‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 16 sur 151 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les poètes tragiques.

C'est un fait ancien comme le monde, que tous les grands succès attirent à celui qui les obtient autant d'ennemis que d'admirateurs. « Le potier porte envie au potier », dit le proverbe grec; mais, parmi les rivalités^ il n'en est pas de plus acharnées et de plus ardentes que les rivalités littéraires. Le développement même des facultés qui fontla poésie, la sensibilité etl'ima* ginatiouy rend sur ce point très-susceptible la a race irritable des poètes». D'ailleurs, les suffrages des hommes,

celte faveur d'opinion qui s'attache à la personne et aux œuvres, et qu*on appelle la gloire, sont leur plus précieuse et souvent leur seule récompense ; on comprend qu'ils en soient jaloux et qu'ils s'alarment facilement à Tapparition d'un talent nouveau dont l'éclat menace d'obscurcir leur renommée.

Urit enim fulgore suo qui prœgravat arlcs Infra se posilas *.

Sitôt que d* Apollon un génie inspiré ' Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré, En cent lieux contre lui les cabales s'amassent. Ses rivaux obscurcis autour de lui croassent; Et son trop de lumière, importunant les yeux, De ses propres amis lui fait des envieux '.

Avant Horace, qui n'avait pas échappé aux cabales des médiocrités de son temps; avant Racine, que Boileau consolait par ces vers de l'injuste disgrâce de sa Phèdre^ combien de grands écrivains avaient prouvé, par les dégoûts qui les abreuvèrent, cette vérité devenue banale ! Surtout les triomphes du théâtre ne se pardonnent point parmi les auteurs ; il n'en est pas de plus difficiles et en même temps de plus retentissants et de plus flatteurs; c'est là surtout que l'homme de génie efface et annule l'homme de métier : aussi sontils une source d'implacables inimitiés. On sait combien les poètes contemporains de Corneille se déchaînèrent contre la c merveille du Cid >, et avec quel odieux empressement les Boisrobert et les Scudéri servirent la passion du cardinal, et encore plus la leur, contre un rival qu'ils avaient célébré tant qu'ils s'étaient

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