Act. V, se. i
BAJAZET. m
souscrire h la coiidamnalion des critiques; moins il nous semble que la ligure de Bajazel se confonde parmi celles des galants doucereux et vulgaires; plus elle nous paraît avoir d'originalité et de reliel', plus nous la trouvons digne de la tragédie.
Le jugement de M"'" de Sévigné s(; rapproche en partie de ceux que nous avons déjà combattus. (iCpendant sa première impression a été favorable à la tragédie. Après l'avoir vu représenter, elle écrit à sa fille* : » La pièce de llacine m'a paru belle. La Champmesié » m'a paru la plus miraculeusement bonne comédienne » (jue j'aie jamais vue. •- Elle continue par quelques détails sur cette actrice ([ue par une allusion plaisante elle appelle sa belle-fille; puis elle revient à Bajazet. KUe y trouve « quelque embarras sur la fin » ; mais elle y reconnaît « bien de la passion, et de la passion moins » folle que celle de Bérénice; elle y a pleuré plus de « vingt larmes». Cependant, « à son pelit sens, elle ne » surpasse pas Andromaque ». Après avoir rendu justice à Ilacine, elle n'oublie pas de répondre à l'insolente admiration de M. de Tallard, et de proclamer avec force l'incomparable supériorité de son ami Corneille.
La lecture de Bajazet changea les sentiments de M"* de Sévigné, et rendit son appréciation beaucoup plus sévère. Elle fait passer la pièce à sa fille - : t Si je » pouvais, lui dit-elle, vous envoyer en même temps la » Champmesîé, vous trouveriez la pièce bonne; mais » sans elle, elle perd la moitié de son prix. Je suis folle » de Corneille! » ajoute-t-elle immédiatement, sans transition, comme se détournant dédaigneusement des Pieuvres de son indigne rival. Mais c'est dans la lettre du
Lettre du 15 janvier 1672.
Lettre du 9 mars Wi
•iit IJAJA/ET.
16 mars que se trouve son jugement le plus explicite et le plus rigoureux. P^ile trouve que le personnage de Hajazet « est glacé ». Elle reproduit la crit que de Corneille et du Mercure: « les mœurs des Turcs sont mal observées; ils ne font point tant de façons pour se marier. » Elle en ajoute une autre sur le dénoûment : « il n'est pas bien préparé: on n'entre point dans les raisons de celte grande tuerie. » Une admiratrice de l'auteur de Rodogune devait peut-être moins se formaliser d'un dénoùtnent sanglant ; eu outre, ce dénoûment, que Boileau * admirait à l'égal de l'exposition, nous semble très-bien motivé et très-clair. L'ordre do lloxaiie a fait périr Bajazet; elle-même a été frappée par l'envoyé d'Amurat, Orcan, dont l'arrivée est annoncé<^ au troisième acte, et que le sullan
Avait chargé secrètement De lui sacrifier l'amante après l'amant '.
(îes paroles d'Osrain achèvent l'explication de la catastrophe* aucun embarras, ce nous semble, ne peut rester dans l'esprit du spectateur ou du lecteur.
La conclusion de M™* de Sévigné est « qu'il y a des » choses agréables dans la tragédie, mais rien de par- » faitement beau, rien (jui enlève, point de ces tirades » de Corneille qui font frissonner; » et cette dernière ligne amène un nouvel hymne à la gloire du vieux poète. Nous l'avons dit, ces préférences sont très-justifiables. Sans parler de tant d'autres motifs, on comprend que l'esprit de M™*' de Sévigné ait été plus sensible aux traits sublimes del'orneille, à ces tirades «qui