses Royales ' Virent dans leur Palais-Royal

1. C'est Lagrange-Cliancel qui racontait ces détails : il disait les tenir d'amis particuliers de Racine.

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