Réflexions critiques sur la poésie et la peinture
BlUTAiNiMCUS. 197
Il est une autre crilicjue dont Racine ne parle pas èl dont l'initiative appartient sans doute à Fontenelle; elle a rapport à la bassesse de .\éron qui se cache pour contraindre les sentiments et le langage de Junic, et la force à désespérer celui qu'elle aime. C'est là, selon Fontenelle, « un ressort ridicule, digne de la comédie ». Selon nous, celte situation n'excite pas le rire, elle fait naître la pitié et l'indignation; elle nous intéresse plus vivement au sort des deux jeunes gens; elle nous fait trembler pour eux. Xéron n'en devient pas ridicule, mais plus haïssable : la scène est donc belle et tragique. Nous retrouverons cette question à propos de Mithridate, et nous reconnaîtrons que le caractère comique ou tragicjue d'une situation dépend moins du ressort employé que de la nature des passions soulevées, que des conséquences prévues de l'incideiit.
Kn dépit des cabales et des critiques, la tragédie de liritannicus ne tarda pas être placée au rang qu'elle méritait. « Les critiques se sont évanouies, dit l'auteur, la pièce est demeurée. » Le roi fut, comme toujours, un de ceux qui se déclarèrent le plus hautement, et dont le sulfrage contribua le plus à consoler le poète. On sait d'ailleurs que la tragédie eut l'honneur d'exercer une influence directe sur la conduite de Louis XiV. Frappé des vers du quatrième acte :
Pour toute ambition, pour vertu singulière,
Il excelle à conduire un char dans la carrière, etc. ;
il renonça dès lors à paraître dans les ballets. Ce fait, raconté par Louis Racine, et conlirmé par une lettre de Roileau', semble démenti par la comédie-ballet des