‹ Les ennemis de Racine au 17è siècleChapitre 87 sur 146 · I. A M. de Monchesnal (sept · texte numérisé non relu

I. A M. de Monchesnal (sept

i98 ' BUITANNICUS.

Amants magnifiques^ jouée à Saint-Germain en Laye, au commencement de février 1670, c'est-à-dire six semaines après la première représentation de Britannicm. Si l'on en croit la liste des personnages donnée par Molière, Louis XIV aurait représenté dans ce divertissement Neptune et Apollon'. Cependant une lettre de Robinet prouve, à n'en pas douter, que le roi s'abstint. Le gazetier écrit le 15 février :

Le divertissement royal

Dont la conr fait son carnaval,

Est un ballet ou comédie

Qui, dit-on, a grandement plu.

Mais c'est tout ce que j'en puis dire, Sinon que notre auguste sire Fait darifter et n'ij dame poml, M'élant trompé dessus ce point, Quand sur un livre j'allai mettre Le contraire en mon autre lettre.

Comment récuser un témoignage si formel et si voisin du fait? Ne peut-on môme expliquer par la première erreur de Robinet celle que la liste de Molière a perpétuée? Les deux rôles étaient destinés au roi : Louis XIV les avait ac^ceplés et étudiés; jusqu'à la fin on crut qu'il les remplirait, et, sur la foi du bruit général. Robinet, dans sa lettre du 8 février, désigna le roi comme acteur dans le ballet. Mais, au dernier moment, l'auguste personnage s'abslirjt. « Il fit danser et ne dansa point. >■ Robinet, instruit du fait, s'empressa de rectifier son premier témoignage. Or, la pièce de Molière ne fut ni repré-

I. l" intermède, scène 3 : vers pour le roi représentant Neptune. — VI' intermède, scène 0 : vers pour le roi représentant Apollon.

BRITANNICUS. i&î»

sentée à Paris ni imprimée. Après su mori, le manuscrit fut vendu par sa veuve au libraire Thury, et les AmanU tiKtijuifiques ne furent j)ubliés qu'en 1682 dans une édition complète des (euvres du poète. A cette époque, on pouvait avoir oublié les incidents de la représentation du ballet : nul ne songea à rectilier les indications d»* Molière, et c'est ainsi qu'on a pu soutenir que Louis XIV, même après Britannicus, s'était donné en spectacle à la €our. Nous le croyons, l'elTet des vers de Racine fut plus prompt, et cette leçon involontaire porta des fruits presque instantanés.

Certes, l'auteur de liritannicus n'avait pas songé à cette application, et cela même la fit accueillir avec docilité par un prince qui « aimait à prendre sa part d'un sermon, mais n'aimait pas qu'on la lui fît ». Nous arrivons à une tragédie où il put encore se reconnaître, mais, cette fois, de laveu et par la volonté du poète, à Bérénice, pièce aimable, que la nature du sujet condamnait à rester bien loin iVAndromaque et de Britannicus, mais que l'auteur a soutenue par l'exquise perfection du style et par le cbarme d'une douce et pénétrante sensibilité. Les circonstances (jui contribuèrent au grand succès de celte tragédie contribuèrent aussi à la vivacité des débats qu'elle souleva, à la vogue des critiques publiées contre elle. Cette fois encore, la joie de Racine fut mêlée de quelque amertume, son triomphe troublé par quelques protestations dont nous allons rendre <^ompte.

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