‹ Les ennemis de Racine au XVII. siècleChapitre 44 sur 151 · Guilbcrt, cité par le P. Niceron · texte numérisé non relu

Guilbcrt, cité par le P. Niceron

à Racine le nom de maitre; car, lorsqu'on a le courage de parcourir les pièces de Pradon et particulièrement les -j

deux premières, on reconnatt bien vite qu'il est non-seulement le tcès-indigne disciple, mais l'imitateur continuel et le plagiaire de Racine. Celui-ci ne s'y était pas trompé, puisque Pradon^ reproche à ces messieurs « de s'abaisser D à crier quand on leur imite une syllabe sur des choses i> qui ne font point de beauté, qui n'ont aucun brillant » particulier, et dont tout le monde aurait été contraint » de se servir nécessairement dans des incidents tirés » des entrailles du sujet, comme les vingt-quatre lettres » de l'alphabet, qui doivent être communes à tous ceux » qui se mêlent d'écrire ». Mais, quoi qu'en dise Pradon, ces imitations de syllabes, ou plutôt ces rencontres naturelles et inévitables , consistent dans l'emprunt habituel de caractères et de situations importantes, de vers ou d'hémistiches maladroitement appliqués sur le style incorrect, plat, et en même temps prétentieux de l'auteur. Dans Pyrame et Thisbéy dans Tamerlan, dans Phèdre et Hippolyte, l'intrigue est calquée sur celle d'Andromaqu^ et deBajazet; dans ces trois pièces, l'auteur emprunte des scènes entières à Racine. Ce sont les mêmes pensées, les mêmes sentiments, quelquefois, malgré un léger déguisement, les mêmes exprès, sions. Rien ne manque à l'imitation, que ce qui ne peut être imité ou transporté, c'est-à-dire la pureté exquise, la délicatesse et le mouvement du style, la vérité du ton et de la couleur, en un mot tout ce qui donne la vie aux ouvrages de Tart. Et quelle faiblesse dans les caractères I qu'ils sont pâles, insignifiants, vulgaires I Quelle distance de ces femmes, ambitieuses sans profondeur, sans énergie, sans grandeur, amantes

Page 1