Acte II, se
350 ESTHER ET ÂTHALIE.
Mais la tragédie sainte demande encore d'autres ornements, qui paraissent surtout c rebutants et épineux > aux poètes vulgaires : « Il faut se remplir des grandes » vérités de la religion, et tirer de TEcriture ces riches » expressions que nous fournit la divine poésie du Psal- V miste et des prophètes. » Apparemment, on n'avait pas su, avant Boyer, s'inspirer de cette poésie sublime; les chœurs i'Esther et d'AthaliCf la prophétie de Joad, n'étaient que de malheureux essais, de grossières imitations; le langage d'Esther, de Mardochée, de Joad, de Josabeth, de Joas, reproduisait mal la couleur biblique : seul, Boyer a réussi dans cette difficile entreprise : si Ton en doute, qu'on lise la Judith; qu'on y admire la majesté de vers tels que ceux-ci :
Peuples impatients, étouffez ce murmure ; Quelques mauxy quelque soif que Bétulie endure. Soumettez-vous toujours aux décrets éternels ' ;
OU l'expression pathétique de cette peinture des souffrances de la ville :
Les Hébreux sont ici sans force et sans vigueur, Abattus par la soif et défaits par la peur.
Tout le peuple périt; on se plaint, on murmure; Ici tout manque, et Veau s'y donne par mesure. Sur le moindre aliment qu'on partage entre nous, Tombent mille regards avides et jaloux.
J*ai vu plus d'une mère, étouffant la nature, Vouloir de son enfant faire sa nourriture * .
Quelle élégance ! quelle poésie ! et combien un style si brillant et si riche en remontre à celui de Racine!