I. Act. U. se
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menace à l'expression de l'amour, et ne laisse à Bajazel d'autre alternative que de l'épouser ou de mourir, n'est-clle p:is une véritable sullane? N'est-ce pas une frappante image de cette orgueilleuse Hoxelane, qui exerça longtemps sur le l'arouche Soliman un empire absolu? Sans doute, Alalide a plus de délicatesse; mais sa veilu et sa douce sensibilité, opposées aux passions emportées et à l'humeur sanguinaire de Hoxane, font ressortir encore par le contraste la terrible énergie de la sultane D'ailleurs, elles n'ont rien de chofiuant ni d'absolument contraire à la vraisemblance, et il nous semble que Racine just fie suffisamment, pour ce persoimage comme pour Hoxane, celte science de l'amour et de la jalousie, assez naturelle au milieu du sérail.
Reste le caractère le plus attaqué, celui de Rajazet. La plupart des critiques l'ont sacrifié. Voltaire ne le ménage pas, et l'on sait les vers du Temple du goût :
Racine observe les portraits De B.ijiJzcl, de Xipharès, De Britannicus, d'Ilippolytc; A peine il ilislinj;ue leurs trùts.
Ils ont tous le même mérito :
Tendres, galants, doux et discrets ; Et l'Amcur qui marche à leur suite, Les croit des courtisans Trançais.
Nous avons déjà défendu Britannicus contre cette accusation de douceur et de discrétion. Bajazet la mérite-t-il mieux, et Racine s'abusait-il quand il croyait « avoir « mis une grande différence entre la passion de Bajazet » et les tendresses de ses amantes » ? S'abusait-il quand il signalait en lui cette férocité, c'est-à-dire, dans le sens latin du mot, cette fierté de sa nation quil garde au milieu de son amour: quai.d il justifiait ce calme
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que les menaces et les dangers ii'r'ranlent pas, ce mépris de la vie, par les maximes et la pialique des Turcs? Nous ne voyons pas, pour nous, que Bajazet soit si galant et si tendre. Il s'entretient avec Atalide moins de son amour pour elle que de sa haine et de son mépris pour Roxane, de son honneur, de sa gloire, de ses ancêtres qu'il dégraderait en épousant une esclaA'e. Grave, loyal, scrupuleux même dans sa loyauté,, il rougit du détour que rintérêt seul d'Atalide peut lui faire supporter; il est près de le reprocher à son amante'. Kn face de Roxane, il soutient bien mal un rôle qui répugne à sa fierté autant qu'à son cœur : il faut toute la passion de Roîtane pour que l'illusion de la sultane résiste à cette froideur, pour que ses craintes ne deviennent pas plus tôt une aiïreuse ceititude. A la lin de la pièce, Bajazet aura le droit de répondre à ses reproches que ce n'est pas lui qui l'a trompée, mais elle-même. Avec quel orgueil méprisant il la repousse, quand, pour pTixde l'empire qu'elle lui donne, elle veut le titre d'épouse légitime ! Quelle noble et tranquille fermeté il oppose à ses transports, à ses supplications, à ses menaces! Il ne sort qu'une fois de ce calme, c'est quand Roxane détrompée veut encore lui faire grâce, à la condition qu'il contemplera le supplice de sa rivale. Alors il écrase de son indignation cette femme sanguinaire :
Je ne l'accepterais que pour vous en punir, Que pour faire éclater aux yeux de tout l'empire L'horreur et le mépris que cet offre m'inspire *!
Plus nous étudions ce caractère, moins nous pouvons
1. Ah! loin (le m'ordonncr cet indigne détour. Si votre cœur était niuins plein de son amour,
Je vous verrais sang doute en rougir U première. (Act. If, se. .%. >