‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 117 sur 151 · Britannicus, acte III, se. S · texte numérisé non relu

Britannicus, acte III, se. S

Soubaitea-le, c'est tout ce que je pub vom dire»

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et la jalousie fait naître en elle des tourments qu'elle exprime par ce vers pathétique :

Je suis dans un état affreux, épouvantable !

Qn voit encore ici une trace évidente des plagiats de Pradon. Racine avait renouvelé le caractère et la passion de Phèdre par ce ressort original et sublime de la jalousie, qui est la meilleure justification de l'épisode d*Aricie et d'Hippolyte ; Pradon a voulu que sa Phèdre éprouvât aussi de la jalousie. La grande différence, c'est que, chez Racine, cette passion est naturelle dans sa cause, autant que saisissante et terrible dans ses effets, tandis que Pradon fait le plus pauvre et le plus inepte emploi des ressources qu'il a volées.

Subligny insiste peu sur les autres caractères. 11 trouve qu'Hippolyte a est un bon et simple jeune 9 homme », qu'OEnone est « copiée d'après la nourrice p d'Euripide » ; quant aux autres personnages, ils ne valent pas a qu'on s'y arrête ». Le rapprochement de i'Uippolyte grec avec celui de Racine aurait fourni cependant bien des observations; mais Subligny n'était pas de force à comprendre la beauté de l'Hippolyte d'Euripide. Ajoutons qu'à cette époque il eût été difficile, même à des juges plus éclairés et plus instruits, de goûter complètement ce caractère, et que Racine devait presque nécessairement le modifier, c Pourquoi a-t-il » fait son Hippolyte amoureux?» disait Àrnauid. Mais Hippolyte, n'ayant d'autre sentiment que son amour pour la chasse et son culte idéal pour Diane, eûit été bien froid pour notre scène ; et quand Racine répondait: € Qu'auraient dit nos petits-mattres, si j'avais fait Hip- » polyte insensible? » il ne se justifiait pas aussi fortement qu'il eût pu le faire et qu'il l'avait fait déjà daiis sa préface.

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Après ces observations générales, Subligiiy prend scène par scène les deux pièces, et surtout celle de Racine, dont il trouve moyen de censurer le plus souvent et la conduite et le style. A part quelques observations justes, mais gâtées par une forme blessante et grossière, ces critiques sont petites et puériles, ou révoltantes d'injustice.

Voici en quels termes Subligny apprécie l'admirable scène de la confidence: « Cette languissante conversation » de Phèdre et d'Œnone est prise tout entière et mot » pour mot d'Euripide; mais elle n'en est pas moins » belle, et j'estimerais autant celte traduction qu'une » chose inventée, si elle n'était point ennuyeuse. > Pénètre qui pourra la pensée du critique, pour qui le beau peut s'allier avec le languissant et l'ennuyeux. Nous ne chercherons pas à expliquer cette contradiction; nous nous étonnerons seulement de cette appréciation singulière d'une des scènes les plus saisissantes et les plus pathétiques de la tragédie. Il est vrai que Racine, sans l'avoir prise « mot pour mot » à Euripide, en a puisé les principaux traits dans ce poète. Mais, puisque Subligny aime tant la rapidité, il aurait dû remarquer du moins que Racine a réduit beaucoup les proportions de l'original. Sans doute cette diiïérence a ses raisons, et la situation, telle que la prolonge le poète grec, est partout intéressante et animée comme dans le cadre plus restreint de l'auteur français. Mais on voit sans peine que Subligny connatt peu Euripide et Sénèque. S'il vante leur œuvre, ce n'est pas qu'il soit capable de l'apprécier, c'est qu'il veut rabaisser celle de Racine.

Arrivé à la magnifique confidence de Phèdre, le critique, au lieu d'être ému, trouve que « la reine fait un » énorme détail de tous les mouvements de sa tendresse » criminelle 9, et voilà tout ce que lui inspire cet admi-

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rable récit, où les emportements de l'amour sont peints "vec une force qui égale ou surpasse Sapho et Virgile. On a souvent apprécié et loué comme ressort dra^ latique la supposition de la mort de Thésée, incident si eureusement emprunté à Sénëque. Subligny juge que stte mort f n'est ni judicieusement préparée, ni solidement établie». Et pourtant, depuis six mois, on est ms nouvelles de Thésée; c'est en vain que Théramène parcouru, paur s'inTormer de lui, toutes les parties de . Grèce. D'ailleurs, nous le saurons par le héros luiléme, il n'échappera que par hasard aux cachots du li d'Epire, qui a fait périr cruellement Pirithoiis. De us, Hippolyte ne croit pas sans réserve à cette nouille: il espère encore en la protection de Neptune; ;s qu'il apprend qu'on peut douter, il recommande de ut écouter, de ne négliger aucun bruit '. Quant à Inoneet à Phèdre, cette nouvelle les arrache à une tuation terrible; elle les sauve comme par miracle : les s'y attachent avec toute l'ardeur du désir et du :soin.

Nous abandonnons plus volontiers la déclaration Hippolyte. Subligny n'a pas tort de trouver le jeune )mme trop élégant pour un amoureux si novice et si >nteux de lui-même, et de juger h qu'il excuse bien galamment et en bien bon style la rudesse de ses expressions champêtres ». Ce qu'on pourrait dire, est que la peinture de cet amour frais et pur repose préablement du délire et des agitations liévreuses de lèdre, et que les traits gracieux d'Aricie font un heu- UK contraste avec la figure ardente et passionnée de

Subligny s'amuse ensuite aux dépens de « l'arrivée » bourgeoise » de Thésée, de sa crédulité, de sa prière à Neptune, « aussi injuste que mal digérée » , du troable naturel et touchant de ce père courroucé, mais ému à la pensée de la mort qui va frapper son fils même criminel. Le critique daigne trouver du bon dans la scène merveilleuse de la jalousie, et approuver le détour adroit par lequel l'auteur « remet la rage dans le » cœur de Phèdre ». Mais au lieu de se récrier sur des beautés si neuves, que rien ne surpasse dans aucune littérature, il s'attache à chicaner quelques mots*. Il trouve le discours d'Œnone pour calmer les remords de sa maîtresse fait à contre-temps ; il condamne comme mal placée la réflexion morale de Phèdre sur les flatteurs : « Elle n'a pas assez de sang-froid pour pro- » noncer ces judicieuses sentences. » Quoi ! la magni-

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