‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 130 sur 151 · Entretiens sur le théâtre au sujet (2e Judith (t · texte numérisé non relu

Entretiens sur le théâtre au sujet (2e Judith (t

2. L'illustre comédienne fut très-choquée de cet accueil. « Mcs- » sieurs, dit-elle, nous sommes surpris que vous receviez aujourd'hui • si mal une pièce que vous avez applaudie pendant le carême. » Un plaisant répondit : « Les sifflets étaient à Versailles aux sermons de » l'abbé Boileau. »

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» que je sais son goût. » L'heureux poêle s'applaudit d'avoir dissipé une eiTeur « qui avait infecté beaucoup » d'esprits, à savoir qu'il était presque impossible d'ac- » commoder heureusement au théâtre des sujets tirés » de l'Écriture sainte et de l'histoire chrétienne ». Cette opinion, « fausse et pernicieuse, venait uniquement de » l'ignorance de l'art, de la faiblesse du génie, de la

> stérilité des inventions, du peu de goût et de sensi-

> bilité pour les choses de la religion ». Voilà pourquoi il y avait eu, jusqu'à Boyer, « peu de modèles de ce » genre d'écrire » ; voilà pourquoi « les plus habiles des

> modernes se sont quelquefois égarés dans cette route » nouvelle », que l'auteur de Judith a si glorieusement parcourue. Boyer, du haut de son char de triomphe, regarde avec une généreuse compassion ces rivaux inintelligents, et, tout en relevant leurs faiblesses et leurs fautes, il daigne les initier aux secrets d'un art qu'il a si bien pénétré. « Le talent d'inventer, dit-il, » consiste à parer la vérité, non à la défigurer, à l'enï» richir, non à la déshonorer ; le secours des épisodes

♦ » doit soutenir les sujets et non pas les étouffer. » Certes, Boyer connaît bien toutes ces différences, et quand il introduit dans sa pièce l'amour d'un Béthulien, Misraël, qui soupire pour Judith, et qui, à sa vue, tombe à genoux et s'écrie :

Je ne puis soutenir cet amas de beautés * !

quand il ajoute ce galant épisode au récit de la Bible, il ne défigure pas l'Écriture sainte, il l'enrichit; il n'étouffe pas le sujet, il ne fait que le parer et le soutenir,

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